jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2302341 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CISSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 2 août 2023, M. A D, représenté par Me Cissé demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 17 mai 2023 en tant qu'il porte refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, respectivement, dans un délai d'un mois et de quinze jours à compter de la notification du jugement
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
- le préfet ne peut se prévaloir de l'absence d'autorisation de travail délivrée à l'intéressée, demande indument classée sans suite et clôturée par le préfet qui a refusé de l'instruire sans faire application des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
- il convient de substituer au moyen tiré de ce que le requérant ne justifie pas d'un diplôme universitaire obtenu au cours de l'année universitaire 2021-2022, celui tiré de ce que les offres d'emploi transmises ont une rémunération insuffisante.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 3 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant gabonais né le 14 novembre 1991, est entré régulièrement sur le territoire français, le 12 septembre 2015 pour y poursuivre des études. Il s'est vu remettre plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant ", valables jusqu'au 21 septembre 2022. Le 31 juillet 2022, l'intéressé a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié. Sa demande a été classée sans suite en raison de l'incomplétude de son dossier, le 24 novembre 2022. Le 7 juillet 2022, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour temporaire, recherche d'emploi ou création d'entreprise. Le 14 septembre 2022, cette demande a également été classée sans suite, en l'absence de production de la copie d'un diplôme de master ou de licence professionnelle pour l'année 2021-2022. Par courrier du 14 février 2023, M. C a formé un recours gracieux contre ces décisions et a sollicité le réexamen de sa situation. Par l'arrêté contesté du 17 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté le recours gracieux de l'intéressé. Il a par ailleurs refusé d'admettre ce dernier au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il porte refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée, qui vise notamment les stipulations de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 et rappelle le parcours du requérant depuis son arrivée en France comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 : Une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de neuf mois renouvelable une fois est délivrée au ressortissant gabonais qui, ayant achevé avec succès, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un cycle de formation conduisant à la licence professionnelle ou à un diplôme au moins équivalent au master, souhaite compléter sa formation par une première expérience professionnelle. Pendant la durée de cette autorisation, son titulaire est autorisé à chercher et, le cas échéant, à exercer un emploi en relation avec sa formation et assorti d'une rémunération au moins égale à une fois et demi la rémunération mensuelle minimale en vigueur en France. A l'issue de la période de validité de l'autorisation provisoire de séjour, l'intéressé pourvu d'un emploi ou titulaire d'une promesse d'embauche, satisfaisant aux conditions ci-dessus, est autorisé à séjourner en France pour l'exercice de son activité professionnelle, sans que soit prise en considération la situation de l'emploi ". Aux termes de l'article 3 de cet accord : " 3.1. - Les Parties s'engagent à faciliter et à organiser la mobilité professionnelle pendant une période maximale de dix-huit mois de jeunes travailleurs gabonais en France et français au Gabon, âgés de dix-huit (18) à trente-cinq (35) ans, afin d'exercer une activité professionnelle salariée, sous couvert d'un contrat de travail et sans que soit prise en considération la situation de l'emploi. / A cette fin, elles conviennent d'engager des négociations afin de conclure un accord relatif aux échanges de jeunes professionnels, dont un projet est joint au présent accord, afin d'assurer l'application du présent article./ 3.2.-La carte de séjour temporaire portant la mention salarié ou travailleur temporaire est délivrée sans que soit prise en compte la situation de l'emploi : / a) Au ressortissant gabonais titulaire d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente dans les métiers énumérés en annexe I. / b) Au ressortissant gabonais titulaire d'un contrat de travail, visé par l'autorité française compétente, destiné à lui assurer un complément de formation professionnelle en entreprise d'une durée inférieure à douze mois. () ". Aux termes de l'article 12 de la convention conclue le 2 décembre 1992 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ".
6. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'admettre le requérant au séjour au motif qu'il ne justifiait pas de l'obtention d'un diplôme de master ou de licence professionnelle pour l'année 2021-2022. Toutefois, il ne ressort ni des stipulations précitées ni des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la délivrance du titre sollicité par M. C soit conditionné par l'obtention d'un tel diplôme au cours des douze mois précédant la demande de séjour. Par suite, en opposant cette condition à l'intéressé, le préfet de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur de droit.
7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Dans son mémoire en défense, la préfète de Meurthe-et-Moselle invoque le motif tiré de ce que les emplois que le requérant souhaite exercer ne sont pas en relation avec sa formation et ne sont pas assortis d'une rémunération au moins égale à une fois et demi la rémunération mensuelle minimale en vigueur en France. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de séjour, M. C s'est prévalu de l'obtention, en juillet 2020, d'une licence professionnelle de sciences, technologies, santé mention conception et amélioration de processus et procédures industrielles ainsi que d'une offre d'emploi en interim en qualité d'agent de fabrication, qui est accessible sans condition de diplôme ni d'expérience professionnelle moyennant une rémunération au salaire minimum interprofessionnel de croissance. Le motif ainsi opposé est de nature à fonder la décision contestée. Il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif et la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale. Par suite, il y a lieu de procéder à la demande de substitution demandée et d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées.
9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en septembre 2015 et résidait dans ce pays depuis sept ans au jour de la décision contestée. Célibataire et sans enfant, le requérant, par les pièces produites, ne justifie d'aucune insertion significative dans la société française et ne soutient pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui est opposé porterait une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
10. En dernier lieu, si M. C soutient que sa demande de titre de séjour " salarié " a indument été classée sans suite, il ressort des pièces du dossier que le préfet a demandé au requérant de lui communiquer l'autorisation de travail manquante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doit, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait obligation au requérant de quitter le territoire français, dont la motivation se confond avec celle de refus de séjour prise concomitamment, comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.
13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'injonction :
15. Le présent jugement qui rejette les conclusions d'annulation n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Cissé.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302341
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026