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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302654

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302654

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSGRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de M. E C et de Mme B D du logement qu'ils occupent, dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile géré par ARS SAO au 47 avenue Carnot à Saint-Max au besoin avec le concours de la force publique et de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement pour procéder à l'enlèvement des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques des intéressés.

La préfète soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies dès lors que le maintien des intéressés dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme chargé de l'hébergement d'urgence et que les structures d'accueil du département sont saturées ;

- les intéressés ont demandé l'asile qui leur a été refusé ;

- ils occupent irrégulièrement les lieux ;

- ils se sont maintenus dans le lieu d'hébergement à l'issue du délai qui leur était accordé, malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont ils ont fait l'objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 septembre 2023 à 10h00 :

- le rapport de M. Marti, juge des référés ;

- les observations de Mme A, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle ;

- et les observations de Me Sgro, représentant M. C et Mme D, qui demande l'aide juridictionnelle provisoire et fait valoir que le taux d'occupation n'est pas de 100 %, que l'hiver arrive et que l'enfant du couple souffre de graves problèmes de santé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 27 septembre 2023 à 10h26.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'expulsion :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Il résulte de ces dispositions que, saisi par un préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. Le chapitre II du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile détermine l'ensemble des dispositions applicables à l'hébergement des demandeurs d'asile pris en charge par l'Etat. L'article L. 551-11 du même code, dans sa version applicable à compter du 1er mai 2021 dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". En vertu des dispositions de l'article L. 542-1 de ce code, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin, en l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, à la notification de cette décision, ou, lorsqu'un recours a été formé dans ce délai contre la décision de l'Office, à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci. Enfin, en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, saisi par un préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un étranger dont le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Il résulte de l'instruction que M. C et Mme D, ressortissants géorgiens, sont entrés en France le 31 mars 2022 et ont sollicité l'asile. Ils ont bénéficié, en qualité de demandeurs d'asile, d'un hébergement dans une structure d'accueil de demandeurs d'asile à Saint-Max. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 juillet 2022 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 5 décembre 2022, régulièrement notifiées. Ils ont, en outre, fait l'objet de mesures d'éloignement dont la légalité a été confirmée par jugements du tribunal des 26 mai et 17 août 2023. Par un courrier du 17 janvier 2023, le gestionnaire de leur lieu d'hébergement a notifié aux intéressés, conformément aux dispositions des articles L. 551-11 et R. 552-11 en vigueur à la date de ce courrier du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'ils devaient prendre leurs dispositions pour quitter le lieu d'hébergement. Le préfet de Meurthe-et-Moselle, ayant été informé par le responsable du centre d'hébergement qu'ils se maintenaient indûment sur les lieux, les a mis en demeure, par courrier du 2 juin 2023 notifiée le 8 juin suivant de quitter leur logement dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification de cette mesure. Les intéressés s'étant maintenus dans les lieux alors qu'une solution d'hébergement d'urgence post-asile dans le cadre de l'aide au retour leur était proposée, le préfet de Meurthe-et-Moselle demande au juge des référés d'ordonner leur expulsion sans délai et de l'autoriser à recourir, au besoin, à la force publique.

6. Il résulte également de l'instruction que les intéressés se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées et qu'ils ont fait l'objet d'une mesure d'éloignement. La mesure d'expulsion ne se heurte donc pas à une contestation sérieuse.

7. En outre, la préfète de Meurthe-et-Moselle établit que les arrivées de demandeurs d'asile sont en constante augmentation au niveau local comme au niveau national. Le département de Meurthe-et-Moselle dispose actuellement de 1895 places en lieux d'accueil pour demandeurs d'asile, occupés à 99,3%, dont 25,4 % au 31 août 2023, sont occupés indûment par des personnes ne relevant plus de la catégorie des demandeurs d'asile et ce malgré un travail important mené depuis plusieurs années pour faire baisser le taux de présence indue. Dans ces conditions, la demande de la préfète de Meurthe-et-Moselle présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et en raison de la nécessité d'assurer un bon fonctionnement du service public destiné à leur accueil.

8. En dernier lieu, les intéressés ne se prévalent pas d'éléments qui présenteraient le caractère de circonstances exceptionnelles, de nature à justifier leur maintien dans un hébergement pour demandeurs d'asile alors qu'ils ont vocation à rentrer en Géorgie et qu'une aide au retour leur a été proposée. Leur fils est certes atteint de troubles de santé mais ils n'établissent pas qu'il ne pourrait voyager et être pris en charge dans leur pays d'origine.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. C et Mme D de libérer, dans un délai d'un mois, le logement qu'ils occupent, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, au centre d'accueil pour demandeurs d'asile à Saint-Max géré par ARS SAO. En l'absence de départ volontaire, la préfète pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C et Mme D sont admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. C et Mme D de quitter, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, l'hébergement qu'ils occupent au sein de la structure d'accueil pour demandeurs d'asile gérée par ARS SAO à Saint-Max dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile.

Article 3 : En l'absence de départ volontaire, le préfet de Meurthe-et-Moselle pourra, à l'issue du délai fixé à l'article 2, procéder à l'expulsion de M. C et Mme D et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E C, à Mme B D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Sgro.

Copie de la présente ordonnance sera adressée à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à l'office français de l'immigration et de l'intégration, à l'association ARS SAO et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nancy.

Fait à Nancy, le 28 septembre 2023.

Le juge des référés,

D. Marti

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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