mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2302923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | DUBAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 octobre 2023, l'association Meuse Nature Environnement demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 du préfet de la Meuse portant enregistrement d'une installation de méthanisation de déchets non dangereux exploitée par la SARL du Poirier Vert sur la commune de Noyers-Auzécourt, ensemble la décision du 4 août 2023 par laquelle le préfet a rejeté son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les enjeux environnementaux et les impacts sur les milieux ont été insuffisamment pris en compte dans le dossier de demande d'enregistrement : celui-ci ne fait pas mention des dangers et inconvénients du projet pour le milieu aquatique à la suite du comblement du cours d'eau et à la présence du drainage agricole sur la parcelle ZD 30 ; la possibilité de destruction de la biodiversité et de la continuité écologique n'est pas abordée alors que le projet est situé à moins de 800 mètres de la zone Natura 2000 " forêts et étangs d'Argonne et vallée de l'Ornain " et à 300 mètres en aval de la ZNIEFF " Forêt de Lisle-en-Barrois " ; la consommation d'espaces naturels et forestiers n'est pas mentionnée malgré le défrichement de la parcelle ZD 02 et le comblement d'un cours d'eau ; il comporte des informations inexactes concernant le traitement de déchets sur le plan d'épandage dès lors qu'il ne mentionne pas le busage du cours d'eau et l'importation de terre, en provenance des terrassements de l'unité de méthanisation pour le combler ; la tension entre la production de digestats de méthanisation et la capacité de leur élimination par épandage augmente le risque de fuites d'éléments fertilisants à l'origine de pollution par les nitrates dans une zone située à proximité de la rivière " La Chée ", classée en risque de non atteinte d'objectifs environnementaux ;
- le projet, qui a inclus le busage d'un cours d'eau sur 120 mètres, lequel n'a fait l'objet d'aucune autorisation, aurait dû être soumis à la nomenclature " IOTA " figurant aux articles L. 214-1 et suivants et R. 214-1 et suivants du code de l'environnement ;
- le projet est incompatible avec le SDAGE 2022-2027 Seine-Normandie dès lors que l'exutoire du drainage est situé à moins de 50 m du projet et que les travaux réalisés sur le cours d'eau ont remodelé ce dernier ;
- le projet ne respecte pas les dispositions de l'arrêté du 2 février 1998 relatif aux prélèvements et à la consommation d'eau ainsi qu'aux émissions de toute nature des installations classées pour la protection de l'environnement soumises à autorisation, reprises par l'arrêté du 10 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement dès lors que l'étude préalable du pétitionnaire n'a pas pris en compte la contrainte environnementale que représente le cours d'eau comblé sans autorisation et qui, de ce fait, n'assure plus l'innocuité de l'épandage pour le milieu naturel ; le plan d'épandage n'est pas conforme aux plans d'actions national et régional contre la pollution par les nitrates d'origine agricole qui obligent notamment à maintenir une couverture végétale permanente le long d'un cours d'eau ;
- en intégrant les parcelles ZD 02 Brabant-le-Roi et ZD 30 Noyers-Auzécourt dans le plan d'épandage, le préfet régularise le défrichement sans autorisation réalisé sur la première et la modification de l'exécutoire de drainage sur la deuxième ;
- le projet aurait dû faire l'objet d'une évaluation environnementale systématique ou après examen au cas par cas en application des articles L. 122-1 et R. 122-2 du code de l'environnement dès lors qu'il impliquait un défrichement et le comblement d'un cours d'eau susceptibles, bien que réalisés antérieurement, d'avoir des incidences notables sur l'environnement et la santé humaine, et qu'il entre dans deux rubriques de la nomenclature annexée à l'article R. 122-2 impliquant, après examen au cas par cas, sa soumission à une évaluation environnementale ; le projet aurait également dû faire l'objet d'une évaluation environnementale au regard des critères de l'annexe III de la directive du 13 décembre 2011 ;
- le préfet qui se trouve en conflit d'intérêt ne peut pas être l'autorité décidant de l'évaluation environnementale au cas par cas ; l'évaluation environnementale permettrait de sortir de cette situation ;
- les conditions posées par l'article L. 512-7 du code de l'environnement n'ont pas été respectées : le fractionnement du projet devait être pris en compte sans qu'il puisse bénéficier de l'antériorité, en raison de l'irrégularité des travaux réalisés ; la demande d'autorisation et l'enregistrement du projet auraient dû prendre en compte la réalisation des travaux de modification du cours d'eau et le défrichement dès lors qu'ils dépendent de la même personne, pour la même exploitation, concernent le même milieu aquatique et ont des impacts qui se cumulent.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par l'association Meuse Nature Environnement ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la SARL du Poirier vert qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'annexe III de la directive n° 2011/62/UE du Parlement et du Conseil du 13 décembre 2011 ;
