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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302297

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302297

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 juillet et 4 août 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 avril 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 14 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

Le rapport de Mme Grandjean a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 19 juin 2000 à Oujda (Maroc), également connu sous le nom C, né le 3 janvier 2000 à Oran (Algérie), est entré en France en 2016 selon ses déclarations. Le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois par un arrêté du 26 juin 2018. Par un arrêté du 30 juillet 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Placé en centre de rétention administrative par une décision du même jour, M. B a été remis en liberté par le juge des libertés et de la détention par une ordonnance du 2 août 2023. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 14 septembre 2023. L'avocate désignée au titre de l'aide juridictionnelle a déposé son mandat le 16 novembre 2023. Par un courrier du 20 novembre 2023, le greffe du tribunal a informé M. B de cette situation, l'a invité à saisir le bâtonnier afin d'obtenir la désignation d'un nouvel avocat et lui a imparti un délai de deux mois pour justifier auprès du tribunal administratif des démarches en ce sens. En dépit de cette demande, le requérant n'a pas informé le tribunal dans le délai de deux mois qui lui était imparti, ni même au jour de la clôture d'instruction le 12 avril 2024, de la saisine du bâtonnier ni de ce qu'il était représenté par un conseil. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme ayant renoncé à l'assistance d'un avocat au titre de l'aide juridictionnelle. L'affaire est en état d'être jugée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, l'arrêté du 30 juillet 2023 est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 8 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et opposant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B expose qu'il est dans l'attente de ses documents d'identité, qu'il vit en couple depuis quatre années et demie, qu'il a un enfant et n'a plus de parents au Maroc. Toutefois, il ne justifie ni de la relation amoureuse qu'il soutient entretenir, pas plus que d'un quelconque lien de filiation avec un enfant et, le cas échéant, de sa contribution à son entretien et son éducation. Il n'établit pas non plus être dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé, écroué le 23 décembre 2017 à la maison d'arrêt de Villepinte, a été condamné le 6 juin 2018 par le tribunal de grande instance de Bobigny à un an d'emprisonnement pour vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, tentative et vol aggravé par trois circonstances, tentative et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, qu'il a été placé en garde à vue le 16 avril 2019 pour tentative de vol en réunion et qu'il a été interpellé, le 28 juillet 2023 pour violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () ".

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. B est entré en situation irrégulière et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français en date du 26 juin 2018. D'autre part, il n'est pas en mesure de justifier d'un document de voyage en cours de validité, ni même de sa nationalité, alors par ailleurs que ni les autorités marocaines ni les autorités algériennes dont il a successivement revendiqué la nationalité ne l'ont reconnu comme l'un de leurs ressortissants. Enfin, il a explicitement exprimé lors de son audition sa volonté de rester en France. Par suite, en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, M. B se borne à soutenir que son renvoi vers le Maroc constitue une grave menace pour son intégrité physique. Toutefois, à l'appui de cette affirmation, il ne se prévaut que de la circonstance qu'il est entré jeune sur le territoire français et n'a plus d'attaches dans son pays d'origine. Alors que, par ailleurs, il a déclaré lors de son audition par les services de police de Nancy le 29 juillet 2023 qu'il n'encourait aucune menace personnelle et directe en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux cités au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

13. Si M. B soutient vivre en couple avec une ressortissante française avec laquelle il aurait un enfant âgé de trois ans, il ne justifie pas de l'intensité, de la durée et de stabilité de leur relation, ni même d'une vie commune. Il n'établit pas son lien de filiation avec l'enfant, pas plus qu'il n'apporte d'élément quant à sa contribution à son éducation et à son entretien. Enfin, il ne se prévaut d'aucune autre attache et d'aucune insertion professionnelle ou sociale en France, alors qu'il soutient y être entré en 2016. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que l'intéressé a fait l'objet en 2018 d'une condamnation à un an d'emprisonnement pour vol et tentative de vol et qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant sa durée à six mois, le préfet de Meurthe-et-Moselle ait inexactement apprécié la situation du requérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 30 juillet 2023 prises par le préfet de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 30 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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