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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303317

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303317

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023 sous le n° 2303317 et un mémoire enregistré le 17 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Chaib, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays a destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il aurait dû être reconduit en priorité vers l'Italie ;

- elle porte atteinte à son droit au respect à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'existence de circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff,

- les observations de Me Chaib, avocate désignée d'office, représentant M. B, qui soutient à l'audience que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait dès lors que le requérant n'a jamais usé de différentes identités, qu'il s'agit de simples erreurs de plume. Elle fait également valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de base légale puisque le comportement du requérant ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est intégré professionnellement, d'ailleurs l'arrêté lui reproche de travailler irrégulièrement. Elle insiste enfin sur la durée disproportionnée de la décision portant interdiction de retour sur le territoire dès lors que le comportement de M. B ne constitue pas une menace à l'ordre public.

- les observations de M. B, assisté d'une interprète en langue arabe, qui indique qu'il est venu en France pour travailler mais qu'il n'a pas trouvé d'employeur acceptant de lui fournir un contrat de travail et des bulletins de salaire,

- et les observations de M. D, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui indique que M. B est connu sous différentes identités et, qu'en tout état de cause, une telle erreur de fait est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, que le comportement de M. B est constitutif d'une menace à l'ordre public dès lors qu'il est connu des services, en dernier lieu, pour recel de vol de trottinette, qu'il ne justifie d'aucune attache ni intégration sur le territoire, en particulier qu'il n'établit pas vivre en concubinage. Enfin, lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, l'autorité administrative est tenue de prendre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français dont la durée n'est en l'espèce pas disproportionnée au regard, outre la menace à l'ordre public, de sa faible durée de présence en France, de l'absence de liens sur le territoire et des précédentes mesures d'éloignement non exécutées dont il a fait l'objet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 6 mars 2002, est entré en France à une date inconnue. Le 13 novembre 2023, il a été interpellé par la direction départementale de la sécurité publique et placé en garde à vue pour des faits de recel de vol et de conduite sans permis. Par un arrêté du 14 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente mois. Par une décision du même jour, M. B a été placé en rétention administrative. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation de signature à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de séjour, faisant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de renvoi et faisant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. Julien Le Goff, signataire des décisions attaquées, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, en particulier, les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les motifs pour lesquels M. B fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tenant à l'insuffisance de motivation des décisions contestées doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète a tenu compte des éléments relatifs à la vie privée et familiale du requérant et a également étudié sa situation au regard du pouvoir de régularisation dont elle dispose. Si le requérant soutient qu'elle n'a pas tenu compte de son droit au séjour en Italie, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B n'a pas mentionné être titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour en Italie lors de son audition par les services de police ou postérieurement. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose de notifier une décision portant obligation de quitter le territoire français à son destinataire par l'intermédiaire d'un interprète ou dans une langue autre que le français. Les conditions de notification d'une telle décision n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux mais n'affectent pas sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été notifié dans une langue non comprise par son destinataire, doit être écarté, alors, au surplus, qu'il ressort des mentions relatives à la notification de l'arrêté en litige qu'il a été fait appel à un interprète en langue arabe, qu'il a déclaré comprendre.

6. En cinquième lieu, à supposer même que le préfet aurait commis une erreur de fait en indiquant que M. B serait connu sous diverses identités, celle-ci est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. () ".

8. Il n'est pas contesté que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu depuis sans faire aucune démarche en vue de la régularisation de sa situation. Dans ces conditions, la préfète pouvait, pour ce seul motif, prendre une décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B. Par suite, le moyen d'erreur de droit tenant à ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un État membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet État, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". L'article L. 621-3 du même code dispose : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ". Enfin, aux termes de l'article 22 de la convention signée à Schengen : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties Contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie Contractante, aux autorités compétentes de la Partie Contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie Contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie Contractante sur lequel ils pénètrent ".

10. Il résulte de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen qui l'a autorisé à entrer ou l'a admis au séjour sur son territoire, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 de ce code. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel État, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État.

11. M. B soutient qu'il est titulaire d'un droit au séjour en Italie et qu'il souhaite être remis aux autorités italiennes. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait exprimé, à l'occasion de son interpellation ou dans le cadre de la procédure contradictoire portant sur la mesure d'éloignement envisagée à son encontre, le souhait d'être renvoyé en Italie alors au contraire qu'il ressort de ses déclarations qu'il a indiqué souhaiter rester en France. En tout état de cause, si l'intéressé soutient, sans en justifier, qu'il dispose d'un récépissé d'une demande de titre de séjour en Italie, il n'établit pas détenir un droit au séjour dans ce pays. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait commis une erreur de droit en n'examinant pas la possibilité de le renvoyer au Italie.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être présent sur le territoire français depuis quatre ou cinq ans à la date de la décision attaquée. Il n'est pas contesté qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en 2021 et en 2022 et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. En outre, s'il a indiqué, lors de son audition par les services de police, être en couple et que sa compagne est enceinte de cinq moins et s'il se prévaut à l'audience d'une bonne intégration professionnelle, il ne produit aucun élément de nature à en justifier. Enfin, il n'établit pas ne plus avoir d'attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, le moyen tenant à ce que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

16. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B, la préfète a estimé, d'une part, que son comportement constitue une menace à l'ordre public et, d'autre part, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit au point 13 ci-dessus, que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français sans solliciter de titre de séjour et qu'il a fait l'objet de deux précédentes décisions portant obligation de quitter le territoire français non exécutées datées du 22 janvier 2021 et du 5 juillet 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle. En outre, il est constant que M. B ne peut présenter aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité et, s'il a indiqué lors de son audition par les services de police être logé chez sa compagne, il n'en justifie pas. Enfin, en se bornant à soutenir, sans l'établir, qu'il est bien intégré puisqu'il travaille en tant que mécanicien, il ne justifie pas de circonstance particulière permettant de regarder le risque de fuite comme non établi. Par suite, la préfète, qui pouvait se fonder sur ce seul motif, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. B.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 ci-dessus, le moyen tenant à la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. M. B n'établit pas la réalité et l'actualité des risques qu'il allègue encourir en cas de retour sans son pays d'origine. Ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

22. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

23. D'une part, M. B soutient qu'il justifie de circonstance humanitaire dès lors que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français entraîne son inscription au système d'information Schengen ce qui complexifie ses démarches en Italie. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 11 ci-dessus, M. B ne justifie d'aucun droit au séjour en Italie. Il ressort en outre des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète a examiné s'il présentait des circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tenant à l'erreur d'appréciation au regard de l'existence de telles circonstances doit être écarté.

24. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en garde à vue le 13 novembre 2023 pour recel de vol de trottinette et qu'il a été interpellé à plusieurs reprises en 2020, 2021 et 2022 pour des faits de conduite en ayant fait usage de produits stupéfiants et, en 2021, pour des faits de violences habituelles sur une personne vulnérable suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. En outre, si M. B déclare être présent en France depuis quatre ou cinq ans à la date de la décision attaquée, il ne justifie toutefois d'aucun lien sur le territoire et il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement non exécutées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision interdisant à M. B le retour sur le territoire français pour une durée de trente mois ne peut qu'être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

27. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. A verser à son conseil.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée. [TL1][WE2]

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Lu en audience publique le 20 novembre 2023 à 16 heures 01.

La magistrate désignée,

É. Wolff

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

[TL1]Article 1 concernant l'admission à l'AJ provisoire '

[WE2R1]Je propose de laisser comme ça, c'est ce que j'ai lu à l'audience.

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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