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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302625

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302625

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 1er septembre 2023, sous le n°2302624, M. B A, représenté par Me Lemonnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles ont été prises en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis émis par le collège de médecin du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- il ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement, le tribunal ayant enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas envisagé d'exercer son pouvoir discrétionnaire au regard de sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2023.

II- Par une requête enregistrée le 1er septembre 2023, sous le n°2302625, Mme C D épouse A, représentée par Me Lemonnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que son époux dans la requête n°2302625.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D épouse A ne sont pas fondés.

Mme D épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sousa Pereira,

- les observations de Me Lemonnier, représentant M. et Mme A qui reprend les conclusions et moyens des requêtes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience dans ces deux instances, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants kosovares nés respectivement les 24 septembre 1982 et 23 juin 1984, déclarent être entrés en France le 28 septembre 2021, afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions du 15 avril 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par des décisions du 30 janvier 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. A la suite de ces rejets, M. et Mme A ont fait l'objet de mesures d'éloignement qui ont été annulées par un jugement du 10 octobre 2022 du tribunal administratif de Nancy. Parallèlement, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de leur enfant mineur sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, au vu notamment de l'avis défavorable émis le 2 décembre 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet de Meurthe-et-Moselle, par des arrêtés des 19 et 20 juillet 2023, a refusé de les admettre au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement des 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays de destination de leur éventuelle reconduite d'office à la frontière. M. et Mme A demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. M. et Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 24 août 2023. Par suite il n'y a pas lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Il ressort des pièces des dossiers que pour refuser d'admettre au séjour M. et Mme A à raison de l'état de santé de leur enfant, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 décembre 2022. Selon cet avis, si l'état de santé de l'enfant des requérants nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle lui permet néanmoins de voyager sans risque à destination de son pays d'origine, où, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie. Il ressort, toutefois, des certificats médicaux produits que leur enfant est atteinte d'une maladie neuromusculaire, l'amyotrophie spinale, dont l'intéressée souffre depuis son enfance et qui, du fait de son handicap, nécessite un suivi pluridisciplinaire. En outre, il lui est prescrit un traitement à base de risdiplan, dont le neurologue du centre qui la suit précise qu'il n'est pas disponible au Kosovo. Les requérants produisent par ailleurs un courrier du 23 mars 2016 du centre clinique universitaire du Kosovo que le diagnostic de cette pathologie doit être réalisé dans une institution spécifique qui n'existe pas au Kosovo. Ces éléments, très circonstanciés, sont suffisants pour remettre en cause l'analyse du préfet et du collège de médecins de l'OFII selon laquelle leur enfant pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie. Par suite, M. et Mme A sont fondés à soutenir que les décisions du 19 et 20 juillet 2020 portant refus de séjour sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation des décisions du 19 et 20 juillet 2023 par lesquelles le préfet de Meurthe-et- Moselle a refusé de les admettre au séjour ainsi que par voie de conséquence des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 5, et sous réserve d'un changement substantiel, de fait ou de droit, dans la situation des intéressés, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. et Mme A, d'une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant enfant malade les autorisant à travailler. Il y a donc lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer une autorisation provisoire de séjour à chacun des requérants, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous la réserve indiquée ci-dessus.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. et Mme A ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lemonnier, avocate de M. et Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lemonnier de la somme de 2 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu d'admettre M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 19 et 20 juillet 2023 par lesquels le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à M. et Mme A un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. et Mme A, une autorisation provisoire de séjour les autorisant à travailler en qualité d'accompagnant enfant malade, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de fait ou de droit de ceux-ci.

Article 4 : L'Etat versera à Me Lemonnier une somme de 2 000 (deux mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lemonnier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C D épouse A, à Me Lemonnier et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2302624 et 2302625

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