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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303318

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303318

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCUNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 novembre 2023 à 11 heures 58 et 24 novembre 2023, Mme A B, placée au centre de rétention administrative de Metz, demande au tribunal :

1°) la désignation d'un avocat commis d'office ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2023 par lequel le préfet de la Moselle a décidé son maintien en rétention administrative ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la signataire de la décision contestée est incompétente ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- la décision ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'elle comprend ;

- la décision attaquée lui a été notifiée tardivement le 14 novembre 2023 alors qu'elle a déposé sa demande d'asile le 24 octobre 2023 ;

- les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec la directive " Accueil " en l'absence de définition de critères objectifs permettant d'apprécier le caractère dilatoire d'une demande d'asile présentée en rétention ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de sa demande d'asile ;

- elle justifie de garanties de représentation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bourjol, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourjol, magistrate désignée,

- les observations de Me Cuny, avocat commis d'office, représentant Mme B, qui conclut aux même fins par les mêmes moyens et rappelle que Mme B, qui poursuit des études en Pologne, n'a pas vocation à rester en France ; elle justifie présenter des garanties de représentation ; l'arrêté contesté la maintenant en rétention administrative lui a été notifié tardivement ;

- les observations de M. H, représentant le préfet de la Moselle, qui fait valoir, en outre, que les moyens tirés de la prétendue notification tardive de l'arrêté attaqué et de l'existence de garanties de représentation sont inopérants pour contester une décision de maintien en rétention et rappelle que, lors de son audition par les services de police lors de son interpellation le 13 octobre 2023, la requérante n'a jamais fait état des risques pour sa vie ou sa liberté auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine ;

- et les observations de Mme B elle-même.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité comorienne née le 13 mars 1994, a été interpellée par les services de la police aux frontières à Forbach le 13 octobre 2023 et a été placée en retenue administrative par un arrêté du même jour. Parallèlement, le préfet de la Moselle lui a notifié un arrêté portant obligation de quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont elle a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée d'un an. Mme B a saisi le tribunal administratif de Nancy d'un recours dirigé contre cette mesure d'éloignement, qui a été rejeté par la magistrate désignée par le président du tribunal, par un jugement n° 2302999 du 19 octobre 2023. Le 24 octobre 2023, Mme B a formé une demande d'asile en rétention. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de la Moselle du 13 novembre 2023 la maintenant en rétention.

Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office :

2. Mme B, placée en rétention, a présenté sa requête sans ministère d'avocat et a été assistée à l'audience par Me Cuny, avocat commis d'office. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme D G, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et de l'asile, à laquelle le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la Moselle, délégué sa signature à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C F, tous actes relevant les attributions de l'Etat, et notamment l'arrêté de maintien en rétention administrative en litige. Il n'est pas établi que M. F n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise en particulier l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application pour ordonner le maintien en rétention de Mme B, comporte l'énonciation des motifs de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs, cet arrêté expose les conditions d'entrée et de séjour de Mme B en France ainsi que les éléments au regard desquels le préfet a estimé que la demande d'asile de l'intéressée présentait un caractère dilatoire. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait pertinentes qui fondent la décision maintenant Mme B en rétention. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, les conditions de notification d'un arrêté sont sans influence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité dont serait entachée la notification de l'arrêté attaqué au motif qu'il n'aurait pas été notifié à Mme B dans une langue qu'elle comprend doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, les dispositions des articles L. 754-3 et R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas, sous peine d'irrégularité de la procédure, de délai au terme duquel le préfet doit prendre et notifier un éventuel arrêté portant maintien en rétention. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le délai qui s'est écoulé entre le dépôt par la requérante de sa demande d'asile au centre de rétention administrative de Metz le 24 octobre 2023 et la notification de la décision contestée le 14 novembre 2023 excèderait un délai raisonnable pour l'accomplissement de l'ensemble des formalités administratives nécessaires à l'adoption et à la notification d'une telle décision. Par suite, le moyen tiré de la notification tardive de l'arrêté litigieux doit être écarté.

7. En cinquième lieu, s'il incombe aux États membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par le 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. ".

9. Si Mme B soutient que sa demande d'asile ne revêt pas un caractère dilatoire, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a déclaré être entrée en France le 13 octobre 2023 en provenance de Pologne, munie d'un passeport comorien valable jusqu'au 13 décembre 2026 et revêtu d'un visa polonais de type D valable jusqu'au 30 septembre 2023. Il est constant que Mme B n'a présenté aucune demande d'asile jusqu'à son placement au centre de rétention de Metz. Il ressort également des pièces du dossier que les autorités polonaises, saisies par le préfet d'une demande de reprise en charge, ont refusé sa réadmission en Pologne par un courrier du 6 novembre 2023, de sorte que la France doit être regardée comme l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile déposée le 24 octobre 2023, reçue le 17 novembre suivant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, alors que la requérante était en rétention, soit onze jours après avoir été informée des droits qu'elle est susceptible d'exercer en matière de demande d'asile, et après que le juge des libertés et de la détention a ordonné sa prolongation pour une durée maximale de vingt-huit jours. Elle soutient dans sa requête, sans toutefois l'établir, qu'elle craint pour sa vie en cas de retour aux Comores en raison de son orientation sexuelle et de son engagement pour la cause féminine mais ne démontre pas qu'elle encourt des risques personnels et actuels contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle a pu légalement estimer, sur la base de critères objectifs, que la demande d'asile de Mme B n'avait été déposée que dans le seul but de faire échec à son éloignement.

10. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement soutenir qu'elle présenterait des garanties suffisantes de représentation dès lors qu'il ressort des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 28 novembre 2023 à 14h44.

La magistrate désignée,

A. Bourjol

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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