jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2303346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP BOUVIER - JAQUET - ROYER - PEREIRA-BARBOSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 novembre 2023, Mme A G, épouse F, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de surseoir à statuer dans l'attente de la décision relative à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :
- elle est fondée à demander un sursis à statuer en application de l'article 43-1 du décret du 19 décembre 1991 dès lors qu'elle a formé une demande d'aide juridictionnelle ;
- l'arrêté est entaché d'incompétence en l'absence de délégation de signature ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 et de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un éloignement entraînerait une rupture thérapeutique et qu'elle n'est pas en mesure de voyager ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la demande de titre de séjour de son époux est en cours d'instruction ;
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de présenter ses observations avec un temps nécessaire en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la demande de son conjoint est en cours d'instruction ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations dans un délai suffisant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'absence de traitement disponible ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Wolff, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, ressortissante géorgienne, née le 9 novembre 1983, est entrée régulièrement sur le territoire français le 8 septembre 2019 accompagnée de son mari, M. D F, et de leurs trois enfants. Le 23 février 2022, elle a formé une demande d'admission au séjour au motif de son état de santé. Par un arrêté du 2 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme F demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision en date du 14 décembre 2023, le président du bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle et il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions de la requérante tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :
3. Par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation de signature à Mme H B, directrice de l'immigration et de l'intégration et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme E C, directrice adjointe, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour, faisant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de renvoi et refusant ou prolongeant le délai de départ volontaire. Il n'est pas établi, ni même allégué, que Mme B n'aurait pas été absente ou empêchée à la date des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme E C, signataire de ces décisions, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que la délivrance d'un titre de séjour est refusée à Mme F sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 de ce code, qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine, ce qui justifie le prononcé d'une mesure d'éloignement sur le fondement de l'article L. 611-1 de ce code et qu'elle ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas tenu compte des conséquences de sa décision sur la situation particulière de Mme F. En particulier, et contrairement à ce qu'indique la requérante, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète a précisé la date de dépôt de sa demande de titre de séjour et a tenu compte des éléments relatifs à sa situation privée et familiale, en particulier de celle de son mari, ressortissant géorgien en situation irrégulière sur le territoire, et de ses conséquences sur son état de santé pour prendre la mesure d'éloignement litigieuse. Par suite, le moyen tenant au défaut d'examen particulier de la situation de la requérante ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle a fait obligation à Mme F de quitter le territoire français compte tenu de son refus de délivrance d'un titre de séjour à raison de son état de santé. Pour refuser cette demande d'admission au séjour, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur l'avis du 5 juin 2023 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que si l'état de santé de Mme F nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle était en mesure de voyager sans risque.
8. Les certificats médicaux dont se prévaut Mme F, établis par des médecins spécialisés en date notamment des 19 août 2020, 14 juin 2021, 2 juin 2022 et 29 novembre 2023, indiquent qu'elle a bénéficié d'un intervention chirurgicale avec chimio hyperthermie intra-péritonéale le 7 septembre 2020 en raison d'une pathologie maligne abdominale et qu'elle fait désormais l'objet d'un suivi médical semestriel comprenant un examen clinique, un dosage des marqueurs et une imagerie par résonance médicale abdomino-pelvienne. La requérante n'établit pas qu'elle présente encore des lésions cancéreuses à la date de la décision attaquée. En outre, il ne ressort ni de ces certificats ni d'aucune autre pièce du dossier qu'elle ne pourrait pas bénéficier de ce suivi médical en Géorgie. Les éléments ainsi produits ne permettent donc pas à eux seuls de remettre en cause l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le traitement adapté à l'état de santé de Mme F ne serait pas disponible en Géorgie et qu'elle ne peut pas voyager vers son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Mme F soutient que son droit au respect de sa vie privée et familiale en France fait obstacle à ce que la préfète prononce une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Elle se prévaut de la présence en France de son mari, M. D F, ainsi que de leurs trois enfants mineurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, si Mme F est entrée régulièrement sur le territoire français, le 8 septembre 2019, accompagnée de son conjoint et de ses enfants, sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 25 janvier 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra), confirmée par une décision du 27 mai 2021 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) à la suite de laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par une décision du 1er octobre 2021, qui n'a pas été exécutée. Mme F soutient également que la demande d'admission au séjour de son conjoint, ressortissant géorgien, serait en cours d'instruction. Si elle produit, pour en justifier, une autorisation provisoire de séjour le concernant, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette autorisation était valable jusqu'au 7 août 2023 et qu'il n'est pas établi qu'elle ait été renouvelée ou qu'une demande ait été formée en ce sens, alors qu'aucune demande de titre de séjour le concernant n'est produite. En outre, par un arrêté du 2 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a fait obligation à ce dernier de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Enfin, Mme F ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle aurait en France des liens personnels et familiaux d'une intensité, ancienneté et stabilité telles que la décision en litige devrait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
12. En premier lieu, dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de départ volontaire de droit commun, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation. La requérante n'alléguant pas avoir formulé une telle demande, elle ne peut utilement soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est insuffisamment motivée.
13. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. La requérante peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'elle soit préalablement entendue et mise à même de présenter toute observation utile sur les mesures d'éloignement envisagées.
14. Ce principe implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande de titre, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, qui n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'étranger à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français, l'octroi d'un délai de départ volontaire et le pays de destination, qui sont prises concomitamment et en conséquence du refus de séjour, est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour. La requérante n'est, par suite, pas fondée à soutenir que le droit d'être entendu aurait été méconnu avant que ne soit prise la décision contestée.
15. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est interrogée sur la possibilité, au regard de la situation personnelle de l'intéressée, de prolonger le délai de départ volontaire. Par suite, la requérante n'établit pas que la préfète se serait estimée en situation de compétence liée en assortissant l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire de trente jours, alors, au demeurant, que l'intéressée n'a fait valoir aucune circonstance particulière qui aurait pu justifier une prolongation de ce délai.
16. En dernier lieu, en indiquant qu'aucun élément de la situation personnelle de Mme F ne justifiait qu'un délai supplémentaire de départ volontaire lui soit accordé, alors qu'il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'elle pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine, la préfète n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 14 ci-dessus, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le droit d'être entendu aurait été méconnu avant que ne soit prise la décision contestée dès lors qu'elle a formé une demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux le 23 février 2022.
18. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
19. Mme F soutient que son retour en Géorgie l'exposerait à des traitements contraires aux textes cités ci-dessus, en particulier dès lors qu'elle n'aura pas accès aux traitements que son état de santé nécessite. Toutefois, Mme F, dont la demande d'asile a d'ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 10 ci-dessus, été rejetée par l'Ofpra puis la CNDA, n'établit pas la réalité des risques personnels auxquels elle serait exposée en cas de retour en Géorgie. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 8 ci-dessus, elle n'établit pas ne pas pouvoir bénéficier d'un suivi médical pour la pathologie pour laquelle elle a été prise en charge, dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités ne peut être accueilli.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
22. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle font obstacle à que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme F à verser à son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme F tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à Me Pereira et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience publique du 25 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
D. Marti
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2303346
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026