jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2302999 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CAGLAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2023 à 13 heures 01, Mme A B demande au tribunal :
1°) la désignation d'un avocat commis d'office ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont elle a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sur le fondement des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;
- elles ne sont pas suffisamment motivées ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle porte une attente disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisque son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte une attente disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Milin-Rance pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 512-1, L. 556-1 et L.742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,
- les observations de Me Vouscenas, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et souligne qu'elle justifie être étudiante en Pologne depuis octobre 2022 jusqu'en octobre 2024 et qu'elle a été interpellée au moment où elle rendait visite à son frère résidant à Lyon. Si son visa polonais est expiré, elle en a demandé la prolongation et, dans l'attente, un tampon l'autorisant à circuler en Pologne a été apposé sur son passeport. Le préfet ne peut lui reprocher de ne pas avoir entamé de démarches en vue de sa régularisation en France puisqu'elle a été interpellée le jour de son arrivée et qu'elle a exprimé le souhait de retourner en Pologne. Les décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
- Les observations de M. H, représentant le préfet de Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, et souligne que la requérante ne justifie pas de la réalité de ses liens personnels et familiaux en France et ses déclarations aux services de police ne sont pas cohérentes avec les éléments qu'elle a produits à l'instance. Le refus de délai de départ volontaire est dû à l'entrée récente et à l'inexistence de toute résidence en France. Elle ne justifie pas de la réalité de ses études en Pologne, ni de ce qu'elle serait légalement admissible en Pologne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 13 mars 1994, de nationalité comorienne, a été interpellée par les services de la police aux frontières en poste à Forbach le 13 octobre 2023 et a été placée en retenue administrative. Le même jour, le préfet de la Moselle lui a notifié un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont elle a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée d'un an. Placée en rétention administrative, elle demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office :
2. Mme B, placée en rétention, a présenté sa requête sans ministère d'avocat et a été assistée à l'audience par Me Vouscenas, avocat s'étant constitué en cours d'instance. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office.
Sur les conclusions en annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme G D, cheffe du bureau du contentieux et de l'intégration, à laquelle le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié, délégué sa signature à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C F, notamment les décisions en matière d'éloignement des étrangers. Il n'est pas établi que M. F n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ();"
6. Il est constant que, lors de son placement en retenue aux fins de vérification de son droit au séjour, le 13 octobre 2023, Mme B a présenté un passeport comorien en cours de validité sur lequel est apposé un visa polonais de type D expiré depuis le 30 septembre 2023. Si elle soutient avoir effectué des démarches auprès des autorités polonaises pour obtenir la prolongation de ce visa pour lui permettre de poursuivre ses études en Pologne, outre que ses allégations ne sont pas établies par les justificatifs rédigés en langue polonaise, en tout état de cause, de telles démarches ne lui permettent pas, faute de visa en cours de validité, de justifier d'une entrée régulière en France. Il ne ressort pas du procès-verbal d'audition par les services de la police aux frontières en poste à Forbach que la requérante, qui a déclaré vivre en Pologne et souhaiter y retourner, ait entendu engager des démarches de régularisation en France. Au vu de ces éléments, le préfet de la Moselle n'a pas méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
7. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si Mme B soutient que deux de ses frères et quatre de ses sœurs résident en France, elle ne justifie pas de la réalité de ses allégations. Alors qu'elle a également déclaré aux services de police que deux autres frères et trois autres sœurs résidaient aux Comores, où elle a vécu jusqu'en 2022, le préfet de la Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en prenant la mesure d'éloignement contestée.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
9. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, Mme B ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en France. Elle ne justifie pas davantage d'une adresse effective et permanente en France constituant son habitation principale. Elle entrait ainsi dans les hypothèses prévues par les 1° et 8° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de la Moselle de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. En premier lieu, si Mme B a expressément demandé à être reconduite en Pologne, il est constant que le visa délivré par les autorités de ce pays est expiré depuis le 30 septembre 2023 et elle ne justifie pas y avoir été admise au séjour. Dans ces conditions, en fixant les Comores comme pays de renvoi le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
11. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants " est dépourvu des éléments permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. En troisième lieu, alors que la requérante a déclaré avoir deux frères et trois sœurs aux Comores et ne justifie pas de la réalité des liens familiaux allégués en France, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en fixant les Comores comme pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. "
14. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, Mme B est entrée très récemment en France, ne justifie pas de la réalité des attaches alléguées sur le territoire français et ne fait état d'aucune circonstance humanitaire. Dans ses conditions, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout Etat dans lequel elle serait légalement admissible, et lui interdisant le retour pendant une durée d'un an, ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Moselle.
Lu en audience publique le 19 octobre 2023 à 15 heures 09.
La magistrate désignée,
F. Milin-RanceLa greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026