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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302365

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302365

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2023 et un mémoire enregistré le 3 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de la réalité et du sérieux des études suivies et de ressources suffisantes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. A ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. A ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et elle sollicite une substitution de base légale.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2023.

Un mémoire en défense a été enregistré le 3 octobre 2023 pour la préfète de Meurthe-et-Moselle et n'a pas été communiqué.

Par une ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2023 à 13 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention du 2 décembre 1992 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise relative à la circulaire et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff,

- et les observations de Me Martin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gabonais, né le 14 avril 2001, est entré sur le territoire français le 10 octobre 2020 muni d'un visa de long séjour portant la mention étudiant, valable du 23 septembre 2020 au 23 septembre 2021. Par la suite, il a bénéficié d'un titre de séjour mention étudiant du 24 septembre 2021 au 23 septembre 2022 dont il a demandé le renouvellement le 11 février 2023. Par un arrêté du 25 mai 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation de signature à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département. Par suite, l'arrêté litigieux n'a pas été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-gabonais du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable ". Aux termes de l'article 12 du même texte : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Aux termes de l'article R. 433-2 du même code : " L'étranger déjà admis à résider en France qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance de la carte de séjour temporaire correspondant au motif de séjour de la carte de séjour pluriannuelle dont il est détenteur et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. () ".

4. La décision de refus de renouvellement de titre de séjour contestée ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les stipulations précitées régissent de manière complète le séjour en France des étudiants gabonais inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. La décision de refus de renouvellement de titre de séjour " étudiant " contestée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention francogabonaise du 2 décembre 1992 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par l'arrêté en cause, dès lors, d'une part, que les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 et de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient et, d'autre part, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Par conséquent, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale demandée par la préfète de Meurthe-et-Moselle et de faire application des stipulations de cet accord.

6. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

7. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour présenté par M. A, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé d'une part sur le motif qu'il n'attestait pas du caractère réel et sérieux du suivi de ses études et d'autre part sur le caractère insuffisant de ses ressources.

8. Pour justifier du caractère réel et sérieux du suivi de ses études et de la cohérence de son parcours, M. A produit deux attestations de proches à la motivation stéréotypée, postérieures à la décision attaquée, selon lesquelles il est assidu dans le suivi de sa formation et souhaite désormais conduire un projet professionnel pour travailler dans le commerce. Il fournit également un relevé de connexion sur la plateforme en ligne d'études Studi pour la période du 24 février 2023 au 11 mai 2023, selon lequel il y est resté connecté 151 heures et 45 minutes. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A était inscrit, au titre de l'année scolaire 2020/2021, en première année de DUT gestion et administration des entreprises. Il a obtenu une moyenne de 6,491/20 et a redoublé cette année en 2021/2022, pour laquelle il ne produit aucun relevé de notes. Du 13 février 2023 au 26 février 2023, M. A a suivi une préparation opérationnelle pour l'emploi individuelle au sein de l'organisme de formation Leader Academy pour devenir commis de cuisine. Au titre de l'année scolaire 2022/2023, il s'est ensuite inscrit, en BTS " négociation et digitalisation de la relation client " auprès de l'organisme de formation à distance Studi pour la période du 24 février 2023 au 16 juillet 2024. Il est constant que M. A n'a obtenu aucun diplôme d'enseignement supérieur depuis son arrivée sur le territoire français. Par ailleurs, s'il soutient que les examens finaux de cette formation se tiendront en présentiel, il n'apporte aucun élément de nature à le justifier et à établir la nécessité de sa présence en France. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet, qui pouvait se fonder sur ce seul motif pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité, aurait commis une erreur d'appréciation en considérant que le caractère réel et sérieux des études et la cohérence de son parcours n'étaient pas établis.

9. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée M. A est présent en France depuis moins de trois ans, qu'il est célibataire, sans enfant et qu'il ne démontre pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine, le Gabon, dans lequel réside d'ailleurs son père. En outre, il n'établit pas entretenir des liens personnels et familiaux sur le territoire. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français, sur laquelle elle est fondée, doit être annulée.

11. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 9 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit doit être annulée.

14. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 25 mai 2023 et, par voie de conséquence, d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Martin et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 12 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302365

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