- l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de M. B, représentant l'association Meuse Nature Environnement.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 7 juin 2012, le préfet de la Meuse a autorisé la SARL du Poirier Vert à exploiter une unité de méthanisation de déchets non dangereux située sur le territoire de la commune de Noyers-Auzécourt (Meuse). Par un arrêté du 6 avril 2023, le préfet de la Meuse a procédé à l'enregistrement de la modification de cette installation et de son plan d'épandage, au vu du dossier déposé par la SARL du Poirier Vert le 10 juin 2022. L'association Meuse Nature Environnement (MNE) a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté auprès du préfet de la Meuse par courrier réceptionné par les services de la préfecture le 6 juin 2023. Ce recours a été rejeté par un courrier du 4 août 2023. Par la requête susvisée, l'association Meuse Nature Environnement demande l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2023 enregistrant l'unité de méthanisation et de la décision du 4 août 2023 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 512-7 du code de l'environnement : " I. - Sont soumises à autorisation simplifiée, sous la dénomination d'enregistrement, les installations qui présentent des dangers ou inconvénients graves pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1, lorsque ces dangers et inconvénients peuvent, en principe, eu égard aux caractéristiques des installations et de leur impact potentiel, être prévenus par le respect de prescriptions générales édictées par le ministre chargé des installations classées. / () / I bis. - L'enregistrement porte également sur les installations, ouvrages, travaux et activités relevant de l'article L. 214-1 projetés par le pétitionnaire que leur connexité rend nécessaires à l'installation classée ou dont la proximité est de nature à en modifier notablement les dangers ou inconvénients. Ils sont regardés comme faisant partie de l'installation et ne sont pas soumis aux dispositions des articles L. 214-3 à L. 214-6 et du chapitre unique du titre VIII du livre Ier ".
3. Il résulte de l'instruction que l'EARL du Pré Morel a procédé en 2017 au défrichement d'une parcelle cadastrée ZD 02 située à Brabant-le-Roi et au busage d'un cours d'eau situé entre la parcelle cadastrée ZD 02 et la parcelle cadastrée ZD 30 située à Noyers-Auzécourt, deux parcelles intégrées dans l'îlot n° 20 du plan d'épandage de l'unité de méthanisation en litige. Ces travaux, qui ont été réalisés sans autorisation, ont été signalés par l'association requérante au préfet de la Meuse dans le cadre de l'enquête publique portant sur le projet de modification de l'unité de méthanisation de la SARL du Poirier Vert qui s'est déroulée du 18 juillet au 17 août 2022. Le préfet soutient sans être contesté, d'une part, que le défrichement irrégulier a fait l'objet d'un procès-verbal d'infraction et qu'une transaction pénale a conduit à régulariser cette situation, l'EARL du Pré Morel, propriétaire de ces parcelles, s'engageant notamment à reboiser une parcelle d'une surface équivalente située sur la commune d'Epense (Marne), d'autre part, que le cours d'eau dit " C ", qui recevait les eaux de drainage de la parcelle ZD 30 et a fait l'objet d'un busage sur une longueur d'environ 120 mètres, a vu son point de source redéfini au droit du collecteur de drainage à la suite d'une visite de terrain de l'Office français de la biodiversité et de la direction départementale des territoires.
4. Nonobstant d'une part, la circonstance que les gérants de la SARL du Poirier Vert porteur du projet d'unité de méthanisation en litige soient également ceux de l'EARL du Pré Morel, responsable de ces travaux irréguliers, d'autre part, celle que la parcelle qui a fait l'objet du défrichement en outre contigüe au cours d'eau illégalement busé appartienne à l'îlot n° 20 du plan d'épandage de l'unité de méthanisation, et quelles que soient les incidences que ces travaux ont pu avoir sur l'environnement, il ne résulte pas de l'instruction que ces travaux puissent être regardés comme nécessaires à l'unité de méthanisation ou comme modifiant notablement les dangers et inconvénients de ce dernier projet, ni comme relevant d'un même projet dont la réalisation aurait été fractionnée en plusieurs phases. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que les gérants de l'EARL du Pré Morel auraient entrepris ces travaux de défrichement et de modification du cours d'eau dans le but de faire bénéficier l'unité de méthanisation d'un plan d'épandage étendu, en lien avec l'augmentation de sa capacité. Dans ces conditions, l'association MNE n'est pas fondée à soutenir que, en application des dispositions précitées de l'article L. 512-7 du code de l'environnement, la demande d'enregistrement aurait dû également inclure ces travaux de défrichement et de comblement du cours d'eau réalisés en 2017, soit cinq années avant le dépôt de la demande d'enregistrement.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 214-42 du code de l'environnement : " Si plusieurs ouvrages, installations, catégories de travaux ou d'activités doivent être réalisés par la même personne sur le même site, une seule demande d'autorisation ou une seule déclaration peut être présentée pour l'ensemble de ces installations. / Il en est obligatoirement ainsi lorsque les ouvrages, installations, travaux ou activités dépendent de la même personne, de la même exploitation ou du même établissement et concernent le même milieu aquatique, si leur ensemble dépasse le seuil fixé par la nomenclature des opérations ou activités soumises à autorisation ou à déclaration, alors même que, pris individuellement, ils sont en dessous du seuil prévu par la nomenclature, que leur réalisation soit simultanée ou successive. / Lorsque la réalisation d'opérations simultanées ou successives fait apparaître que le découpage qui a été opéré a eu pour effet de soustraire un projet aux dispositions de l'alinéa précédent, le préfet fait application de l'article L. 171-7. / Le préfet peut, par un seul arrêté, selon le cas, statuer sur l'ensemble et fixer les prescriptions prévues aux articles R. 181-43 et R. 181-53 ou fixer les prescriptions prévues aux articles R. 214-35 et R. 214-39 ".
