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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302208

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302208

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 et 25 juillet 2023, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Yonne a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure au regard des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet de la situation du requérant ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian,

- les observations de Me Gravier, avocate commise d'office, qui demande l'admission de son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ; qui ajoute, s'agissant du moyen tiré de l'insuffisance de motivation, que l'arrêté attaqué ne mentionne pas l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; qui soutient que M. C n'a pas bénéficié d'un délai suffisant pour présenter ses observations, que le courrier par lequel le préfet de l'Yonne lui a demandé de présenter des observations lui a été notifié sans interprète, la seule mention selon laquelle un interprète par téléphone serait intervenu n'étant pas suffisante ; qui ajoute que l'absence d'observations écrites ou orales entraîne nécessairement un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé ; et qui conclut, pour le surplus, aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Baller, avocat du préfet de l'Yonne, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian né le 5 septembre 1993, fait l'objet d'une peine d'interdiction définitive du territoire français prononcée par le tribunal judiciaire de Paris le 27 novembre 2020. Par un arrêté du 21 juillet 2023, le préfet de l'Yonne a fixé le Nigéria comme pays à destination duquel M. C sera éloigné. Placé en rétention en centre de rétention administrative de Metz, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les autres conclusions :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D, directrice de cabinet de la préfecture de l'Yonne, qui a reçu délégation de signature, par arrêté du préfet de l'Yonne, en date du 25 août 2022 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, pour signer tout arrêté relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de la réquisition du comptable public et des arrêtés de conflit, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Pauline Girardot, secrétaire générale de la préfecture. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

6. La décision fixant le pays de renvoi d'un étranger frappé d'une interdiction judiciaire du territoire français ayant le caractère d'une mesure de police, elle est soumise notamment aux dispositions citées au point précédent, qui impliquent que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

7. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 5 avril 2023, notifié à l'intéressé le même jour, le préfet de l'Yonne a informé M. C que l'interdiction définitive du territoire français dont il faisait l'objet entrainera sa reconduite vers son pays d'origine, le Nigéria, et sera mise en œuvre par ses services à sa libération. Si M. C soutient que ce courrier ne lui a pas été notifié avec l'assistance d'un interprète, de sorte qu'il n'a pas pu faire part de ses observations, il ne produit aucune pièce de nature à remettre en cause la mention, apposée sur ce courrier, selon laquelle ce courrier lui a été notifié avec l'assistance d'un interprète en langue anglaise, de la société ISM, qui n'a, dès lors qu'il a effectué sa mission par l'intermédiaire d'un moyen de télécommunication, pas été en mesure de signer le bordereau de notification de ce courrier. Dès lors, M. C disposait d'un délai de plus de deux mois pour présenter ses observations. Dans ces conditions, il a été mis à même de présenter des observations, dans un délai suffisant, avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision en litige dès lors que cet article ne concerne que les étrangers faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. De même, la circonstance que l'arrêté ne vise pas l'article L. 641-1 de ce code est sans incidence sur sa légalité dès lors que cet article se borne à rappeler les dispositions du code pénal régissant la peine d'interdiction du territoire français. Au contraire, les articles L. 721-3 et 4, dont a fait application le préfet, sont visés par l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice de forme ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en litige ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme étant inopérant.

10. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation de M. C alors, au demeurant, qu'il a été mis en mesure de présenter des observations avant l'édiction de la décision en litige.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si M. C soutient qu'il nourrit d'intenses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut donc qu'être écarté.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

14. D'une part, la circonstance que la fille de M. C réside en France est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, qui se borne à fixer le pays à destination duquel l'intéressé sera reconduit. D'autre part, si M. C fait valoir qu'il n'a plus aucune famille dans son pays d'origine, il n'apporte en tout état de cause aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Yonne a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à la mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Yonne.

Lu en audience publique le 26 juillet 2023 à 15 heures 35.

Le magistrat désigné,

P. Bastian

La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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