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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303292

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303292

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, sous le n°2303291, M. E B, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant dans l'attente, sous un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait dès lors que sa sœur mineure n'a pas fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. E B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2023.

II- Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, sous le n°2303292, M. D B, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant dans l'attente, sous un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève les mêmes moyens que son frère dans la requête n°2303291.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. D B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sousa Pereira,

- les observations de Me Martin, représentant MM. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de MM. B, assistés d'une interprète en langue géorgienne, qui souhaitent rester en France et trouver un travail.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. MM. E et D B, ressortissants géorgiens nés respectivement les 23 décembre 1998 et 7 décembre 1999, déclarent être entrés en France le 21 mai 2022, accompagnés de leur mère et sœurs, afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions du 14 février 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces décisions ont été confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par des décisions du 20 juillet 2023. A la suite de ces rejets, par deux arrêtés du 11 octobre 2023 dont MM. B demandent l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle leur a fait obligation, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront, le cas échéant, être reconduits.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. MM. B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 30 novembre 2023. Par suite il n'y a pas lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués sont signés par Mme C A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions en matière d'éloignement des étrangers, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que la préfète de Meurthe-et-Moselle a entaché les arrêtés contestés d'une erreur de fait en mentionnant dans ceux-ci que leur sœur, Megi B, avait fait l'objet d'une mesure d'éloignement, cette erreur de fait, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité des arrêtés contestés dès lors leur sœur mineure a vocation à suivre leur mère, qui a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués sont entachés d'une erreur de fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, les requérants se prévalent de l'état de santé de leur sœur mineure à l'appui de leur moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués seraient entachés d'une erreur manifeste d'appréciation. Il ressort des pièces des dossiers la préfète de Meurthe-et-Moselle pour refuser de délivrer à leur mère un titre de séjour en raison de l'état de santé de leur sœur, s'est fondée sur l'avis en date du 24 avril 2023 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a estimé que l'état de santé de leur sœur nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Les requérants, qui ne contestent pas la disponibilité du traitement pour leur sœur dans leur pays d'origine, soutiennent que cette dernière ne pourra pas accéder au suivi et aux traitements dont elle a besoin dans son pays d'origine pour des raisons financières. A cet égard, ils produisent le relevé de compte bancaire de leur mère ainsi que des extraits du site internet officiel de la pharmacie pour la Géorgie et précisent que le salaire mensuel perçu par leur mère, qui s'élève à la somme de 355 GEL, ne permettait pas à cette dernière de prendre en charge le coût d'une assurance maladie complémentaire, d'un montant mensuel de 67,50 GEL. Toutefois, il ne ressort pas des pièces produites, alors que le relevé de compte bancaire ne comporte pas l'ensemble des opérations financières, que le coût des traitements, eu égard aux ressources perçues par leur mère, ne permettrait pas à leur sœur d'accéder au traitement médical dont elle a besoin. En outre, ils n'établissent pas, ni même ne soutiennent que leur cousine, qui a pris en charge les frais d'assurance maladie de leur mère jusqu'à leur départ pour la France, ne pourrait pas continuer d'apporter une aide matérielle et financière à leur mère. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle a entaché les arrêtés contestés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leur situation.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Les requérants se prévalent des efforts qu'ils ont entrepris pour s'insérer dans la société française par l'apprentissage de la langue française et la scolarisation réussie de leur petite sœur. Il ressort toutefois des pièces des dossiers que les requérants ne résidaient en France que depuis à peine plus d'un an à la date des décisions attaquées et ont vécu la majeure partie de leur vie dans leur pays d'origine. En outre, les seules attestations produites par les requérants ne démontrent que ces derniers disposent en France des liens personnels d'une intensité, ancienneté et stabilité particulières. Dans ces conditions, les mesures d'éloignement en litige ne peuvent être regardées comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale des intéressés une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

8. En dernier lieu, faute pour MM. B d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français prononcées à leur encontre, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination devraient être annulées en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 11 octobre 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu d'admettre MM. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de MM. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à M. E B, à Me Martin et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2303291 et 230329

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