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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302938

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302938

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2023, M. A E, représenté par Me Welzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel la préfète des Vosges a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 et de l'article 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la république Française et le gouvernement de la république de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Wolff a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tunisien, né le 5 juillet 1988, déclare être entré sur le territoire français en 2018. Par un arrêté du 11 juin 2020, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Le 9 août 2023, M. E a formé une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " et d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services préfectoraux des Vosges. Par un arrêté du 8 septembre 2023, la préfète des Vosges lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :

2. Par un arrêté du 17 février 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète des Vosges a donné délégation de signature à M. B D à l'effet de signer notamment les décisions en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tenant à l'incompétence M. B D, signataire de l'arrêté attaqué, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. En l'espèce, si M. E indique être en couple avec Mme C, ressortissante française, il ressort toutefois des pièces du dossier que leur relation est récente et qu'ils ne vivent ensemble que depuis le 4 mars 2023, d'après l'attestation d'hébergement établie par cette dernière. Par la production d'actes de reconnaissance datés du 16 juin 2023, il justifie avoir reconnu la fille de sa compagne, Nawel, née le 3 avril 2021, ainsi que l'enfant qu'elle attend. Il produit également plusieurs factures à son nom à compter de mars 2023 relatives à des articles de puériculture et plusieurs attestations circonstanciées, de Mme C et de sa famille, selon lesquelles il contribue à l'entretien et à l'éducation de Nawel, soutient sa compagne et est bien intégré dans la famille. Toutefois, eu égard à leur caractère très récent, ces éléments ne permettent pas d'établir la stabilité et l'intensité de la relation qu'il entretient avec sa compagne et sa fille. En outre, s'il déclare être présent sur le territoire français depuis janvier 2018, il n'est pas contesté qu'il a fait l'objet, le 11 juin 2020, d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée par un arrêté du préfet des Alpes-Maritimes. Enfin, il n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel se trouve son père, sa mère et sa sœur. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porte à son droit au respect à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et méconnaîtrait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 9-1 de la même convention " les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré () ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. M. E fait valoir l'intérêt supérieur de Nawel et de l'enfant à naître, qui serait issu de son union avec Mme C. Toutefois, il n'est pas contesté qu'il ne dispose pas de l'autorité parentale sur Nawel dès lors qu'il l'a reconnue plus d'un an après sa naissance. En outre, à la date de l'arrêté attaqué, aucun enfant n'était né de l'union du requérant avec sa compagne. Dans ces conditions, c'est sans méconnaitre les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, que la préfète des Vosges a pu refuser le séjour en France de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 ci-dessus, le moyen tenant à ce que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. E ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 30 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

D. Marti

Le greffier,

F. RichardLa République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302938

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