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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303095

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303095

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFRITSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 24 octobre 2023 à 12 heures 15 et le 30 octobre 2023, Mme F B, placée au centre de rétention administrative de Metz, demande au tribunal :

1°) de désigner un avocat commis d'office et un interprète en langue albanaise ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

- le signataire des décisions attaquées n'est pas compétent ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;

Sur le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation, notamment au regard de son état de santé ;

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit d'être entendu tel que protégé par le principe général du droit de l'Union européenne découlant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le moyen propre à la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'elle ne présente pas de risque de fuite au sens de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à l'existence de circonstances humanitaires et quant à sa durée ;

- elle méconnaît son droit constitutionnel d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'arrêté attaqué est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier, notamment celles produites par la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin le 31 octobre 2023.

Vu :

- la Constitution ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Philis, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis, magistrate désignée ;

- les observations de Me Fritsch, avocate commise d'office, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui insiste sur les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen, sur le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu, sur le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise la préfète en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire alors qu'elle ne présente pas de risque de fuite, ainsi que sur le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de Mme B qui fait part de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, qui se prévaut de la durée de son séjour en France et de son engagement bénévole et qui précise qu'elle n'a pas sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade en raison des difficultés rencontrées pour renouveler son passeport dont la date de validité est dépassée ;

- et les observations de M. E, représentant la préfète de la région du Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, en faisant valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés, en indiquant qu'il ne saurait être reproché l'absence de mention de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de la requérante dans l'arrêté attaqué, alors que celle-ci ne se prévaut pas de graves problèmes de santé, que son admission au séjour en qualité d'étranger malade a été refusé en 2019 et qu'elle n'a pas présenté de nouvelle demande de titre de séjour en cette qualité, en relevant l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et des contradictions sur ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, en insistant sur le respect du droit à être entendu, sur l'absence d'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et sur le risque de fuite caractérisé par l'absence de garanties de représentation suffisantes à la date de la décision attaquée, faute de résidence effective et permanente, l'intéressée vivant dans un hébergement d'urgence, et en sollicitant, à titre subsidiaire, une substitution de motifs dès lors que la décision portant refus de départ volontaire est aussi fondée sur les dispositions du 1°, du 4° et du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 30 mars 1962, est entrée en France, selon ses déclarations, le 23 décembre 2016 pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 décembre 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 12 juin 2018. Mme B a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade qui lui a été refusée par une décision du 26 juin 2019 du préfet du Bas-Rhin, assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Elle a été, par la suite, interpellée et placée en garde à vue, le 22 octobre 2023, pour des faits de menaces avec une arme et des injures en raison de la religion commis à Strasbourg. Par un arrêté du 23 octobre 2023, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète :

2. Mme B, placée en rétention administrative lors de l'introduction de sa requête, a présenté celle-ci sans ministère d'avocat et a été assistée à l'audience par Me Fritsch, avocate commise d'office désignée par le bâtonnier du barreau de Nancy, et par un interprète assermenté en langue albanaise, en application des dispositions des articles L. 614-10 et L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 7 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le lendemain, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme C D, adjointe au chef de bureau, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas été absent ou empêché à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées. La préfète a notamment considéré, après avoir visé le procès-verbal d'audition établi par les services de police le 22 octobre 2023, que la situation de Mme B ne relevait pas du champ d'application de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a également exposé les motifs qui l'ont amenée, d'une part, à considérer qu'il existe un risque que Mme B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet et, d'autre part, à prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. La circonstance que la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, n'aurait pas fait état de l'ensemble des éléments dont elle était saisie est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. La requérante ne peut ainsi utilement soutenir que les décisions attaquées n'auraient pas été notifiées à l'aide d'un interprète. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire :

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée, en s'assurant en particulier que Mme B ne relève d'aucun des cas listés à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas du procès-verbal d'audition du 22 octobre 2023, que l'intéressée aurait porté à la connaissance de la préfète des éléments suffisamment circonstanciés sur le traitement des problèmes de santé dont elle se prévaut. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

8. En l'espèce, si Mme B soutient qu'elle a été privée du droit d'être entendu, elle ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'elle aurait été empêchée de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort en outre des pièces produites en défense que Mme B a été invitée, au cours de son audition par les services de police, antérieurement à l'intervention de la décision attaquée, à présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement et sur sa situation personnelle et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit, en conséquence, être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. La requérante se prévaut de son intégration en France par l'apprentissage de la langue et par son engagement bénévole depuis son arrivée sur le territoire français le 23 décembre 2016. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme B est célibataire et sans charge de famille, ses enfants étant majeurs et vivant à l'étranger. De plus, Mme B, qui a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 26 juin 2019, ne démontre ni même n'allègue avoir tissé des liens en France. Elle ne justifie pas davantage être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions et en dépit de ses efforts d'intégration, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la mesure d'éloignement a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision refusant un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

12. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, Mme B n'a pas pu justifier d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Si elle se prévaut des démarches entreprises pour renouveler son passeport et des difficultés qu'elle a rencontrées à ce titre, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, a pu légalement fonder sa décision sur les dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 et celles du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce motif étant suffisant pour justifier la décision portant refus de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

10.En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par Mme B à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écartée.

11.En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Mme B ne produit aucun élément de nature à établir la réalité et le caractère personnel des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

15. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par Mme B à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, doit être écartée.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

18. Ainsi qu'il a été dit au point 10, Mme B ne justifie ni de liens personnels et familiaux en France, ni être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Elle s'est, par ailleurs, maintenue sur le territoire français en dépit de la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet le 26 juin 2019. Elle a, en outre, été interpellée pour des faits de menaces avec une arme et des injures en raison de la religion. Si les documents médicaux qu'elle produit font état de problèmes de santé, ces éléments qui n'évoquent pas les conséquences qu'entraineraient un défaut de prise en charge en France, sont insuffisants pour justifier de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet a fixé à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. () ".

20. Mme B soutient que la décision lui interdisant de revenir en France porterait une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel de demander l'asile en France. Il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 613-7 précité que Mme B peut solliciter à tout moment l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre. Si cette demande n'est recevable que lorsque l'étranger réside hors de France, une telle condition n'est pas de nature à porter atteinte au droit d'asile dès lors que le refus d'entrée sur le territoire français ne fait pas obstacle au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'identique à l'article L. 613-7. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de Mme B tendant à la désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B et à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin.

Lu en audience publique le 31 octobre 2023 à 16 heures 05.

La magistrate désignée,

L. Philis

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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