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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302922

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302922

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLEBON-MAMOUDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 3 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Il soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durand, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. Durand, magistrat désigné,

- les observations de Me Lebon-Mamoudy, représentant M. A qui soutient que :

. la préfète de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur d'appréciation dès lors que le comportement de M. A ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

. la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

. la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

. la décision portant interdiction de circulation est disproportionnée quant à sa durée ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant italien né le 2 janvier 2002 a été placé sous écrou, le 17 mai 2023 à la Maison d'arrêt de Nancy-Maxéville puis condamné par le tribunal correctionnel de Nancy, le 5 juin 2023 à quatre mois d'emprisonnement pour usage illicite de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants et offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Par l'arrêté contesté du 3 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire d'une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 22 janvier 2021, par le tribunal correctionnel d'Epinal, à une peine de trois mois d'emprisonnement pour remise ou sortie irrégulière de correspondance, somme d'argent ou objet de détenu et le 5 juin 2023, par le tribunal correctionnel de Nancy, à une peine de douze mois d'emprisonnement, dont quatre mois fermes, pour usage illicite de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants et offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Les faits ainsi sanctionnés ont été commis entre le 14 mai 2020 et le 15 mai 2023 alors que le requérant n'était, pour les plus anciens, âgé que de dix-huit ans. Eu égard à leur caractère récent, à leur gravité, en lien notamment avec le trafic de stupéfiants, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur d'appréciation en estimant que son comportement constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

4. En deuxième lieu aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 22 octobre 2016, alors qu'il était âgé de quatorze ans. L'intéressé a déclaré lors de l'audience qu'il résidait à Vandœuvre-lès-Nancy, chez sa mère, qui séjourne régulièrement en France ainsi que plusieurs membres de sa famille, et qu'il suit une formation pour devenir électricien. Toutefois, M. A est célibataire et sans enfant. Par ailleurs, il ne produit aucun élément de nature à justifier du séjour régulier de sa mère en France, des liens qu'il unit avec cette dernière et de la circonstance que, au jour de la décision attaquée, il suivait effectivement une formation pour accéder à la profession d'électricien. Au surplus, ainsi qu'il l'a été dit, M. A a été condamné à deux reprises, par le juge pénal, pour des faits en lien notamment avec le trafic de stupéfiant. Par suite, en l'état des pièces du dossier, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de Meurthe-et-Moselle a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il convient dès lors d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, il convient également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de M. A.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A séjournait en France depuis sept ans au jour de la décision contestée. Si le comportement de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, M. A n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois, durée maximale autorisée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 3 octobre 2023 en tant seulement qu'il prononce à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 3 octobre 2023 est annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de M. A une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

Le magistrat désigné

F. Durand

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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