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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302623

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302623

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantCORSIGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 6 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, à titre de subsidiaire, de réexaminer sa situation, et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est estimé saisi d'une première demande au motif que sa demande de renouvellement a été présentée hors délais ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, dès lors que le préfet ne pouvait faire fi des titres de séjour précédemment délivrés et lui opposer pour la première fois son passé pénal, alors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation en se limitant à énumérer ses condamnations pénales, dont il n'est pas justifié de la réalité et dont la plus récente remonte à près de quatre ans ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- et les observations de Me Corsiglia, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant arménien né le 16 mai1990, est entré en France avec les membres de sa famille en 2010 et a bénéficié de la délivrance de titres de séjour régulièrement renouvelés entre 2014 et le 19 mars 2022. Sa demande de renouvellement de titre de séjour, déposée le 2 avril 2022, a été rejetée par un arrêté du 27 juin 2023 du préfet de Meurthe-et-Moselle, dont M. B demande au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour. Par suite, M. Julien Le Goff, signataire de l'arrêté contesté du 27 juin 2023, était compétent. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions du 1° de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2.() ". Il ressort des pièces du dossier que le dernier titre de séjour dont disposait M. B était valable jusqu'au 19 mars 2022. Sa demande de renouvellement a été enregistrée par les services préfectoraux le 2 avril 2022, soit après l'expiration de la validité de son titre de séjour. D'une part, M. B n'établit ni même n'allègue avoir été dans l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous en temps utile. D'autre part, l'expiration du délai prévu au 1° de l'article R. 431-5 précité a pour seule conséquence de faire regarder la demande de renouvellement de M. B comme une première demande et de permettre de lui opposer les conditions de délivrance d'une première carte de séjour. Par suite, le préfet n'a pas inexactement appliqué les dispositions du 1° de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en examinant sa demande comme une première demande et non comme une demande de renouvellement.

4. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a fondé l'arrêté litigieux sur la menace à l'ordre public que constitue la présence de M. B en France, et a examiné si la mesure était susceptible de porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ".

6. La circonstance que le préfet n'a pas opposé au requérant ses antécédents pénaux dans le cadre de ses précédentes demandes de titres n'est pas de nature à faire obstacle, pour l'avenir, à ce que la délivrance d'un titre de séjour soit refusée, motif pris de ce que la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de nombreuses condamnations pénales entre 2012 et 2019, pour des faits de vols en réunion avec récidive, vol avec violence, vol avec destruction et dégradation, vol dans un local d'habitation avec récidive, vol aggravé avec récidive, recel, port sans motif légitime d'arme blanche, conduite de véhicule sans permis et sans assurance avec récidive. Le quantum des peines d'emprisonnement prononcées s'élève à près de trois ans. Dans ces conditions, le caractère grave et répété de ces infractions justifiait que le préfet oppose à M. B la menace à l'ordre public que sa présence en France représente, nonobstant le fait qu'il n'en a pas fait mention dans ses décisions précédentes d'admission au séjour.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré être entré en France en 2010, s'y être maintenu en situation irrégulière, et a fait l'objet de multiples condamnations pénales entre 2012 et 2021, pour des faits délictueux, mentionnées au point 7 du présent jugement. Il se prévaut de l'intensité des attaches qu'il a tissées sur le territoire français et, en particulier de la présence à Nancy de ses filles mineures nées en 2017, 2020 et 2023, et de ses efforts d'insertion sociale et professionnelle, en produisant un contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi de vendeur-livreur dans un magasin de pièces automobiles dirigé par son frère, et un accord bancaire de principe pour l'octroi d'un prêt immobilier. Toutefois, M. B, dont son père atteste qu'il l'héberge depuis l'année 2011, ne justifie pas d'une communauté de vie passée avec la mère de ses enfants, dont il se dit séparé depuis plusieurs années. Au vu des pièces produites, il ne justifie pas, par cinq tickets de caisse pour des achats indéterminés, de valeur modique et postérieurs à la décision attaquée, et par les témoignages de la mère et de proches, de sa participation effective à l'entretien et l'éducation de ses enfants. Si le requérant évoque également une nouvelle relation conjugale, il ne produit aucun élément permettant d'en apprécier la durée et la stabilité. S'il se prévaut de ses efforts d'intégration, ceux-ci sont récents, eu égard aux multiples condamnations pénales rappelées ci-dessus, sa dernière peine d'emprisonnement pour récidive de vol aggravé commis le 26 décembre 2019 ayant été exécutée le 4 mars 2021. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Il ressort également des pièces du dossier que la commission du titre de séjour a émis, le 16 mars 2023, un avis défavorable à la demande de titre de séjour de M. B. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour n'est entachée d'aucune erreur de fait et le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour et celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions que le requérant présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 5 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Samson-Dye, présidente,

Mme Bourjol, première conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

La rapporteure,

A. Bourjol

La présidente,

A. Samson-Dye

La greffière,

L. Bourger,

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302623

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