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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303020

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303020

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCORSIGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Corsiglia, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par la préfète de Meurthe-et-Moselle sur sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à défaut de son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée le place en situation irrégulière, fait obstacle à la poursuite de sa formation et que les délais de jugement du tribunal ne permettent pas d'espérer une régularisation de sa situation avant au moins douze mois ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- qui émane d'une autorité incompétente ;

- qui est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2023, la préfète de Meurthe-etMoselle conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- l'intéressé a été mis en possession d'un nouveau récépissé délivré le 17 octobre 2023, de sorte qu'aucune décision n'a été prise sur sa demande de titre de séjour ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur la légalité d'une décision inexistante.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête aux fins d'annulation enregistrée le 14 octobre 2023 sous le n° 2303021.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 novembre 2023 à 10h00 :

- le rapport de M. Di Candia, juge des référés ;

- les observations de Me Corsiglia, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, ainsi que les observations de M. B lui-même, qui précise que la situation dans laquelle il s'est trouvé lui a fait perdre une chance de bénéficier de la formation qu'il espérait suivre.

La préfète de Meurthe-et-Moselle n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 6 novembre 2023 à 10h20.

Une note en délibéré produite pour M. B le 6 novembre 2023 à 10h56 n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. Par une décision du 20 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande du requérant tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

3. La circonstance qu'un étranger se soit vu délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour postérieurement à la naissance d'une décision implicite de refus de titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet d'abroger une telle décision. Par suite, l'exception de non-lieu opposée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions fondées sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie non à la date de la décision attaquée, mais à celle à laquelle le juge statue.

5. Il résulte de l'instruction que le 17 octobre 2023, M. B a été mis en possession d'un récépissé de demande de titre valable jusqu'au 16 janvier 2024. Dès lors, et alors même que M. B a perdu, du fait de la décision attaquée, la possibilité de bénéficier de la formation qu'il espérait suivre, l'urgence dont il se prévaut a disparu.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions à fin de suspension de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Corsiglia.

Copie pour information sera adressée à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 7 novembre 2023.

Le juge des référés,

O. Di Candia

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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