6. Il ne résulte pas de l'instruction que, outre ce qui a été dit au point 4 du présent jugement, le défrichement, le comblement du cours d'eau et l'extension de l'unité de méthanisation concerneraient une opération portant sur le même site et le même milieu aquatique qui aurait été scindée aux fins de soustraire le projet à la procédure d'autorisation. Par suite, le préfet n'a, en tout état de cause, pas méconnu les dispositions de l'article R. 214-42 du code de l'environnement.
7. En troisième lieu, dès lors, ainsi qu'il vient d'être dit, qu'il ne résulte pas de l'instruction que les travaux de défrichement de la parcelle ZD 02 et du comblement de la partie du cours d'eau qui la borde initialement réalisés sans autorisation, auraient été entrepris afin de permettre la modification de l'unité de méthanisation exploitée par la SARL du Poirier vert, la requérante ne peut utilement invoquer le moyen tiré de ce que le dossier de demande d'enregistrement est incomplet, d'une part, faute de faire mention des dangers et inconvénients du projet pour le milieu aquatique causés par ces mêmes travaux, d'autre part, au motif que le dossier n'évoque pas l'impact du projet sur la consommation d'espaces naturels et forestiers dus à ces travaux, enfin, en raison de ce qu'il comporterait des informations inexactes tenant à l'omission du signalement de l'utilisation probable des terres d'excavation du site de l'unité de méthanisation pour combler le cours d'eau.
8. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient l'association requérante, l'autorisation contestée n'a ni pour effet, ni pour objet, de régulariser les travaux de défrichement de la parcelle ZD 02 et de modification du cours d'eau réalisés en 2017, de sorte que l'ensemble des moyens se rapportant à ces travaux sont inopérants.
9. Ainsi, à supposer que les travaux de défrichement et de comblement du cours d'eau dit " A bois-la-Sault " sur sa partie amont aient dû, en vertu des dispositions de l'article R. 122-2 du code de l'environnement, faire l'objet d'une demande d'autorisation soumise à évaluation environnementale systématique ou après examen au cas par cas compte tenu de leurs incidences notables sur l'environnement, cette procédure n'est pas celle applicable à l'unité de méthanisation en litige, installation classée pour la protection de l'environnement, soumise, compte tenu de ses caractéristiques, à la procédure d'enregistrement. Le motif pour lequel la requérante soutient que le projet d'extension de l'unité de méthanisation serait contraire aux dispositions de l'arrêté du 10 août 2010 susvisé tenant à l'absence, par l'étude du pétitionnaire, du comblement du cours d'eau n'est pas plus utilement invoqué.
10. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient l'association MNE, le dossier de demande d'enregistrement de l'unité de méthanisation traite de manière suffisante les incidences du projet sur les zones Natura 2000 et zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique potentiellement concernées par le projet eu égard à l'analyse, non utilement contestée, à laquelle le pétitionnaire s'est livré selon laquelle le site de méthanisation et le plan d'épandage tel que retenu par le projet ne sont pas susceptibles d'entraîner des dégradations, perturbations ou destructions de la biodiversité existante.
