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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302930

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302930

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302930
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Meurthe-et-Moselle la somme de 1 800 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la police des frontières a outrepassé ses compétences en émettant un avis juridique sur les documents d'état civil qu'il a présentés ;

- l'avis du fonctionnaire a été rendu en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- le préfet ne renverse pas la présomption d'authenticité de ses actes d'état civil ;

- le préfet s'est estimé être lié par le rapport de la police aux frontières et a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- la décision portant refus de séjour décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet aurait pu lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 24 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti, rapporteur ;

- et les observations de Me Martin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien, qui dit être né le 27 juillet 2003, a déclaré être entré sur le territoire français au mois d'octobre 2018. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'état prise par le juge des tutelles du tribunal judiciaire de Nancy le 15 avril 2019. Par un jugement du 4 mai 2023, le tribunal administratif de Nancy a annulé l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé l'octroi d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par une décision du 13 juillet 2023 le préfet de Meurthe-et-Moselle a, à nouveau, refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il reconduit d'office à l'issue de ce délai. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté est signé par Martine Cheng, directrice de l'immigration et de l'intégration par intérim, à laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 15 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture 16 juin 2023, délégué sa signature à l'effet de signer notamment, les décisions en matière de titre de séjour et d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

4. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente 1° les documents justifiant de son état civil 2° les documents justifiant de sa nationalité () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". L'article 47 du code civil précise que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. D'une part, il appartient aux services de fraude documentaire de la police aux frontières de procéder à l'expertise des documents qui leur sont soumis. A ce titre, ces services peuvent utiliser tous éléments, juridiques ou techniques, dont ils disposent pour émettre un avis sur l'authenticité ou non de ces documents. Il appartient à l'autorité compétente d'apprécier les conclusions de l'expertise de ces services qu'elle entend retenir pour fonder sa décision, au requérant d'apporter une contradiction utile aux conclusions qui lui sont défavorables et au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

6. M. A ne se prévaut d'aucune disposition, alors que l'arrêté attaqué a été pris sur une demande qu'il a lui-même présentée à l'administration, qui ferait obligation au préfet de recueillir préalablement à sa décision ses observations sur le rapport d'expertise de la police aux frontières. En tout état de cause, ce rapport a été communiqué au requérant dans le cadre de la présente instance.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, le requérant a produit, pour justifier de son identité, un extrait d'acte de naissance n°1438Rg7 du 10 août 2003, la copie d'un extrait d'acte de naissance du 22 mars 2005 n°1438RG7 et un certificat de nationalité malienne n°026233 du 31 décembre 2020.

8. Pour contester le caractère probant de ce document, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur les conclusions d'un rapport d'expertise technique établi le 15 mars 2022 par l'expert en fraude documentaire de la direction zonale de la police aux frontière dont il ressort que les prédécoupes de l'extrait de l'acte de naissance du 10 août 2003 sont mal placées, que le tampon humide présente de multiples irrégularités ainsi que des fautes d'orthographe, que l'aspect ancien du document a été réalisé artificiellement par exposition à un rayonnement calorique révélé notamment par des traces de brûlures, que la mention du numéro de registre n'est pas conforme à celle de la composition habituelle des actes de naissance et que la fonction de l'officier d'état civil n'est pas précisée, empêchant la vérification de la compétence de l'auteur de la signature. S'agissant de la copie de l'extrait d'acte de naissance 22 mars 2005, il est entaché des mêmes irrégularités que celles relevées sur l'extrait d'acte de naissance relatives au tampon humide, à l'aspect ancien du papier et à l'absence de précision de la fonction de l'officier d'état civil. Enfin, s'agissant du certificat de nationalité malienne du 31 décembre 2020, le rapport indique que ce document est imprimé au toner sur un support ordinaire sans sécurité et qu'il a été pris au regard d'un extrait d'acte de naissance dépourvu de valeur probante de sorte que la nationalité des parents n'est pas caractérisée, en méconnaissance de certaines dispositions du droit malien. Ces éléments, qui font naître un doute sur le caractère frauduleux de l'ensemble des documents produits par l'intéressé à l'appui de sa demande, sont de nature à renverser la présomption de validité qui s'attache, en vertu notamment des dispositions de l'article 47 du code civil, aux mentions contenues dans ces actes. En se bornant à produire les mêmes éléments, ainsi qu'une carte d'identité consulaire malienne délivrée par le consulat du Mali, M. A n'apporte aucune preuve contraire sur ce point et alors qu'au demeurant, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une condamnation pénale pour usage de faux le 5 février 2022. Il n'est par conséquent pas fondé à soutenir que le préfet n'a pas renversé la présomption d'authenticité des actes d'état civil produits dans le cadre de la présente instance.

9. Enfin, dès lors que le préfet a pu estimer, au vu de ce qui a été dit précédemment, qu'il n'était pas établi que le requérant ait été pris en charge par les services d'aide sociale à l'enfance entre l'âge de 16 et 18 ans, il pouvait refuser, pour ce seul motif, de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par conséquent, être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. A aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions doivent être écartés comme étant inopérants.

11. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. A se prévaut de sa durée de présence en France, de la poursuite de ses études dans ce pays, de ses efforts d'insertion et de ce qu'il est isolé dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, si M. A fait des efforts d'intégration, il est célibataire et sans enfant et n'établit ni avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables sur le territoire français ni être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une appréciation manifestement erronée des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux cités au point 12 ci-dessus, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'injonction :

17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Martin.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

D. MartiL'assesseur le plus ancien,

F. Durand

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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