vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2302262 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CORSIGLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 juillet et 10 août 2023 et le 12 août 2024, M. B A, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne fait pas état de la nature des liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'avait pas connaissance de sa famille sur le territoire au moment de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public caractérisé et que ses actes d'état civil sont réguliers ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence d'usage par la préfète de Meurthe-et-Moselle de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- elle méconnaît les règles applicables à la procédure pénale des mineurs dès lors qu'il doit être présent à l'audience devant le juge des enfants ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision contestée doit être annulée par voie de conséquence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et qu'il y a lieu de procéder à une substitution de motifs.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-687 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les observations de Me Corsiglia, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 30 juillet 2003, déclare être entré en France le 26 juillet 2019. Par une ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'État du 4 septembre 2020, il a été pris en charge par les services départementaux de l'aide sociale à l'enfance en Meurthe-et-Moselle. Par un courrier reçu le 5 mai 2021, il a demandé son admission au séjour auprès des services préfectoraux de Meurthe-et-Moselle. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de Meurthe-et-Moselle sur cette demande. Puis, par un arrêté du 23 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a expressément refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. Par sa requête, M. A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler les décisions contenues dans cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. Pour rejeter la demande de titre de séjour formée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de Meurthe-et-Moselle a estimé, d'une part, que l'intéressé avait détourné l'usage de la qualité de mineur étranger isolé alors qu'un membre de sa famille était présent sur le territoire, d'autre part, que sa présence sur le territoire créait un trouble à l'ordre public, ce qui faisait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.
4. D'une part, il ressort des ordonnances du juge d'instruction du tribunal judiciaire de Nancy datées du 5 juin 2020 et du 4 novembre 2020, qu'après son placement en détention provisoire pour des faits de vol de téléphones en réunion avec violence commis le 5 janvier 2020, M. A a adopté un bon comportement, qu'il n'a pas provoqué d'incident et a investi sa scolarité, ce qui lui a permis de bénéficier d'une mesure de contrôle judiciaire pendant lequel il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle en tant que monteur " installations sanitaires ". Il est également constant que M. A, qui conteste son implication dans les faits reprochés, n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale à la date de la décision contestée. Par suite, c'est à tort que la préfète a regardé le comportement de l'intéressé comme constituant une menace à l'ordre public faisant obstacle à ce qu'un titre de séjour lui soit délivré sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en 2019, à l'âge de seize ans et qu'il a été confié aux services départementaux de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance du juge des tutelles du tribunal judiciaire de Nancy du 4 septembre 2020, devenue définitive. La circonstance qu'avant d'être confié aux services départementaux, il ait été accueilli par une personne qu'il présentait initialement comme un ami et qui s'est avéré être son oncle maternel, alors au demeurant que l'intéressé fait valoir qu'il ignorait les liens familiaux qui l'unissaient à ce dernier avant sa prise en charge par le département, ne saurait faire obstacle à ce que le requérant ait pu être regardé comme un mineur étranger isolé à son arrivée. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en estimant qu'il n'entrait pas dans le champ de l'article L. 435-3 précité, la préfète a entaché sa décision d'une erreur de droit doit être accueilli.
6. Enfin, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué. La préfète fait valoir dans son mémoire en défense que l'extrait d'acte de naissance produit à l'appui de la demande de titre de séjour est irrégulier. Ce faisant, elle doit être regardée comme sollicitant une substitution de motifs.
7. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
8. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
9. En l'espèce, la préfète invoque le caractère irrégulier des actes d'état civil produits par le requérant au motif que le rapport d'examen technique documentaire établi le 30 août 2021 par la direction zonale de la police aux frontières relevait que certaines des informations relatives à la qualité de l'officier d'état civil et à ses parents sont manquantes sur l'extrait d'acte de naissance et que son nom de famille y était orthographié différemment de son passeport. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a produit un nouvel extrait d'acte de naissance du 31 mars 2022 comportant des mentions identiques à celles figurant sur son titre d'identité qui ne présente, d'après le rapport documentaire, aucune anomalie flagrante. Les éléments ainsi relevés ne sont pas suffisants pour remettre en cause le caractère probant des documents produits par l'intéressé. Dans ces conditions, la préfète ne renverse pas la présomption d'authenticité de l'extrait du registre des actes d'état civil de M. A et n'est ainsi pas fondée à solliciter la substitution de motifs demandée.
10. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la préfète a inexactement appliqué l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 février 2024 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
12. Le présent jugement, par lequel le tribunal fait droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique cependant pas, eu égard au motif d'annulation retenu, que l'administration prenne une nouvelle décision dans un sens déterminé. Par suite, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de statuer à nouveau sur la situation de l'intéressé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer immédiatement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
13. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Corsiglia, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Corsiglia de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 3 : L'État versera à Me Corsiglia la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Corsiglia et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience publique du 3 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
O. Di Candia
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 230226
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026