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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303080

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303080

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2023, M. B C, représenté par Me Issa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande de reconnaissance de la qualité d'apatride ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFPRA de reconnaître sa qualité d'apatride ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 1er de la convention de New York dès lors qu'aucun Etat ne le considère comme son ressortissant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, l'OFPRA conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de New-York du 28 septembre 1954 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Issa, avocat de M. C.

Le directeur général de l'OFPRA n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 24 février 1978, à Mitrovica (ex République fédérative de Yougoslavie), déclare être entré sur le territoire français en 2008 pour y solliciter l'asile. Ses demandes d'asile, ont été définitivement rejetées par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile. Par une décision du 9 décembre 2019, le directeur général de l'OFPRA a rejeté sa demande d'obtention du statut d'apatride. Par un jugement nos 2001789, 2001791 du 8 juillet 2022, le tribunal administratif a rejeté sa demande d'annulation de la décision du 9 décembre 2019. Le 4 septembre 2023, M. C a formé une nouvelle demande de reconnaissance du statut d'apatride, qui a été rejetée par le directeur général de l'OFPRA le 26 septembre 2023. Par sa requête, M. C demande l'annulation de la décision du 26 septembre 2023.

2. En premier lieu, par une décision du 13 juillet 2023, régulièrement publiée le 17 juillet 2023 sur le site internet de l'OFPRA, le directeur général de l'OFPRA a donné délégation à Mme D A, attachée d'administration de l'Etat, cheffe de bureau, pour signer tous actes individuels pris notamment en application de l'article L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le directeur général de l'OFPRA n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. C.

5. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1er de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 : " Aux fins de la présente Convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". Aux termes de l'article L. 582-2 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 582-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat. ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel.

6. Il résulte de ces stipulations et de ces dispositions que s'il incombe à l'OFPRA, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de vérifier si le demandeur se trouve dans la situation selon laquelle aucun Etat ne le considère comme son ressortissant par application de sa législation, toute personne se prévalant de la qualité d'apatride doit apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat dont il peut être présumé avoir la nationalité a refusé de donner suite à ses démarches.

7. D'une part, M. C se prévaut d'une attestation du 7 août 2023 par laquelle le service consulaire de l'ambassade de la République du Kosovo à Bruxelles confirme qu'il n'a pas été en mesure de présenter des preuves de la citoyenneté de l'ex-Yougoslavie et de la résidence permanente sur le territoire de la République du Kosovo et qu'en l'absence de ces preuves, il ne pouvait pas être inscrit dans le livre de citoyenneté ni se voir munir de la carte d'identité et du passeport de la République du Kosovo. Toutefois, une telle attestation ne permet pas d'établir que M. C aurait entrepris des démarches répétées et assidues en vue d'obtenir la nationalité kosovare. En outre, les deux rapports qu'il produit ainsi que les déclarations du commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, faisant état de discriminations subies par la communauté Rom dans l'accès à la nationalité kosovare, constituent des documents d'ordre général ne suffisant pas à établir que M. C aurait été personnellement empêché d'effectuer les démarches nécessaires à l'accès de la nationalité kosovare.

8. D'autre part, M. C se prévaut d'une attestation de la commune de Kragujevac, en République de Serbie, aux termes de laquelle il n'a pas de domicile officiellement déclaré sur le territoire de la République de Serbie et ne possède pas de pièce d'identité biométrique délivrée par les autorités serbes. Toutefois, une telle attestation ne fait état d'aucune démarche en vue d'obtenir la nationalité serbe.

9. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'inexacte application des dispositions citées au point 5 doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 septembre 2023 par laquelle le directeur général de l'OFPRA a rejeté sa demande de reconnaissance de la qualité d'apatride. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Issa et au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Samson-Dye, présidente,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le rapporteur,

P. Bastian

La présidente,

A. Samson-Dye

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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