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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302631

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302631

lundi 11 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2023 à 10 heures 09 et un mémoire complémentaire enregistré le 7 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Issa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 2 septembre 2023 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir.

Il soutient que :

- les décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- elles ont été édictées en méconnaissance du principe du contradictoire ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreurs d'appréciation tant s'agissant des circonstances humanitaires dont il justifie, de la menace à l'ordre public, que s'agissant de la durée de cette interdiction ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coudert,

- les observations de Me Issa, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique en outre que la formulation de l'arrêté de délégation de signature produit par le préfet est trop vague ; que la menace à l'ordre public relevée par le préfet n'est pas caractérisée ; que le préfet indique qu'il est ressortissant serbe alors qu'il s'est constamment prévalu de la nationalité kosovienne ; que le préfet n'a ainsi pas procédé à un examen sérieux de sa situation ; que sa compagne ne fait pas l'objet d'une mesure d'éloignement et peut donc se maintenir sur le territoire français,

- et les observations de M. E, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens et fait valoir en outre qu'à supposer même que le requérant ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, la mesure d'éloignement contestée pouvait être prise sur le seul fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; que la délégation de signature est suffisamment précise ; que l'intéressé a produit uniquement une carte d'identité serbe et ne peut donc se prévaloir de la nationalité kosovienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 23 juin 1995 à Vuctirn (Serbie), est entré en France, selon ses dires, en juin 2016. Ses demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par des décisions en date des 23 juin 2017 et 24 février 2021, qui ont été confirmées par la Cour nationale du droit d'asile respectivement les 30 janvier 2018 et 8 décembre 2022. Il a été placé en garde à vue le 1er septembre 2023 pour des faits de violences conjugales sans incapacité de travail. Le préfet de la Moselle a pris à son encontre le 2 septembre 2023 un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A, placé au centre de rétention de Metz, demande l'annulation de cet arrêté du 2 septembre 2023.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions en litige :

4. D'une part, par un arrêté du 30 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 31 mai 2023, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme D C à l'effet de signer, lors des permanences qu'elle assure, " toutes les mesures d'éloignement prises à l'encontre des ressortissants étrangers en situation irrégulière prévues aux livres sixième et septième du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", à l'exception de certaines décisions dont ne relèvent pas les décisions en litige. Contrairement à ce que soutient le requérant cet arrêté du 30 mai 2023 est suffisamment précis et vise l'ensemble des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. D'autre part, les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

6. Enfin, si M. A soutient dans sa requête sommaire que les décisions méconnaissent le principe du contradictoire, il n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, la décision par laquelle le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A soutient qu'il vit en France depuis 2016, que tous les membres de sa famille, notamment sa mère et ses frères, y résident en situation régulière et que sa concubine réside également en France, qu'il est le père de deux enfants qui sont scolarisés et qu'il justifie d'une promesse d'embauche. Il n'est toutefois pas contesté, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, que la concubine de M. A est également en situation irrégulière sur le territoire français et ne justifie pas ainsi d'un droit à s'y maintenir. L'intéressé ne justifie pas de circonstances faisant obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans un autre pays que la France. Par ailleurs, les éléments du dossier ne permettent pas de caractériser une particulière intégration sociale et professionnelle de M. A en France. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Moselle aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point qui précède, le moyen tiré de ce que le préfet de la Moselle aurait entaché sa décision d'un erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. A doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

13. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêté du préfet de la Moselle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A préalablement à l'édiction de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

15. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, n'est pas fondée et doit être rejetée.

16. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet de la Moselle aurait entaché sa décision refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire d'une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée.

17. En dernier lieu, M. A ne conteste pas s'être soustrait à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet de l'Allier le 11 juin 2018. Le préfet de la Moselle était ainsi fondé à lui refuser un délai de départ volontaire en application des dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 et du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que si le requérant soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il présente des garanties de représentation, ces moyens sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige et ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /() ".

19. En premier lieu, l'arrêté du préfet de la Moselle, qui vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, contrairement à ce que soutient M. A, porte une appréciation circonstanciée sur sa situation au regard de l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

20. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A préalablement à l'édiction de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

21. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas fondée et doit être rejetée.

22. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment aux éléments de fait mentionnés au point 10 du présent jugement, que le préfet de la Moselle, qui a bien, contrairement à ce qui est soutenu, recherché si M. A justifiait de circonstances humanitaires, aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en édictant la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français en litige et en en fixant la durée à deux ans. La circonstance alléguée par l'intéressé que sa présence sur le territoire français ne représenterait pas une menace pour l'ordre public n'est pas, à elle seule, compte tenu des autres motifs retenus par le préfet, de nature à entacher d'illégalité la décision litigieuse.

23. En dernier lieu, eu égard notamment aux éléments de fait mentionnés au point 10 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de la Moselle aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

24. Il ressort des termes de l'arrêté contesté du préfet de la Moselle que ce dernier a relevé que M. A était de nationalité serbe et a décidé qu'il serait éloigné d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si M. A était effectivement titulaire d'une carte d'identité serbe, il se prévaut également de la nationalité kosovienne, ce que le préfet ne pouvait ignorer dès lors notamment que le procès-verbal d'audition du requérant et le relevé TelemOfpra que le préfet produit mentionnent cette nationalité. Il suit de là que le préfet de la Moselle en n'appréciant pas la possibilité d'éloigner d'office M. A à destination du Kosovo a entaché sa décision d'un défaut d'examen. Le requérant est, par suite, fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

25. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2023 en tant qu'il fixe le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. L'annulation par le présent jugement de la décision fixant le pays de destination n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 2 septembre 2023 du préfet de la Moselle est annulé en tant qu'il fixe le pays à destination duquel M. A est susceptible d'être éloigné d'office.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 11 septembre 2023 à 16 heures 14.

Le magistrat désigné,

B. Coudert

La greffière,

L. RémondLa République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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