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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302249

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302249

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 3)
Avocat requérantSCP BENOIT OLSZOWIAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement en date du 29 juin 2023, le tribunal judiciaire de Nancy a renvoyé au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de Mme B.

Par cette requête enregistrée le 14 novembre 2022 au tribunal judiciaire de Nancy et un mémoire complémentaire enregistré le 3 août 2023, Mme A B, représentée par Me Benoît, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer l'illégalité de la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Meurthe-et-Moselle lui a notifié un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 942 euros pour la période du 1er août au 30 novembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance dont se prévaut la CAF de Meurthe-et-Moselle est prescrite ;

- l'état de santé de son mari l'a contrainte de rester au Maroc, de sorte que sa situation entre dans le champ de la dérogation fixée à l'article R. 822-23 du code de la construction et de l'habitation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 avril 2023 et 7 janvier 2025, la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés et que le tribunal judiciaire de Nancy est incompétent pour connaître de ce litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B bénéficiaient d'aide personnelle au logement depuis le mois de novembre 2004. A la suite de la réception d'un rapport d'enquête, établi par la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT), ayant conclu au séjour hors de France des intéressés pour la période du 3 mai au 18 novembre 2019, la caisse d'allocations familiales (CAF) de Meurthe-et-Moselle a procédé à la régularisation de leur situation. Par une décision du 9 décembre 2021, la CAF de Meurthe-et-Moselle lui a notifié un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 942 euros au titre de la période du 1er août au 30 novembre 2021. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 9 décembre 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur () ". Aux termes de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable. ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que les décisions explicites ou implicites prises à la suite d'un tel recours se substituent nécessairement aux décisions initiales, et sont seules susceptibles d'être déférées au juge.

4. Il résulte de l'instruction que la requérante a exercé, par un courrier du 9 février 2022, le recours administratif prévu aux dispositions citées au point 2 en contestant le bien-fondé de l'indu en litige et que ce recours a été rejeté par une décision du 25 mars 2022 de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle. Par suite, les conclusions dirigées contre l'indu d'aide personnelle au logement doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre cette décision du 25 mars 2022.

Sur les conclusions relatives à la contestation de l'indu en litige :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, rendu applicable aux indus d'allocations de logement sociale par l'article L. 821-7 du code de la construction et de l'habitation : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans./ Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manoeuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans ./ La prescription est interrompue tant que l'organisme débiteur des prestations familiales se trouve dans l'impossibilité de recouvrer l'indu concerné en raison de la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement d'indus relevant des articles L. 553-2, L. 821-5-1 ou L. 845-3, L. 844-3 (1) du code de la sécurité sociale, L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ou L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation ". Aux termes de l'article L. 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

7. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que Mme B a résidé à l'étranger du 3 mai 2019 jusqu'au 18 novembre 2019. Si elle soutient que son mari et elle étaient, au cours de cette période, dans l'impossibilité de retourner sur le territoire français en raison de l'état de santé de son mari, il est constant qu'elle n'a pas averti la caisse d'allocations familiales de ce changement dans leur situation, qui n'a été découvert qu'à l'occasion de la communication par la CARSAT d'un contrôle qu'elle a effectué sur leur situation. Mme B, qui s'est déclarée à intervalles réguliers domiciliée en France, ne pouvait ignorer, compte tenu de la présentation de la déclaration trimestrielle de ressources, qui invite explicitement l'allocataire à faire état de ses changements de situation personnelle, son obligation d'informer la caisse d'allocations familiales de la réalité de sa situation personnelle, notamment sa résidence à l'étranger, et de tout changement dans celle-ci. Dans ces conditions, eu égard notamment à leur caractère répété, les omissions qui sont reprochées à Mme B caractérisent des fausses déclarations, de nature à faire obstacle à ce qu'elle puisse se prévaloir du caractère biennal de la prescription. Dès lors, l'action en recouvrement de l'indu de la CAF était soumise au délai de prescription quinquennal de droit commun. Par suite, à la date de la notification de sa décision d'indu d'APL, la dette de Mme B, que la CAF de Meurthe-et-Moselle n'a découvert qu'en juin 2021, date à laquelle le rapport de contrôle de la CARSAT lui a été communiqué, n'était pas prescrite.

8. En second lieu, aux termes de l'article R. 822-23 du code de la construction et de l'habitation : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure ".

9. Il résulte de l'instruction que l'indu d'aide personnelle au logement mis à la charge de Mme B a pour origine leur séjour avec son époux à l'étranger à compter du 3 mai 2019 jusqu'au 18 novembre 2019. Mme B, qui ne conteste pas avoir séjourné hors de France durant cette période, se prévaut de l'état de santé de son époux qui faisait obstacle, selon elle, à leur retour sur le territoire français. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement du rapport d'enquête de la CARSAT, corroboré par un certificat médical produit par Mme B, que l'époux de cette dernière a été victime d'une " toxiinfection sévère l'ayant empêché de voyager " pendant une période d'un mois à compter du 29 juillet 2019. Toutefois, cette circonstance, pas plus que celle du décès de son époux plus d'un an et demi après cette période, ne sont de nature à établir qu'ils étaient dans l'impossibilité d'occuper leur logement en France durant huit mois au cours de la période en litige. Dans ces conditions, Mme B ne remet pas sérieusement en cause le bien-fondé de l'indu en litige.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la CAF de Meurthe-et-Moselle, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions présentées au titre de cet article doivent ainsi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la ministre auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302249

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