mercredi 16 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2302420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2023 à 12 heures 10, M. B A, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les arrêtés du 7 août 2023 par lesquels le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit et l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à conseil, Me Chaïb, de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;
- elle revêt une erreur d'appréciation quant à sa durée.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas,
- les observations de Me Chaïb, avocate de M. A, qui s'en remet, pour l'essentiel, aux écritures et ajoute qu'il convient de prendre en compte l'ancienneté de séjour de son client et la circonstance que son fils majeur est en situation régulière qu'il fait des efforts d'intégration dès lors notamment qu'il loue un appartement avec son épouse et qu'il dispose d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée en qualité de peintre ; que l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et que le préfet s'est estimé être en situation de compétence liée pour prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ; enfin, elle fait valoir que la durée de l'interdiction est disproportionnée ;
- et les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue albanaise, qui fait valoir qu'avant d'être placé en retenue, il réunissait des éléments pour introduire une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant albanais né le 16 février 1968 serait entré sur le territoire français le 17 septembre 2018 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile laquelle a été rejetée par une décision du 21 mars 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 18 mai 2021. M. A a sollicité un réexamen de sa demande, lequel a été déclaré irrecevable par une décision de l'OFPRA du 18 octobre 2021, laquelle a été confirmée par une décision de la CNDA du 14 janvier 2022. M. A a été placé en retenue, le 7 août 2023, par les services de police de Nancy. A cette occasion, il lui a été notifié les arrêtés du même jour, dont il demande l'annulation, par lesquels le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être éloigné, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :
3. Par un arrêté du 8 août 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien le Goff, secrétaire général, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle à l'exception des arrêtés de conflit. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen spécifiquement dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent sur le territoire français depuis moins de cinq ans à la date de la décision attaquée. S'il fait valoir que l'un de ses fils majeurs vit en situation régulière sur le territoire le préfet fait valoir, sans être contesté, que l'épouse de M. A réside en situation irrégulière sur le territoire français et qu'il n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où vivent sa fille et sa fratrie. Par ailleurs, le requérant a déjà fait l'objet de plusieurs obligations de quitter le territoire français, les 28 juin 2019, 12 décembre 2020 et 4 juillet 2020, qu'il n'a pas exécutées et la seule production d'une promesse d'embauche n'est pas insuffisante pour établir qu'il justifie d'une insertion professionnelle. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a obligé M. A à quitter le territoire français n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de celui-ci au regard des buts en vue desquels elle a été prise.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
6. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".
8. M. A soutient que son retour en Albanie l'exposerait à des traitements contraires au texte susvisé. Toutefois, l'intéressé n'explique pas la teneur des risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Albanie et ne produit aucun élément de nature à les établir. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du texte précité ne peut être accueilli.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et, aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. Il ressort des termes de la décision attaquée que si le préfet a cité les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'a ni visé ni cité les dispositions de l'article L. 612-10 du même code. Par ailleurs, le préfet a seulement précisé que le requérant avait déjà fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement et qu'il ne pouvait se prévaloir de l'intensité des liens qu'il avait tissés sur le territoire sans toutefois préciser la durée de présence en France de M. A ni la circonstance que sa présence représentait ou non une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
11. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision l'assignant à résidence.
12. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que les modalités de la décision portant assignation à résidence ne prennent pas en compte sa situation personnelle, le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 7 août 2023 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui annule seulement la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
15. L'Etat n'étant pas principalement la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que M. A demande au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 7 août 2023 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a interdit à M. A le retour sur le territoire français pendant une durée de dix-mois est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Chaïb.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 août 2023.
La magistrate désignée,
L. Fabas
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2302420
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026