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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302790

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302790

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMOUDNI-ADAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2023 à 12 heures 06 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 septembre 2023, Mme F D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- l'arrêté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'elle comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel complet de sa situation ;

- les informations utiles à la présentation d'une demande d'asile prévues par l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui ont pas été fournies ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale telle que garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision méconnaît le principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée et quant aux circonstances humanitaires ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Le préfet du Nord, à qui la requête a été communiquée, n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;

- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants adoptée à New York le 10 décembre 1984 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coudert,

- les observations de Me Moudni-Adam, avocate commise d'office, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur le fait qu'elle dispose d'une adresse stable, qu'elle entretient une relation de concubinage avec un ressortissant français, qu'elle est enceinte et est donc vulnérable ; qu'une mesure d'assignation à résidence aurait été plus appropriée à sa situation ; qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine,

- les observations de Mme D,

- et les observations de M. E, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante camerounaise née le 25 novembre 1985, est entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa de type C délivré par les autorités consulaires allemandes de Yaounde valable du 21 mars 2023 au 18 juin 2023. Par un arrêté du 20 septembre 2023, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme D, placée au centre de rétention de Metz par une décision du même jour, demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné à Mme C A, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, et signataire de l'arrêté attaqué, délégation pour signer notamment les décisions relatives aux obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination ainsi que les décisions relatives aux interdictions de retour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. La requérante ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté contesté n'aurait pas été notifié dans une langue qu'elle comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions par lesquelles le préfet du Nord a obligé Mme D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Aux termes de l'article R. 521- 4 du code : " Lorsque l'étranger se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. () Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels ".

7. D'une part, Mme D soutient que le préfet a méconnu les dispositions précitées, dès lors qu'au cours de son audition par les services de la police aux frontières de Lille, elle avait fait état de ses craintes en cas de renvoi dans son pays d'origine. Toutefois, si les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour effet d'obliger l'autorité de gendarmerie à transmettre au préfet, et ce dernier à enregistrer une demande d'admission au séjour lorsqu'un étranger, à l'occasion de son interpellation, formule une demande d'asile, elles ne peuvent avoir cet effet qu'au cas où une telle demande a été expressément formulée. Il ressort du procès-verbal de l'audition de Mme D par les services de la police aux frontière de Lille le 19 septembre 2023 que si l'intéressée a indiqué qu'elle était " menacée par les ambazoniens " et que ces derniers " tuent tout le monde et () sont bien armés ", elle ne peut être regardée comme ayant ainsi formulé une demande d'asile. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce qu'elle méconnaîtrait le droit constitutionnel d'asile doivent être écartés.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été interpellée par les services de gendarmerie et a ensuite fait l'objet d'un contrôle d'identité. Dès lors qu'elle ne s'est pas volontairement présentée aux services de gendarmerie, de police ou de la préfecture afin de présenter une demande d'asile, et qu'au surplus, ainsi qu'il vient d'être dit, il ne ressort pas du procès-verbal d'audition du 19 septembre 2023 que la requérante aurait manifesté la volonté de demander l'asile, celle-ci ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Mme D se prévaut de sa relation avec un ressortissant français et de l'enfant qu'ils attendent. Toutefois, si l'intéressée produit une attestation de M. B qui indique héberger la requérante et vivre en couple avec elle depuis le mois de mars 2023, cette attestation peu circonstanciée est insuffisante pour justifier d'une vie commune dont elle n'a aucunement fait part lors de son audition par les services de police de Lille. En tout état de cause, cette relation, à la supposer établie, présente un caractère récent, et Mme D n'établit pas être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans et où résident ses cinq enfants mineurs. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent du jugement doit, par suite, être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations ne peuvent toutefois être utilement invoquées dans le cas d'un enfant à naître.

12. En dernier lieu, en l'absence de présentation d'une demande d'asile, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe de non-refoulement énoncé par les dispositions de l'article 33 de la convention de Genève.

En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

15. D'une part, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que Mme D n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en France. D'autre part, elle a explicitement exprimé lors de son audition sa volonté de rester en France. Enfin, elle n'est pas en mesure de justifier d'un document de voyage en cours de validité. Par suite, en refusant d'accorder à l'intéressée un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. La circonstance que le comportement de Mme D ne constituerait pas une menace pour l'ordre public est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, qui n'est pas fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun État partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".

18. Les éléments produits par la requérante sont insuffisants pour établir la réalité des risques qu'elle allègue encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

19. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, en l'espèce, inopérant à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et la menace à l'ordre public.

21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme D n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas fondé et doit être écarté.

22. En deuxième lieu, si Mme D soutient que l'arrêté mentionne à tort qu'elle est célibataire et sans charge de famille, il ressort du procès-verbal d'audition du 19 septembre 2023 qu'elle a elle-même affirmé être célibataire et sans enfant à charge en France, ne pas connaître l'adresse à laquelle elle est hébergée en France et indiqué que son logement était mis à sa disposition par des associations, sans évoquer sa grossesse. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

23. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que Mme D n'établissait pas l'existence de circonstances humanitaires justifiant que ne soit pas édictée à son encontre une mesure d'interdiction de retour.

24. En quatrième lieu, Mme D, qui n'est arrivée que très récemment sur le territoire français, y est célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas y avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables, et n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine où, en particulier, vivent, " chez une amie ", ses cinq enfants mineurs. Il résulte en outre de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement qu'elle n'établit pas, par la seule production d'une attestation d'hébergement, qu'elle vivrait effectivement avec un ressortissant français et qu'il serait le père de son enfant à naître. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressée n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Nord n'a pas inexactement apprécié la situation de Mme D en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

25. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 5 octobre 2023 à 14h58.

Le magistrat désigné,

B. CoudertLa greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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