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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303313

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303313

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2023, Mme D, représentée par Me Bach-Wassermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 11 septembre 2023 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement, d'enjoindre au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- son droit d'être entendue a été méconnu ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ; l'article 8 de la CEDH a été méconnu ;

Par des mémoires en défense enregistrés les 4, 12 et 18 janvier 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Marti, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise née le 28 juillet 1975, est entrée irrégulièrement sur le territoire français, le 30 janvier 2017. L'intéressée a sollicité le 1er février 2023 son admission au séjour au motif de son état de santé. Par un arrêté du 11 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par Mme B A, directrice de l'immigration et de de l'intégration de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, en vertu d'un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné à Mme A délégation à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, le droit de toute personne d'être entendue, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande de titre, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur les décisions accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination, lesquelles sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

5. En l'espèce, Mme C a sollicité un titre de séjour. Il résulte de ce qui précède qu'il lui appartenait, au besoin au cours de l'instruction de sa demande, de présenter à l'administration ses observations, sans que le préfet ait à les solliciter expressément. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée de son droit à être entendue. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut par suite qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter sa demande de titre de séjour, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), du 28 avril 2023 aux termes duquel, si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une extrême gravité, eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié et que, au vu des éléments du dossier, son état de santé lui permet de voyager sans risque. Si la requérante soutient qu'elle ne pourra bénéficier au Congo d'un traitement du diabète de type II dont elle souffre, elle n'apporte aucun élément probant à l'appui de cette allégation, alors que la préfète a produit une fiche MedCoi attestant de la disponibilité d'un tel traitement (Metformine, gliclazide, trulicity, lercan, tardyferon, zymad) dans son pays d'origine. Par ailleurs, si elle fait état d'une insuffisance rénale elle ne l'établit pas davantage et si elle fait état d'un besoin de suivi annuel de son stimulateur cardiaque, rien n'indique qu'il ne serait pas disponible dans son pays d'origine. Par suite, en l'état des pièces du dossier, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en janvier 2017. Elle soutient qu'elle a été mariée six ans en France et qu'elle est à présent séparée de son conjoint mais qu'elle a conservé l'intégralité de ses intérêts sur le territoire français, qu'elle dispose d'une formation et d'une qualification professionnelle dans la branche propreté, ainsi que d'une expérience professionnelle. Toutefois, cette formation est très récente et cette expérience est très courte et de surcroît irrégulière à défaut d'autorisation de travail. En outre, elle n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale au Congo, où elle a résidé jusqu'à ses quarante-deux ans. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait manifestement inexactement apprécié les conséquences de sa décision sur sa situation personnelle en refusant de l'admettre au séjour et porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le président-rapporteur,

D. Marti

L'assesseur le plus ancien,

F. DurandLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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