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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303049

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303049

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 19 octobre et le 7 décembre 2023, M. B A, représenté par Me El Fekri, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 17 octobre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de procéder à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'un défaut de motivation dès lors qu'il ne vise pas les cas d'octroi de plein droit d'un certificat de résidence au regard de l'accord franco-algérien ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'existence d'un risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est privée de base légale, la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée étant illégale ;

- la décision contestée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est privée de base légale, la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée étant illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée, elle est disproportionnée ;

- elle ne tient pas compte des quatre critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 1er et 13 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance,

- et les observations de Me El Fekri, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 19 janvier 1979, de nationalité algérienne, a déclaré être entré en France en 2016. Le 17 octobre 2023, il a fait l'objet d'un contrôle par les services de la police aux frontières en poste à Villers-lès-Nancy. Il demande l'annulation de l'arrêté pris le même jour par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a opposé une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de douze mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature par un arrêté en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté contesté a été pris notamment au visa de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et précise que M. A ne relève d'aucune catégorie d'étrangers pouvant prétendre, de plein droit, à la délivrance d'un titre de séjour. Il comprend ainsi les éléments de droit et de fait sur lesquels la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail ; / () ".

7. M. A ne conteste pas être entré irrégulièrement en France en 2016, n'avoir sollicité aucun titre de séjour, ni travailler sans bénéficier d'une autorisation à cette fin. Il entrait ainsi dans les cas prévus par les 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de lui faire obligation de quitter le territoire français. Il résulte par ailleurs des termes mêmes de l'arrêté contesté que la préfète de Meurthe-et-Moselle a examiné si M. A relevait des catégories d'étrangers pouvant prétendre, de plein droit, à la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la mesure d'éloignement doit, en conséquence, être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. A soutient qu'il est présent en France depuis 2016, il ne justifie pas d'une adresse stable et ne fait état, pour établir son insertion dans la société française, que de pièces médicales, d'une attestation de bénévolat, d'attestations peu circonstanciées de proches, de 12 bulletins de paie et d'une promesse d'embauche postérieure à la décision contestée. S'il fait valoir la présence régulière de sa sœur à Nancy, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa présence lui serait indispensable. Célibataire, sans charge de famille en France, il ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches en Algérie où résident sa mère et ses autres frères et sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement contestée a été prise.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision contestée mentionne le 1° et le 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise, d'une part, que M. A a reconnu être entré irrégulièrement en France et ne pas avoir sollicité de titre de séjour, et ajoute que son identité est inconnue du fichier national des étrangers et du fichier visabio. Il précise d'autre part que l'intéressé a déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Au vu de ces éléments, qui ne sauraient être regardés comme constituant des formules stéréotypés, la décision de refus de délai de départ volontaire comprend les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;() ".

12. Il ressort du procès-verbal d'audition par les services de police le 17 octobre 2023 que M. A a déclaré être entré en France en étant dépourvu de titre l'autorisant à y séjourner et de tout document de voyage. Et l'enquête pour vérification de son droit au séjour a montré que son identité était inconnue du fichier national des étrangers. Cette seule circonstance permettait à la préfète de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant et de l'erreur d'appréciation de l'existence d'un risque de fuite doivent être écartés.

En ce qui concerne le pays de destination :

13. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

14. Ainsi qu'il a été dit au point 7 ci-dessus, M. A a déclaré que sa mère, deux frères et quatre sœurs résidaient en Algérie. Par suite, et en tout état de cause, la préfète n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en fixant l'Algérie comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

15. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour.

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

17. La préfète de Meurthe-et-Moselle a estimé que le comportement de M. A représente une menace pour l'ordre public, qu'il se maintient en situation irrégulière depuis huit années sur le territoire sans avoir cherché à régulariser sa situation, et qu'il ne démontre pas avoir développé en France des attaches particulières. Il est constant que l'intéressé a été entendu par les services de la police aux frontière en poste à Nancy le 17 octobre 2023 à la suite d'un contrôle en situation de travail irrégulier en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail de sorte que, contrairement à ce qu'il soutient, les 12 bulletins de paie dont il se prévaut ne sauraient en tout état de cause être regardés comme des éléments d'intégration professionnelle stable. M. A ne faisant état d'aucune circonstance humanitaire, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a commis aucune erreur d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2023 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303049

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