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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303330

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303330

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantWASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Wassermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 septembre 2023 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les observations de Me Wassermann, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 5 octobre 1995, est entré en France le 9 août 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 29 juillet 2021. Il a ensuite bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant " du 30 juillet 2021 au 29 juillet 2022 puis la mention " recherche d'emploi " du 23 août 2022 au 22 août 2023. Le 29 mai 2023, il a sollicité un titre de séjour en se prévalant de sa situation familiale. Le 18 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 18 septembre 2023 est signée par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. M. A se prévaut du pacte civil de solidarité noué avec Mme B, ressortissante française, le 3 octobre 2022. Toutefois, leur relation est récente et le requérant n'établit pas l'ancienneté de leur vie commune par la seule production d'un justificatif d'abonnement souscrit à leurs deux noms depuis le 1er mars 2022 auprès d'un opérateur d'énergie. Le requérant ne se prévaut, par ailleurs, d'aucune attache ancienne, stable et intense en France, autre que sa compagne, alors qu'il n'est pas contesté qu'il a conservé des attaches, notamment sa famille proche, au Maroc d'où il est parti en 2020 et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. La seule circonstance que M. A, par ailleurs titulaire de deux licences professionnelles, obtenues en France, en " sciences, technologies, santé " mention " systèmes automatisés, réseaux et informatique industrielle " en 2021, mention " conception et amélioration de processus et procédés industriels en hydraulique industrielle " en 2022, dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée auprès d'une entreprise de travail intérimaire pour occuper des emplois de technicien maintenance, électromécanicien ou opérateur commande numérique, ne peut suffire à lui ouvrir droit à la délivrance d'un titre de séjour sur le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour. Eu égard à ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Ni la durée de la présence en France de M. A, qui n'est que de trois années à la date de la décision de la préfète, ni sa situation personnelle et familiale telle qu'elle a été exposée au point 4 du présent jugement ne constituent des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait porté une appréciation manifestement erronée de sa situation au regard des dispositions de cet article.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 septembre 2023 prises par la préfète de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, alors au demeurant que le requérant ne bénéficie pas de l'aide juridictionnelle, ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Wassermann.

Délibéré après l'audience publique du 27 août 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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