lundi 9 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2302865 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | COCHE-MAINENTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023 à 13 heures 08, M. A B, représenté par Me Coche-Mainente, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la communication de son entier dossier en application de l'article
L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) d'annuler la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié ;
3°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de seize mois ;
4°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence au sein de la métropole du Grand Nancy pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois ;
5°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi que la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur la légalité de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
Sur la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de seize mois :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il est insuffisamment motivé. La décision fixant le pays de destination doit en particulier faire l'objet d'une motivation distincte ;
- il méconnaît son droit d'être entendu tel que protégé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et par le principe général du droit de l'Union européenne ;
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision implicite de refus de séjour ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que la préfète a entendu se fonder sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, alors qu'il est tunisien ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour la préfète de disposer d'une habilitation lui permettant de consulter et d'utiliser les données du fichier de traitement des antécédents judiciaires, en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
En ce qui concerne le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne le moyen propre à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de seize mois :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :
- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 753-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir.
Des pièces ont été produites le 3 octobre 2023 par M. B et ont été communiquées le 4 octobre 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour sont inopérants ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Philis, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Philis, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, en raison de l'inexistence de cette décision ;
- les observations de Me Coche-Mainente, avocate représentant M. B, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête et demande également à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de réexaminer la situation de M. B et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Me Coche-Mainente abandonne le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes attaqués, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise la préfète en visant l'accord franco-algérien, ainsi que le moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté portant assignation à résidence du fait de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles et formule des observations en réponse au moyen relevé d'office. Me Coche-Mainente ajoute que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est excessive. Me Coche-Mainente indique que la mention dans l'arrêté attaqué des faits figurant dans le traitement des antécédents judiciaires ne présente pas d'intérêt en l'absence de menace à l'ordre public et insiste sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de la présence de son frère en France et des liens qu'il a établis notamment avec une ressortissante française depuis trois ans, tout en admettant l'absence de communauté de vie avec cette dernière ;
- et les observations de M. B qui indique son souhait de se marier avec cette ressortissante française lorsque la fille de sa compagne aura grandi ;
- le préfet n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 25 mars 1984, est entré, selon ses déclarations, irrégulièrement en France au cours de l'année 2019. Le 27 septembre 2023, il a été placé en retenue pour vérification de son droit au séjour, à la suite d'un contrôle de sécurité routière. Par un premier arrêté du 27 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de seize mois. Par un second arrêté du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence au sein de la métropole du Grand Nancy pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois, l'a astreint à se maintenir quotidiennement de 6 à 9 heures à son domicile à Villers-lès-Nancy et l'a obligé à se présenter tous les mardis et vendredis, y compris les jours fériés, à 9 heures 30 auprès des services de police de Nancy. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande de production de l'entier dossier de M. B :
2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". La préfète de Meurthe-et-Moselle ayant produit le dossier contenant les pièces sur la base desquelles la mesure litigieuse a été prise, les conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet et doivent être rejetées.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision de refus de titre de séjour et des conclusions à fin d'injonction au réexamen de sa situation :
3. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. B aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. En particulier, par les pièces qu'il produit, le requérant ne conteste pas utilement les allégations de la préfète de Meurthe-et-Moselle qui indique qu'à la suite de ses déclarations relatives à sa demande d'admission au séjour lors de son audition du 27 septembre 2023, les vérifications qu'elle a réalisées n'ont révélé aucun dépôt de demande de titre de séjour auprès de ses services. En outre, l'arrêté du 27 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français ne comporte aucune décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Cette décision, prise en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas davantage fondée sur un refus de titre de séjour. Dans ces conditions, ainsi qu'en ont été informées les parties, les conclusions tendant à l'annulation d'une prétendue décision implicite de refus de séjour sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de seize mois :
S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce suffisamment les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions qu'il comporte, y compris celle fixant le pays de destination. Cet arrêté mentionne notamment que M. B n'établit pas les craintes qu'il éprouve en cas de retour dans son pays d'origine, qu'il a été, au surplus, débouté de sa demande d'asile et que l'édiction de cet arrêté ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La circonstance que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas fait état de l'ensemble des éléments relatifs à l'identité et à la situation administrative de ses proches en France, ainsi qu'à son travail en qualité de mécanicien automobile, est sans incidence sur la légalité de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B.
6. En troisième lieu, d'une part, il résulte des dispositions du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire et au pays de renvoi. Par suite, et alors même qu'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'en écarte explicitement l'application, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté comme inopérant.
