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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302319

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302319

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 1er, 18 août 2023 et 25 juin 2024, Mme C A conteste la décision du 8 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 518,74 euros pour la période allant du 1er avril 2020 au 30 septembre 2020.

Elle soutient que :

- l'indu n'est pas justifié dès lors que, sur la période au titre de laquelle l'indu de RSA lui est réclamé, elle vivait séparée géographiquement de son conjoint et que les charges et les ressources n'étaient pas mises en commun ;

- sa dette s'élève aujourd'hui à la somme de 1 688, 24 euros, compte tenu des virements qu'elle a effectués.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2024, le département de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'indu est justifié dès lors que la requérante a déclaré être en couple avec son compagnon depuis le 1er septembre 2019 ; qu'ils ont conclu un pacte civil de solidarité le 15 octobre 2020 et que la séparation géographique du couple n'est pas un motif d'isolement pour le concubin qui réside en France ;

- à titre subsidiaire, sa situation financière ne justifie pas que lui soit accordée la remise de sa dette.

Par un courrier du 17 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la décision du 8 avril 2022 dès lors que celle-ci a été substituée par la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé.

Un mémoire en défense a été produit par le département de Meurthe-et-Moselle qui a été enregistré le 28 juin 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a bénéficié du revenu de solidarité active (RSA). Par une déclaration effectuée sur internet le 16 février 2022, l'intéressée, connue jusqu'ici comme étant célibataire, a indiqué vivre en couple depuis le 1er septembre 2019. La caisse d'allocations familiales (CAF) de Meurthe-et-Moselle a ainsi procédé à la régularisation du dossier de Mme A, en prenant en compte les revenus perçus par son concubin. Un indu de RSA a ainsi été notifié à Mme A d'un montant de 2 518,74 euros pour la période du 1er avril au 30 septembre 2020, par une décision du 8 avril 2022. Par un courrier du 27 juillet 2022, Mme A a contesté cette décision devant le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle. Sa demande doit être regardée comme ayant été rejetée par une décision implicite née du silence gardé pendant plus de deux mois par le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle sur la demande de l'intéressée. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision de la CAF de Meurthe-et-Moselle du 8 avril 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale, qui peut seule être déférée devant le juge de la légalité.

4. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que la décision initiale du 8 avril 2022 notifiant à Mme A un indu de revenu de solidarité active a, par l'effet du recours administratif préalable qu'elle a formé le 27 juillet 2022, été substituée par la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration pendant une durée de deux mois sur sa demande. Par suite, les conclusions présentées par Mme A à l'encontre de la première décision sont irrecevables et doivent être regardées comme dirigées contre la décision implicite portant rejet de son recours.

Sur la décision implicite portant rejet du recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A :

5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 de ce code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation, à cette aide ou à cette prime, qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

7. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige est fondé sur la prise en compte, pour le calcul des droits de Mme A à bénéficier du revenu de solidarité active, des revenus perçus par M. B pour la période du 1er avril au 30 septembre 2020. La CAF de Meurthe-et-Moselle, pour estimer que Mme A mène une vie de couple stable et continue avec ce dernier, s'est exclusivement fondée sur les déclarations que l'intéressée à adressées, le 16 février 2022, à ses services précisant qu'elle est en couple avec M. B depuis le 1er septembre 2019 et qu'ils ont conclu un pacte civil de solidarité, le 15 octobre 2020. Toutefois, Mme A a adressé trois courriers détaillés à la CAF de Meurthe-et-Moselle aux termes desquels elle a précisé s'être méprise sur la portée de ses déclarations dès lors que " vivre en couple " ne signifiait pas, selon elle, être en concubinage, et qu'ils n'ont commencé à résider à la même adresse qu'à compter de la conclusion de leur PACS. Par ailleurs, elle soutient, au cours de la période litigieuse, qu'ils n'étaient en couple que depuis quelques mois, que les charges et les ressources n'étaient pas mises en commun et justifie que M. B travaillait et résidait à l'étranger au cours de la période litigieuse. Dans ces conditions, la CAF de Meurthe-et-Moselle, en retenant l'existence d'une vie de couple stable et continue sur les seuls éléments précités et sans davantage rechercher des éléments supplémentaires caractérisant une telle vie de couple, a méconnu les dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite portant rejet du recours administratif préalable formé par Mme A relatif au remboursement de l'indu de revenu de solidarité active qui lui a été réclamé par une décision du 8 avril 2022 doit être annulée.

9. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lesquels elle se fonde, que M. A soit déchargée de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge pour un montant de de 2 518,74 euros. En outre, il est enjoint au département de Meurthe-et-Moselle de procéder à la restitution des sommes indûment prélevées à Mme A en remboursement de l'indu de RSA en litige dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant rejet du recours administratif préalable formé par Mme A relatif au remboursement de l'indu de revenu de solidarité active qui lui a été réclamé par une décision du 8 avril 2022 est annulée.

Article 2 : Mme A est déchargée de l'obligation de payer la somme de 2 518,74 euros.

Article 3 : Il est enjoint au département de Meurthe-et-Moselle de procéder à la restitution des sommes indûment prélevées à Mme A en remboursement de l'indu de RSA en litige dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au département de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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