11. En sixième lieu, il résulte de l'instruction, au vu tant du dossier de demande d'enregistrement du projet que de l'arrêté en litige lui-même, d'une part, que le pétitionnaire n'a pas omis de prendre en compte la particulière sensibilité de la zone d'implantation aux apports en nitrates et notamment la compatibilité du projet notamment avec les programmes d'actions national et régional pour la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole, d'autre part, que le plan d'épandage rend compte de ce que certaines parcelles mises à disposition pour l'épandage sont situées en zone vulnérable " nitrates ". De plus, s'il n'est pas contesté que l'épandage des digestats produits par l'unité de méthanisation est susceptible d'avoir un effet sur la teneur en nitrate des eaux, il n'est pas soutenu par la requérante que ces digestats auraient plus d'impact sur le milieu aquatique que les engrais de synthèse auxquels ils ont vocation à se substituer et il résulte de l'instruction que des mesures ont été prévues pour permettre le respect en la matière des programmes d'actions national et régional de lutte contre les nitrates d'origine agricole.
12. En septième lieu, la requérante n'établit pas que le projet serait incompatible avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Seine-Normandie 2022-2027, qui n'était au demeurant pas entré en vigueur à la date du dépôt du dossier de demande d'enregistrement, ni avec celui qui l'a précédé. En tout état de cause, l'incompatibilité alléguée des travaux de busage avec le SDAGE Seine-Normandie ne peut, en l'espèce, être utilement invoquée à l'appui de la contestation de la légalité de la décision d'enregistrement de l'unité de méthanisation de la SARL du Poirier vert, les travaux concernés ne relevant pas du même projet, ainsi qu'il a été dit précédemment. De même, le moyen tiré de ce que le défrichement de la parcelle ZD 02 méconnaît l'obligation de préserver une couverture végétale permanente le long d'un cours d'eau posée par le programme d'action national contre la pollution par les nitrates d'origine agricole est inopérant à l'encontre du projet en litige qui n'impliquait pas l'exécution de tels travaux.
13. En huitième lieu, il résulte de l'instruction que le préfet de la Meuse a déterminé, dans le cadre d'un examen au cas par cas, conformément aux dispositions de l'article R. 122-2 du code de l'environnement, si le projet de modification de l'unité de méthanisation de Noyers-Auzécourt devait être soumis à autorisation environnementale et n'a pas commis d'erreur d'appréciation, eu égard en particulier aux critères figurant à l'annexe III de la directive du Parlement européen et du Conseil susvisée du 13 décembre 2011, en considérant que le projet de modification de l'unité de méthanisation n'entraînait pas d'effets notables sur l'environnement qui auraient nécessité la réalisation d'une évaluation environnementale préalable. Au demeurant, l'association requérante ne conteste pas utilement cette appréciation en soulignant les effets notables sur l'environnement des seuls travaux irrégulièrement réalisés en 2017. De même, dès lors que le projet en litige n'inclut pas de travaux de canalisation et de régulation des cours d'eau, relevant de la rubrique 10 du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, il n'est pas soumis à évaluation environnementale systématique à ce titre.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " IV - Lorsqu'un projet relève d'un examen au cas par cas, l'autorité en charge de l'examen au cas par cas est saisie par le maître d'ouvrage d'un dossier présentant le projet afin de déterminer si celui-ci doit être soumis à évaluation environnementale. / Toutefois, lorsque le projet consiste en une modification ou une extension d'activités, installations, ouvrages ou travaux qui relèvent des autorisations prévues aux articles L. 181-1, L. 512-7, L. 555-1 et L. 593-7, le maître d'ouvrage saisit de ce dossier l'autorité mentionnée à l'article L. 171-8. Cette autorité détermine si cette modification ou cette extension doit être soumise à évaluation environnementale. / V. L'autorité en charge de l'examen au cas par cas et l'autorité environnementale ne doivent pas se trouver dans une position donnant lieu à un conflit d'intérêts. À cet effet, ne peut être désignée comme autorité en charge de l'examen au cas par cas ou comme autorité environnementale une autorité dont les services ou les établissements publics relevant de sa tutelle sont chargés de l'élaboration du projet ou assurent sa maîtrise d'ouvrage ".
15. La circonstance que différents services de la préfecture de la Meuse aient été en mesure de connaître les irrégularités commises par l'EARL du Pré Morel consistant à défricher sans autorisation administrative une des parcelles boisées de l'exploitation, ainsi passée, de fait, en nature de culture, et à avoir, également sans autorisation, busé les eaux d'un cours d'eau contigu, ne saurait faire regarder le préfet de la Meuse, qui n'est pas chargé de l'élaboration du projet en litige et n'en assure pas la maîtrise d'ouvrage, comme se trouvant dans une situation donnant lieu à un conflit d'intérêt au sens et pour l'application des dispositions précitées du V de l'article L. 122-1 du code de l'environnement dont se prévaut la requérante.
16. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de l'association Meuse Nature Environnement tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2023 du préfet de la Meuse, ensemble la décision du 4 août 2023 rejetant son recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par l'association Meuse Nature Environnement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de l'association Meuse Nature Environnement est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Meuse Nature Environnement, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la SARL du Poirier vert.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Meuse.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026