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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302276

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302276

mardi 8 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023 à 13 heures 56, Mme A C, représentée par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2023 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités maltaises ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin de l'admettre au séjour au titre de l'asile, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ou, subsidiairement de procéder au réexamen de l'enregistrement de sa demande d'asile en lui délivrant, dans l'attente une attestation de demande d'asile, le tout dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités maltaises n'a pas été précédé d'un entretien individuel ;

- elle n'a pas reçu l'information prévue par les articles 4, 9 et 29 du règlement UE n° 604-2013 ;

- en l'absence de preuve de la saisine des autorités maltaises et de leur réponse dans les délais prévus par le règlement, la procédure doit être regardée comme irrégulière ;

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé, ce qui démontre que la préfète n'a pas procédé à l'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnait l'article 3.2 du règlement n°604/2013 et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

- il méconnaît l'article 17 du règlement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Kohler a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité nigériane, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, au cours de l'année 2023. A l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile, la consultation du fichier Eurodac a révélé qu'elle avait préalablement demandé l'asile à Malte. Le 31 mai 2023, la France a saisi les autorités de ce pays d'une demande de reprise en charge qu'elles ont explicitement acceptée le 12 juin 2023. Par un arrêté du 23 juin 2023, notifié le 12 juillet 2023, dont Mme C demande l'annulation, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités croates.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 572-5 et L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les autres conclusions de la requête :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige est signé par Mme B D, cheffe du pôle régional Dublin, auquel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 6 avril 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les arrêtés de transfert et les arrêtés d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte la mention des circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. En particulier, il indique que l'intéressée a sollicité l'asile auprès des autorités maltaises préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France et que ces autorités ont accepté sa reprise en charge sur le fondement de l'article 18-1-b du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il mentionne également la situation personnelle de l'intéressée. Cet arrêté est, ainsi, suffisamment motivé. Cette motivation révèle également que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de Mme C. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cet arrêté et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressée doivent, par suite, être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a bénéficié d'un entretien individuel le 25 mai 2023, jour du dépôt de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Bas-Rhin. Cet entretien, qui s'est tenu en langue anglaise, que l'intéressé a déclaré comprendre et qui a été réalisé par un agent qualifié de la préfecture, a permis de faire bénéficier l'intéressée d'une information complète sur ses droits. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement doit être écarté

8. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

9. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de sa signature apposée sur la première page des documents produits par la préfète, que Mme C s'est vu remettre le 25 mai 2023, le guide du demandeur d'asile ainsi que deux brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' ", et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", documents rédigés en langue anglaise qu'elle a déclaré comprendre. Ces documents contiennent l'intégralité des informations prévues par les dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 ainsi que par celles de l'article 29 du même règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ressort des pièces produites en défense que la consultation du fichier Eurodac a donné un résultat positif le 25 mai 2023 et que les autorités maltaises ont effectivement été saisies d'une demande de reprise en charge le jour même, demande qu'elles ont explicitement acceptée le 12 juin 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des délais de la procédure de prise en charge, tels qu'ils figurent dans la section 3 du chapitre VI du règlement n° 604/2013 doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

12. D'une part, si Mme C se plaint des conditions dans lesquelles elle a été prise en charge à son arrivée à Malte, en invoquant la durée et les conditions de sa rétention, elle n'établit pas, par la seule production de deux photographies, que sa demande d'asile serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités maltaises dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que Malte est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. D'autre part, si Mme C invoque les risques auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine, elle ne produit aucun élément au soutien de ses allégations, ni aucun élément de nature à démontrer que les autorités maltaise ne seraient pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile ni que ces autorités n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressée, les risques auxquels elle serait exposée en cas de retour au Nigéria. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 3 du règlement (UE) n° 604/2013 et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la préfète, en choisissant de ne pas déclarer la France comme responsable de l'examen de sa demande d'asile, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin et Me Pierot.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 08 août 2023.

La magistrate désignée,

J. Kohler

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302276

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