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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302457

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302457

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantJACQUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 août 2023 à 9 heures 30, M. D C, représenté par Me Jacquin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 13 août 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois, avec obligation de se maintenir quotidiennement de 6 heures à 9 heures au sein de son logement et de se présenter tous les mardis et vendredis, y compris les jours fériés, à 10 heures à l'hôtel de police de Nancy ;

4°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de suspendre l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français soit jusqu'à l'expiration du recours devant la Cour nationale du droit d'asile soit jusqu'à la décision de cette dernière ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

- les décisions sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Marini a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien, né le 19 avril 1964, a déclaré être entré sur le territoire français le 26 février 2023, pour y solliciter l'asile. Par une décision du 4 juillet 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Le 12 août 2023, il a été interpellé par les agents de la sécurité publique pour des faits de vol à l'étalage et violence sur agent de sécurité. Par deux arrêtés du 13 août 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois, avec obligation de se maintenir quotidiennement de 6 heures à 9 heures au sein de son logement et de se présenter tous les mardis et vendredis, y compris les jours fériés, à 10 heures à l'hôtel de police de Nancy.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

3. L'arrêté contesté est signé par M. B A, sous-préfet de l'arrondissement de Toul, qui a reçu délégation de signature par le préfet de Meurthe-et-Moselle par un arrêté du 22 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 23 février 2023, pour signer, dans le cadre des permanences des samedis, dimanches, jours fériés, et jours de fermeture exceptionnelle de la préfecture " toute décision, tout mémoire contentieux, toute saisine du juge en matière de mesures d'éloignement en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, Il ne ressort pas des termes de la décision contestée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.".

7. M. C fait valoir qu'il souffre d'un cancer du foie, qu'il est soigné en France et ne pourra faire l'objet d'une prise en charge en Géorgie. Il produit divers documents médicaux attestant d'une tumeur primitive du foie et d'une sténose significative de l'artère circonflexe dystale. Toutefois, il n'est pas établi qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine et qu'il n'est pas en mesure de voyager vers ce dernier et ce alors qu'il n'a présenté aucune demande de titre de séjour en raison de son état de santé en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. C est entré récemment en France, depuis environ six mois à la date de la décision attaquée. Il ne justifie d'aucune attache familiale en France et d'aucune intégration. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 58 ans. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent les fondements de l'assignation à résidence. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas examiné la situation particulière du requérant.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.

13. La décision attaquée, prononce l'assignation à résidence de M. C dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois, avec obligation de se maintenir quotidiennement de 6 heures à 9 heures au sein de son logement et de se présenter tous les mardis et vendredis, y compris les jours fériés, à 10 heures à l'hôtel de police de Nancy. En se bornant à soutenir, sans l'établir, que cette mesure est incompatible avec son état de santé, il ne démontre pas que la décision contestée méconnaitrait les dispositions précitées et serait entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

14. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas où le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des 4° bis ou 7° de l'article L. 743-2, l'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné statuant sur le recours formé en application de l'article L. 512-1 contre l'obligation de quitter le territoire français de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la cour ".

15. En se bornant à soutenir qu'il a saisi la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) d'un recours contre la décision de l'OFPRA en produisant des éléments nouveaux, qui ne sont pas produits à l'instance, le requérant n'apporte aucun élément sérieux de nature à justifier au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de ce recours par la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français durant l'examen de son recours doit ainsi être rejetée.

Sur les conclusions à fins d'injonction sous astreinte :

16. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Jacquin et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.

La magistrate désignée,

C. Marini

Le greffier

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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