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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303278

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303278

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Mainnevret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation de séjour dans l'attente d'une nouvelle décision ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant un titre de séjour :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la substitution des stipulations de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation des personnes et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme fondement légal de la décision de refus de séjour.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 13 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-congolaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grandjean a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née le 2 février 1995, est entrée en France le 18 septembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 10 septembre 2020 au 10 septembre 2021. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 24 août 2021. La demande de renouvellement de son titre de séjour a été classée sans suite par une décision du préfet de la Moselle du 12 décembre 2022. Mme B a sollicité un nouveau titre de séjour portant la mention " étudiant " le 12 octobre 2023. Par un arrêté du 17 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve () des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France () ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-congolaise relative à la circulation et au séjour des personnes signée le 31 juillet 1993 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ". Aux termes de l'article 13 de la même convention : " Les points non traités par la présente convention sont régis par la législation interne de chaque État ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Le droit au séjour des ressortissants congolais en France en qualité d'étudiant est intégralement régi par les stipulations de l'article 9 de la convention signée entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Congo le 31 juillet 1993. La décision en litige ne peut ainsi être fondée sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

4. En l'espèce et ainsi que les parties en ont été informées, la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour trouve son fondement légal non dans les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne sont pas applicables aux ressortissants congolais, mais dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 qui peuvent leur être substituées dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver Mme B d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Par conséquent, il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale.

5. Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. À cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est inscrite, au titre des années universitaires 2020/2021 et 2021/2022, en BTS " Gestion des petites et moyennes entreprises " au sein de l'université de Lorraine. Elle a validé la première année de ce cursus en 2021 mais a échoué à valider ce diplôme en 2022. Elle n'a justifié d'aucune inscription dans un cursus d'études au titre de l'année 2022/2023. Si Mme B se prévaut d'une inscription à une formation suivie auprès de la société " youschool " au titre de l'année universitaire 2023/2024, il ressort des pièces du dossier que celle-ci ne constitue qu'une préparation aux épreuves techniques du CAP " accompagnement éducatif petite enfance ", qu'exécutée à distance, elle ne nécessite pas la présence de l'intéressée sur le territoire français et que le contrat de formation professionnelle correspondant a, en tout état de cause, été signé postérieurement à la décision de refus de titre de séjour en litige. Ainsi, la requérante, qui ne justifiait d'aucune attestation d'inscription ou de préinscription dans un établissement d'enseignement à la date de la décision du 17 octobre 2023 de la préfète de Meurthe-et-Moselle, ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance antérieure à la décision contestée, au demeurant non démontrée, que la délivrance tardive d'un récépissé de demande de titre de séjour par le préfet de la Moselle le 23 mai 2022 aurait fait obstacle à son inscription à une formation pour l'année universitaire 2022/2023. De même, alors que l'intéressée n'était inscrite dans aucune formation au titre de l'année universitaire 2022/2023, elle ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que la maladie suivie du décès de son père le 8 février 2023 aurait perturbé son parcours de formation.

7. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la préfète de Meurthe-et-Moselle pouvait ainsi, pour ce seul motif et alors même que la requérante justifie des ressources exigées par les stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante à Mme B.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie d'exception d'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Dès lors que le titre de séjour portant la mention " étudiant " ne donne pas vocation à s'installer durablement en France et que Mme B n'établit pas, en se bornant à soutenir qu'elle n'a plus de contact avec sa mère dans son pays d'origine, être dépourvue d'attaches familiales ou personnelles au Congo où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 17 octobre 2023 prises par la préfète de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Mainnevret.

Délibéré après l'audience publique du 23 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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