7. D'autre part, si M. B soutient que la décision en litige méconnait l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le moyen tiré de la violation de cet article est inopérant dès lors qu'il s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique, toutefois, pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En particulier, il n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français qui est prise concomitamment à une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
8. M. B a été entendu le 27 septembre 2023, par les services de police de Nancy, préalablement à l'édiction de la décision litigieuse, sur sa situation personnelle et familiale, ainsi que sur les craintes qu'il pourrait éprouver en cas de retour dans son pays d'origine, et a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une assignation à résidence. Il a ainsi été mis à même de faire part de ses observations sur la perspective d'éloignement et d'apporter tous éléments de nature à faire, le cas échéant, obstacle à une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de son droit à être entendu doit être écarté.
S'agissant des moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas implicitement refusé de titre de séjour au requérant. Ainsi, ce dernier ne peut utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée en raison de l'illégalité du prétendu refus de titre de séjour qui lui aurait été opposé.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Par l'arrêté attaqué du 27 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a considéré que M. B ne justifiait pas de l'intensité des liens le rattachant à la France et qu'il n'était pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. D'une part, si le requérant se prévaut d'une relation qu'il entretiendrait avec une ressortissante française d'une durée de trois ans, il ressort des pièces du dossier des incohérences dans leurs déclarations sur leur projet marital, une absence de communauté de vie, quand bien même elle serait justifiée par le jeune âge de la fille de Mme C, et des incertitudes sur la réalité de leur relation dans la mesure où M. B a déclaré lors de son audition ne pas connaître le nom de sa compagne en raison de la longueur de son patronyme. Les éléments versés au débat sont, de plus, insuffisants pour justifier de l'intensité des liens tissés entre le requérant et sa prétendue compagne. Le requérant, qui a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 10 août 2022, n'établit pas davantage son intégration en France par les pièces qu'il produit. D'autre part, il n'établit pas, ni même n'allègue, être isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, à supposer même que son frère, en situation régulière, l'héberge en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 27 septembre 2023 par la préfète de Meurthe-et-Moselle a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
12. En troisième lieu, M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure, faute pour la préfète de justifier d'une habilitation lui permettant de consulter et d'utiliser les données du fichier de traitement des antécédents judiciaires, en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale. Toutefois, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions du code de procédure pénale, régulièrement habilité à cette fin n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité l'arrêté attaqué. La mesure d'éloignement litigieuse est d'ailleurs exclusivement fondée sur la circonstance que M. B n'a pas justifié être régulièrement entré en France et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour valide. Ainsi, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas entendu se fonder sur la menace à l'ordre public qu'il présenterait au vu des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur, sans assurance, figurant dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
S'agissant du moyen propre à la décision fixant le pays de destination :
13. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par M. B à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écartée.
S'agissant des moyens propres à la décision portant refus de délai de départ volontaire :
14. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par M. B à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire, doit être écartée.
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
16. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement par arrêté de la préfète de la Meuse le 10 août 2022 et que le requérant s'est maintenu en France à l'expiration du délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été accordé pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. De plus, M. B a déclaré, lors de son audition par les services de police le 27 septembre 2023, qu'il n'accepterait pas de quitter le territoire français si une mesure d'éloignement devait lui être notifiée. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle a pu légalement fonder sa décision sur les dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 et celles du 4° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces motifs étant suffisants pour justifier le refus de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
S'agissant des moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de seize mois :
17. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par M. B à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée.
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
19. Si M. B soutient à la barre que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est excessive, la préfète de Meurthe-et-Moselle pouvait légalement fixer à seize mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre au regard de ce qui a été dit au point 11. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :
20. En premier lieu, l'arrêté attaqué portant assignation à résidence de M. B comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que la préfète de Meurthe-et-Moselle a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cet arrêté et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doivent être écartés.
21. En deuxième lieu, par l'arrêté attaqué du 27 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a décidé d'assigner à résidence M. B en application des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquelles : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire () n'a pas été accordé ". Par conséquent, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 753-1 de ce code. En tout état de cause, à supposer que M. B entende se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne fait valoir aucun élément de nature à établir que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
22. En dernier lieu, si la décision portant assignation à résidence, pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois, oblige M. B à se présenter tous les mardis et vendredis, y compris les jours fériés, à 9 heures 30 auprès des services de police de Nancy et l'astreint à se maintenir quotidiennement de 6 à 9 heures à son domicile, le requérant ne fait état d'aucun élément qui ferait obstacle à l'exécution de ces obligations. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait entaché la décision litigieuse d'une erreur manifeste d'appréciation et aurait porté une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir du requérant au regard de la finalité de cette mesure doit être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions à fin d'injonction :
24. Les conclusions aux fins d'annulation des arrêtés attaqués ayant été rejetées, M. B n'est pas fondé à demander à ce qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
26. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Coche-Mainente et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.
La magistrate désignée,
L. Philis
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026