vendredi 11 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2302383 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2023 à 11 heures 54, M. B A, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2023 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités croates et l'arrêté du même jour ordonnant son assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir pour lui permettre de voir sa demande d'asile examinée en France ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les arrêtés en litige ont été signés par une autorité incompétente ;
- l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités croates n'a pas été précédé d'un entretien individuel ;
- il n'a pas été précédé de la délivrance de l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 ;
- eu égard aux risques encourus en Turquie, la préfète aurait dû décider que l'examen de sa demande d'asile relevait de la France en application de l'article 17 du règlement ;
- l'arrêté ordonnant son assignation à résidence doit être annulé en conséquence de l'illégalité de l'arrêté ordonnant son transfert ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kohler,
- les observations de Me Chaïb, représentant M. A qui reprend les conclusions et moyens de la requête, soutient en outre que la décision est insuffisamment motivée en droit dès lors qu'elle ne mentionne pas dans quel cas mentionné à l'article 18 du règlement se trouve le requérant et que la préfète n'a pas procédé à l'examen sérieux de sa situation dès lors que les pièces du dossier ne permettent pas de connaître les raisons pour lesquelles les autorités croates ont été saisies et indique qu'il n'a jamais demandé l'asile en Croatie,
- et les observations de M. A, assisté d'une interprète en langue kurde, qui insiste sur les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine et soutient ne jamais avoir présenté de demande d'asile en Croatie,
- la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité turque, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, au cours de l'année 2023. A l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile, la consultation du fichier Eurodac a révélé qu'il avait préalablement demandé l'asile en Croatie. Le 24 mai 2023, la France a saisi les autorités de ce pays d'une demande de prise en charge qu'elles ont explicitement acceptée le 7 juin 2023. Par deux arrêtés du 6 juillet 2023, notifiés le 4 août 2023, dont M. A demande l'annulation, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a, d'une part, ordonné son transfert aux autorités croates et, d'autre part, ordonné son assignation à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 572-5 et L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur l'arrêté portant transfert aux autorités croates :
4. En premier lieu, l'arrêté en litige est signé par Mme C D, cheffe du pôle régional Dublin, auquel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 30 juin 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les arrêtés de transfert et les arrêtés d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013, que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile. Par ailleurs, en application de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, l'Etat membre qui procède à la détermination de l'Etat membre responsable doit mener un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité et doit être mené par une personne qualifiée en vertu du droit national.
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'entretien produit en défense par la préfète, que M. A a bénéficié, le 16 mai 2023, d'un entretien individuel et confidentiel, mené par un agent qualifié de la préfecture de la Moselle, avec le concours d'un interprète en langue kurde. Il s'est vu remettre la brochure d'information intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", ainsi que la brochure intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " dans cette même langue. Dans ces conditions, M. A, n'est pas fondé à soutenir que les dispositions des articles 4 et 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'auraient pas été respectées.
7. En troisième lieu, l'arrêté en litige comporte la mention des circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. En particulier, il indique que l'intéressé a sollicité l'asile auprès des autorités croates préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France et mentionne l'article 18 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, qui dresse la liste des obligations de l'Etat membre responsable en termes de prise en charge et de reprise en charge ainsi que l'article 20-5 du même règlement qui impose à l'Etat membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre Etat membre. Il permet ainsi de savoir dans quelle situation se trouve M. A et est, par suite, suffisamment motivé.
8. En quatrième lieu, les mentions de l'arrêté en litige, notamment telles que rappelées au point précédent, permettent d'établir que la préfète, qui s'est fondée sur le fait que M. A avait demandé l'asile auprès des autorités croates avant d'introduire sa demande en France et a demandé à ces autorités de reprendre en charge l'intéressé sur le fondement du 1.b) de l'article 18 du règlement, a procédé à l'examen sérieux de la situation.
9. En cinquième lieu, M. A soutient qu'il n'a fait que transiter en Croatie où ses empreintes ont été relevées mais qu'il n'y a pas demandé l'asile. Il ressort toutefois des pièces produites par la préfète en défense, en particulier du compte-rendu d'entretien du 16 mai 2023, signé par l'intéressé et mentionnant que les renseignements le concernant étaient exacts, que M. A a indiqué avoir demandé l'asile en Croatie. Dans ces conditions, et faute d'apporter des éléments à l'appui de ses affirmations, M. A n'établit pas que la préfète s'est fondée à tort sur le fait qu'il avait demandé l'asile en Croatie pour saisir les autorités de ce pays.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
11. En se bornant à indiquer qu'il est membre du parti d'opposition en Turquie et recherché par les autorités de ce pays, M. A n'établit pas que la préfète, en choisissant de ne pas déclarer la France comme responsable de l'examen de sa demande d'asile, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'arrêté portant assignation à résidence :
12. En premier lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4.
13. En deuxième lieu, faute pour M. A d'établir l'illégalité de la décision ordonnant son transfert aux autorités croates, le moyen tiré de ce que la décision ordonnant son assignation à résidence devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.
14. En troisième lieu, M. A, qui ne fait valoir aucun élément particulier, n'établit pas que les modalités de la décision l'assignant à résidence portent à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 6 juillet 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 août 2023.
La magistrate désignée,
J. Kohler
La greffière,
L. Rémond
La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302383
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026