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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302875

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302875

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantKOHLER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 30 septembre 2023 sous le n° 2302875, M. F E, représenté par Me Kohler, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 août 2023 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation sous quinzaine et, dans l'attente, de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à rester sur le territoire français ou l'autorisant à travailler dans le délai de huitaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers frais irrépétibles ainsi qu'une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- il est présent sur le territoire français depuis quinze années ;

- la décision méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est parfaitement intégré sur le territoire français ;

- il est fondé à solliciter la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte atteinte à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- compte tenu de sa situation professionnelle et personnelle, la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation au titre du pouvoir discrétionnaire de la préfète.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 20 octobre 2023.

II. Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023 sous le n° 2302882, M. F E, représenté par Me Kohler, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis quinze années, qu'il exerce une activité professionnelle et qu'il est professionnellement intégré ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- il ne représente aucune menace pour l'ordre public ; il justifie de liens durables et d'une présence de quinze années sur le territoire français ; la décision lui interdisant le retour pour une durée de trois ans doit donc être annulée.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés et sollicite, à titre subsidiaire, que soient substituées les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 1° du même article comme fondement légal de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 20 octobre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Burkina Faso relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au développement solidaire du 10 janvier 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les observations de Me Kohler, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant burkinabé né le 1er janvier 1966, est entré sur le territoire français le 28 septembre 2007 selon ses déclarations, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises au Burkina-Faso. Par un courrier reçu par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de sa présence ininterrompue sur le territoire français depuis son entrée régulière et de l'exercice d'une activité professionnelle en qualité d'auto-entrepreneur. Par un arrêté du 19 mai 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par un jugement du 23 novembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a annulé l'arrêté du 19 mai 2021 et a enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. E. Par un arrêté du 6 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy le 27 juin 2023. L'intéressé a présenté une nouvelle demande de titre de séjour à titre exceptionnel le 25 août 2023 qui a été rejetée par une décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 30 août 2023. Par un arrêté du 28 septembre 2023, la préfète du Val de Marne a obligé le requérant à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années. Par les requêtes susvisées qu'il y a lieu de joindre pour qu'il soit statué par un même jugement, M. E demande l'annulation des décisions du 30 août 2023 et du 28 septembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 août 2023 de la préfète de Meurthe-et-Moselle :

2. En premier lieu, l'arrêté est signé par Mme D B, directrice de l'immigration et de l'intégration, à laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle établit qu'elle a délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. E. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossiers que le requérant aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit, en tout état de cause, être écarté comme étant inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. E déclare être entré en France en septembre 2007 et se prévaut de son insertion professionnelle, de l'existence d'un réseau d'amis proches et de son activité en tant que membre d'une église protestante. Toutefois, si sa présence en France est établie à compter de 2010, le requérant est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. Les attestations d'amis qu'il verse à l'instance ne permettent pas d'établir qu'il aurait tissé des liens d'une particulière intensité avec ces derniers. Enfin, M. E n'établit pas qu'il serait dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine ou résident notamment son fils majeur ainsi que des frères et des sœurs. Dans ces conditions, et en dépit de l'exercice, depuis 2019, d'une activité professionnelle sous le statut d'autoentrepreneur et de salarié lui procurant des revenus réguliers et suffisants pour assurer sa subsistance, M. E ne justifie pas avoir fixé durablement le centre de ses intérêts en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable. Dans ce dernier cas, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

9. D'une part, les circonstances rappelées au point 6 du présent jugement ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels permettant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. E exerce depuis 2019 une activité de prestations de nettoyage pour le compte d'une société d'accueil de congrès et de séminaires lui procurant des revenus réguliers, cette activité, exercée sous le statut d'auto-entrepreneur, n'est pas susceptible de lui ouvrir droit au bénéfice d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si le requérant se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel conclu en qualité de " valet de chambre " en mai 2022, il ressort des pièces du dossier que ce contrat a pris fin le 30 septembre 2022 et si M. E justifie avoir conclu un contrat à durée déterminée pour un emploi d'agent d'entretien à temps partiel à raison de six heures par semaine depuis le 4 avril 2023, ces circonstances ne sont pas de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait porté une appréciation manifestement erronée de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 9 ci-dessus, M. E n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision du 30 août 2023 de la préfète de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2023 de la préfète du Val-de-Marne :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté :

12. L'arrêté est signé par M. A C, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux qui disposait d'une délégation de signature consentie par la préfète du Val-de-Marne par un arrêté n° 2022/2671 du 25 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs aux fins de signer les décisions en litige en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est ni établi, ni même allégué, qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".

14. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

15. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français trouve son fondement légal non dans les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa valable du 22 septembre au 7 octobre 2017, mais dans les dispositions du 2° du même article qui peuvent leur être substituées dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. E d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Par conséquent, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale sollicitée par la préfète du Val-de-Marne.

16. En second lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète du Val-de-Marne doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

17. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

20. Il résulte de ces dispositions que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et la menace à l'ordre public. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, cette circonstance n'est pas retenue au nombre des motifs justifiant la durée de l'interdiction, l'autorité administrative n'est pas tenue, sous peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

21. Il n'est pas contesté que M. E est présent sur le territoire français depuis au moins 2010 et il ressort des pièces du dossier qu'il a occupé différents emplois entre 2012 et la décision attaquée. Ainsi, alors même que le requérant n'établit pas être dépourvus d'attaches dans son pays d'origine et malgré la circonstance qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée, la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur d'appréciation en fixant à trois ans la durée de l'interdiction du retour sur le territoire prononcée à son encontre.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. E est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 28 septembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction présentées dans l'instance n° 2302875 :

23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 août 2023, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions susvisées doivent, en conséquence, être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

24. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans l'instance n° 2302875, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. E au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. E sur le fondement de ces mêmes dispositions dans l'instance n° 2302882.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 28 septembre 2023 de la préfète du Val-de-Marne portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulée.

Article 2 : La requête n° 2302875 et le surplus des conclusions de la requête n° 2302882 de M. E sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Kohler.

Délibéré après l'audience publique du 23 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à la préfète du Val-de-Marne en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2302875,

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