jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2303143 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | VAXELAIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2023 à 17 heures 26 et un mémoire complémentaire enregistré le 31 octobre 2023, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il est entaché d'incompétence ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation dès lors que le préfet ne fait pas état de sa maladie ;
- elle est entachée d'une erreur de base légale dès lors que sa demande de titre de séjour est toujours en cours d'examen et que le préfet a ainsi commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il ne s'était pas prononcé sur son admission au séjour en France ; le préfet aurait dû fonder l'obligation de quitter le territoire français sur les dispositions du 4° de ce même article ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet aurait dû recueillir l'avis du médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration sur son état de santé alors qu'il avait connaissance de ces éléments avant d'édicter la mesure d'éloignement en litige ;
- il était en droit de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il ne présente pas un risque de fuite ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la motivation de la décision ne permet pas d'attester que le préfet a pris en compte la particularité de sa situation au regard de sa qualité de réfugié ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a fui le Soudan car il y craint pour sa vie et son intégrité physique ; il a obtenu le statut de réfugié par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 janvier 2017 ; si l'OFPRA a mis fin à sa protection internationale en raison de ses condamnations pénales, ses craintes persistent ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et quant à la durée de cette interdiction ;
- elle porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel de demander l'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- si le tribunal considérait que le requérant a valablement adressé à la préfecture une demande de titre de séjour, les dispositions des 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourraient être substituées à celles fondant la mesure d'éloignement contestée ;
- aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Coudert,
- les observations de Me Vaxelaire, avocate commise d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique en outre qu'il a de la famille à Dijon ;
- les observations de M. B, assisté d'un interprète en arabe ;
- et les observations de M. C, représentant le préfet de l'Yonne, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant n'a fait état d'aucun élément médical sérieux lors de son audition ; que s'agissant des risques dans son pays d'origine, aucun élément n'est produit par le requérant permettant d'établir la réalité des risques personnels et actuels allégués.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1990 à Nyala (Soudan), est entré en France selon ses dires au cours de l'année 2016. Par décision du 20 janvier 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lui a accordé le statut de réfugié. M. B a été condamné par la Cour d'assises de la Côte d'Or le 1er juillet 2020 à une peine d'emprisonnement de huit ans pour des faits de viol commis par une personne en état d'ivresse manifeste. Le 17 mai 2021, l'OFPRA a en conséquence retiré à M. B le statut de réfugié. Par un arrêté en date du 27 octobre 2023 le préfet de l'Yonne a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Placé en rétention administrative, M. B demande l'annulation de cet arrêté du 27 octobre 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions en litige :
2. L'arrêté contesté a été signé par Mme Pauline Girardot, secrétaire général de la préfecture de l'Yonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer les décisions contestées par un arrêté du préfet du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision par laquelle le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision contestée, que le préfet de l'Yonne n'aurait pas procédé à un examen de sa situation préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse. A cet égard, si le requérant soutient que l'arrêté ne fait pas état de sa pathologie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait, notamment dans le cadre de la procédure contradictoire préalable mise en œuvre par le préfet, porté à la connaissance de l'administration des éléments médicaux. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
6. Contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de titre de séjour qu'il a adressée le 31 août 2023 à la préfecture serait toujours en cours d'instruction, le préfet de l'Yonne indiquant que cette demande était incomplète à défaut de comporter des justificatifs d'état-civil et de nationalité et qu'en conséquence elle n'a pas été enregistrée. Toutefois, dès lors qu'aucune décision de refus de titre de séjour n'a été prononcée par la préfecture, la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. B ne pouvait légalement être fondée sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
8. Le préfet de l'Yonne sollicite que soient substituées aux dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile celles des 4° et 5° du même article. Eu égard à la gravité des faits à raison desquels M. B a été condamné récemment et dès lors que l'intéressé résidait irrégulièrement sur le territoire français depuis plus de trois mois, il y a lieu de substituer comme base légale de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 3° du même article sur lesquelles elle était initialement fondée. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
10. D'une part, si M. B soutient que le préfet de l'Yonne aurait dû saisir pour avis le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait porté à la connaissance de l'administration des éléments médicaux justifiant la mise en œuvre de cette garantie, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'intéressé avait déposé le 31 août 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui, ainsi qu'il a été dit, a été classée sans suite.
11. D'autre part, si M. B se prévaut de troubles de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des éléments que le requérant produit à l'appui de ce moyen, que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
12. En cinquième lieu, M. B ne peut utilement soutenir à l'encontre de la mesure d'éloignement litigieuse qu'un titre de séjour doit lui être délivré sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de la circonstance humanitaire dont il justifie, dès lors que ces dispositions ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Si M. B soutient qu'il dispose d'attaches familiales en France, il n'apporte aucun élément permettant de justifier du bien-fondé de cette allégation et ne consteste pas, ainsi que le relève la décision en litige, qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Yonne aurait porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
16. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. B, l'arrêté du préfet de l'Yonne comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
17. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de l'Yonne, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et, d'autre part, de ce qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet dès lors qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors le préfet de l'Yonne était en droit, sur le seul fondement des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de lui refuser un délai de départ volontaire. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /() ".
19. En premier lieu, l'arrêté du préfet de l'Yonne, qui a relevé que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
20. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas fondée et doit être rejetée.
21. En troisième lieu, M. B soutient que le préfet de l'Yonne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas de circonstances humanitaires. Toutefois, il ne ressort pas de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé que le préfet aurait inexactement apprécié sa situation en estimant qu'aucune circonstance humanitaire ne justifiait qu'une mesure d'interdiction du territoire français ne soit pas prononcée à son encontre. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, compte tenu notamment de l'absence de justification de toute attache familiale en France, que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B.
22. En dernier lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre méconnaîtrait le droit constitutionnel d'asile dès lors que l'intéressé a d'ores et déjà la qualité de réfugié.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
23. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
24. Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, le fait que la personne ait la qualité de réfugié est un élément qui doit être particulièrement pris en compte par les autorités. Dès lors, la personne à qui le statut de réfugié a été retiré, mais qui a conservé la qualité de réfugié, ne peut être éloignée que si l'administration, au terme d'un examen approfondi de sa situation personnelle prenant particulièrement en compte cette qualité, conclut à l'absence de risque pour l'intéressé de subir un traitement prohibé par les stipulations précitées dans le pays de destination.
25. Il est constant que si M. B s'est vu retirer le statut de réfugié par décision de l'OFPRA du 17 mai 2021, il conservait la qualité de réfugié. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Yonne s'est borné, pour motiver la décision fixant le pays à destination duquel le requérant pourra être reconduit d'office, à relever que l'intéressé n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et qu'ainsi la décision ne contrevenait pas à l'article 3 de cette même convention. Une telle motivation, compte tenu de la qualité de réfugié de M. B, est toutefois insuffisante et le requérant est, par suite, fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité et qu'elle doit, en conséquence, être annulée.
26. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2023 en tant qu'il fixe le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
27. L'annulation par le présent jugement de la décision fixant le pays de destination n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
28. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 octobre 2023 du préfet de l'Yonne est annulé en tant qu'il fixe le pays à destination duquel M. B est susceptible d'être éloigné d'office.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Yonne.
Lu en audience publique le 2 novembre 2023 à 15 heures 36.
Le magistrat désigné,
B. Coudert
Le greffier,
L. Rémond
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026