mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2302280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | KIPFFER |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 28 juillet 2023, sous le n°2302280, et un mémoire complémentaire enregistré le 18 juin 2024, Mme D A épouse B, représentée par Me Kipffer, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la région Grand-Est, préfet du Bas-Rhin, a implicitement rejeté sa demande du 13 janvier 2023 tendant à l'examen de sa demande d'asile par la France ;
2°) d'enjoindre au préfet de la région Grand-Est, préfet du Bas-Rhin, de déclarer la France responsable de l'examen de sa demande d'asile, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale et de lui remettre le formulaire de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision contestée a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la France étant responsable de l'examen de sa demande d'asile ;
Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2023, le préfet de la région Grand-Est, préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin 2024.
Le mémoire enregistré le 18 juin 2024 pour Mme A n'a pas été communiqué.
Par une décision en date du 26 mai 2023, la présidente du bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme A épouse B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II - Par une requête enregistrée le 2 août 2023, sous le n°2302335, et un mémoire enregistré le 18 juin 2024, M. C B, représenté par Me Kipffer, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la région Grand-Est, préfet du Bas-Rhin, a implicitement rejeté sa demande du 13 janvier 2023 tendant à l'examen de sa demande d'asile par la France ;
2°) d'enjoindre au préfet de la région Grand-Est, préfet du Bas-Rhin, de déclarer la France responsable de l'examen de sa demande d'asile, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale et de lui remettre le formulaire de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit, la France étant responsable de l'examen de sa demande d'asile ;
Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2023, le préfet de la région Grand-Est, préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin 2024.
Le mémoire enregistré le 18 juin 2024 pour M. B n'a pas été communiqué.
Par une décision en date du 26 mai 2023, la présidente du bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B né le 18 mars 1989, et Mme D A épouse B née le 16 février 1996, ressortissants mauritaniens, sont entrés en France en avril 2022 accompagnés de leur fille mineure, et ont sollicité le bénéfice de l'asile. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé qu'ils avaient préalablement déposé une demande d'asile en Espagne, la préfète du Bas-Rhin a saisi les autorités espagnoles d'une demande de reprise en charge qui a été expressément acceptée, le 9 juin 2022 et, par arrêtés du 23 juin 2022, elle a édicté à leur encontre des décisions de transfert à destination de l'Espagne. Par jugement du 12 juillet 2022, le tribunal administratif de Nancy a rejeté les requêtes tendant à l'annulation de ces arrêtés. Le 12 janvier 2023, la procédure d'exécution de ces décisions de transfert n'a pas abouti. Le préfet a déclaré le couple en fuite et a prolongé le délai de transfert jusqu'au 12 janvier 2024. Par des courriers en date du 13 janvier 2023, réceptionnés le 18 janvier suivant, M. et Mme B ont demandé à ce qu'il soit mis fin à la procédure de transfert " Dublin " afin qu'ils puissent saisir l'office français de protection des réfugiés et apatrides d'une demande d'asile. L'absence de réponse du préfet du Bas-Rhin a fait naître des décisions implicites de rejet. Par leurs requêtes, qu'il convient de joindre pour y statuer par un même jugement, M. et Mme B demandent l'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Bas-Rhin a refusé d'examiner leurs demandes d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen propre à la demande de Mme A :
2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
3. Il résulte des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative auxquelles sont soumises l'intervention des décisions en matière d'asile. Dès lors, les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de la décision contestée.
En ce qui concerne le moyen commun aux deux décisions contestées :
4. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ".
5. Il résulte de ces dispositions que la notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Dans l'hypothèse d'un départ contrôlé, dont l'Etat responsable du transfert assure l'organisation matérielle en prenant en charge le titre de transport permettant de rejoindre l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile depuis le territoire français, ainsi que, le cas échéant, le pré-acheminement du lieu de résidence du demandeur jusqu'à l'embarquement vers son lieu de destination, le demandeur d' asile qui se soustrait délibérément à l'exécution de son transfert ainsi organisé doit être regardé comme en fuite au sens de ces dispositions.
6. Il ressort du compte-rendu d'intervention des services de police en date du 12 janvier 2023, que, le jour-même, les services de police se sont présentés au domicile de M. et Mme B à 6h55, leur ont notifié l'exécution de la mesure de transfert dont ils faisaient l'objet, et ont demandé aux intéressés de rejoindre, accompagnés de leur enfant et avec leurs affaires, le véhicule devant les escorter jusqu'à l'aéroport où un vol avait été réservé à destination de l'Espagne. Alors qu'à l'heure indiquée, les requérants ne s'étaient pas présentés, il leur a été laissé un temps supplémentaire jusqu'à 8h50 et les services de police se sont à nouveau présentés devant leur domicile accompagnés du directeur du CADA. Si Mme B a pris place dans le véhicule avec son enfant, et que les bagages ont pu être embarqués, M. B est resté en arrière et il a été nécessaire de lui rappeler à plusieurs reprises la nécessité de respecter l'horaire. L'agitation de Mme B dans le véhicule et le refus persistant de M. B d'embarquer faisant intentionnellement obstruction à leur acheminement, il n'a pas été possible de donner suite à la mesure d'exécution et la mission a pris fin à 9h07. Dans ces conditions, le préfet du Bas-Rhin n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en estimant que M. et Mme B devaient être considérés comme étant en fuite et a prolongé le délai de transfert.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites par lesquelles le préfet du Bas-Rhin a refusé d'examiner les demandes d'asile de M. et Mme B, et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2302280 et n° 2302335 de M. et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D A épouse B, à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, et à Me Kipffer.
Délibéré après l'audience publique du 27 août 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
F. Milin-Rance Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2302280, 2302335
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026