jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2303448 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ISSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er décembre 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 5 décembre 2023, M. H demande au tribunal :
1°) la désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète en langue arabe, et, dans l'hypothèse d'une libération, la désignation d'un avocat au titre de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 28 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de deux années ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sur le fondement des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
- elles ont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;
- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait son droit d'être entendu ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 en date du 26 juin 2013 ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en l'absence de menace pour l'ordre public et de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est fondée sur une décision illégale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- elle est fondée sur une décision illégale ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée et aux circonstances humanitaires ;
- elle porte atteinte à sa liberté de circulation et à son droit constitutionnel d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,
- les observations de Me Issa, avocat commis d'office représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête et souligne que sa demande d'asile en Allemagne n'a pas été rejetée mais a expiré et qu'il n'est pas démontré que sa demande d'asile en Suisse ait été rejetée. Les autorités de ces Etats n'ont pas été consultées pour vérifier sa situation administrative. Il justifie d'un rendez-vous médical en Suisse le 21 décembre 2023. La menace à l'ordre public n'est pas démontrée puisque les procédures en Espagne et en Suisse n'ont donné lieu à aucune condamnation pénale et que les faits pour lesquels il a été interpellés en France n'ont donné lieu à aucune poursuite judiciaire. Il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, souffre de problèmes de santé et craint pour sa sécurité en cas de retour au Maroc. L'interdiction de retour est insuffisamment motivée et disproportionnée en l'absence de précédente mesure d'éloignement et de menace pour l'ordre public. Elle porte atteinte à son droit d'asile.
- les observations de M. F, représentant le préfet du Haut-Rhin qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense et souligne que la mesure d'éloignement est fondée sur l'entrée irrégulière du requérant et sur la menace à l'ordre public. Il a fait l'objet d'une ordonnance pénale pour des faits de recel de vol, comme l'indique le procès-verbal de fin de garde-à-vue. Il est connu en Suisse pour faits similaires et a été mis en cause en Espagne pour des faits de tentative de meurtre. Dans ce cadre, les autorités espagnoles ont été saisies après la notification de la décision contestée. Les autorités allemandes et suisses ont été saisies aux fins de vérification de sa situation et il est apparu qu'il était connu sous quatre identités différentes. Il a déclaré ne pas être allé au bout de sa demande d'asile en Allemagne. Le bon de sortie délivré par les autorités suisses est remis à toute personne faisant l'objet d'une expulsion du territoire suisse. L'interdiction de retour remplit tous les critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, né le 15 mars 1993, de nationalité marocaine, est entré en France à une date indéterminée. Par arrêté du 3 septembre 2022, le préfet du Bas-Rhin a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pendant un an. Ayant été interpellé le 28 novembre 2023 par les services de police en poste à Mulhouse dans le cadre d'une procédure pour des faits de recel de vol, il a fait l'objet, le 28 novembre 2023, d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui interdisant le retour pendant une durée de deux ans, édicté par le préfet du Haut-Rhin. Placé en rétention administrative, il conteste cet arrêté.
Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète :
2. M. E, placé en rétention, a présenté sa requête sans ministère d'avocat et a été assisté à l'audience par Me Issa, avocat commis d'office désigné par le bâtonnier du barreau de Nancy, et par un interprète en langue arabe, en application des dispositions des articles L. 614-10 et L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
3. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme D A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G C, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les mesures relatives à l'éloignement des étrangers. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de l'arrêté attaqué. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet du Haut-Rhin fait application et mentionne de manière suffisamment précise les faits qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées manque dès lors en fait et ne peut qu'être écarté. Il ressort en outre des mentions de l'arrêté que la situation du requérant a fait l'objet d'un examen complet.
5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été notifié au requérant dans une langue qu'il ne comprendrait pas est sans influence sur la légalité de cet acte.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
7. Il ressort du procès-verbal de l'audition de M. E dans le cadre de sa garde à vue le 28 novembre 2023 qu'il a été mis en mesure de présenter ses observations sur une éventuelle décision d'éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas pu présenter ses observations doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / ()/ 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;() ". Aux termes de l'article L. 611-2 du même code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un des États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les 1° et 2° de l'article L. 611-1 lorsqu'il ne peut justifier être entré ou s'être maintenu sur le territoire métropolitain en se conformant aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20 et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21 de cette même convention ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 621-1 du même code : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7.
L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. " et aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. "
10. Il ressort ainsi de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen qui l'a autorisé à entrer ou l'a admis au séjour sur son territoire, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 de ce code. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. E, entré irrégulièrement en France à une date inconnue, a été interpellé et placé en garde-à-vue le 28 novembre 2023 dans le cadre d'une procédure pour recel de vol qui a donné lieu à une ordonnance pénale du délégué du procureur de la République. L'enquête policière a également révélé qu'il avait été mis en cause le 28 octobre 2023 par les autorités suisses dans le cadre d'une procédure pour vol à la tire, et qu'il faisait l'objet d'un signalement établi le 5 juillet 2022 par un tribunal pénal espagnol dans le cadre d'une procédure pour tentative de meurtre. S'il a déclaré, lors de son audition par les services de police, vouloir rentrer directement en Suisse d'où il provenait, le " bon de sortie " établi par les autorités helvétiques, libellé sous un nom d'allias, ne lui permet pas de justifier qu'il bénéficierait d'un droit au maintien sur le territoire de cet Etat. Il ne démontre pas davantage être admissible en Allemagne où la procédure d'asile qu'il a entamée a expiré le 4 novembre 2022, ainsi que l'ont indiqué les autorités allemandes en réponse à une demande d'information des autorités françaises. Par suite, le préfet du Haut-Rhin n'a commis aucune erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. E était constitutif d'une menace pour l'ordre public et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 18 du règlement (UE) 624/2013 du 26 janvier 2013. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.
12. En troisième lieu, si M. E a déclaré souffrir de troubles de santé, il ne justifie ni d'une résidence habituelle en France ni de ce que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à se prévaloir de la protection contre l'éloignement prévue par le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En dernier lieu, célibataire entré récemment en France et ne justifiant d'aucune attache particulière, le préfet du Haut-Rhin n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en édictant à son encontre la mesure d'éloignement contestée.
En ce qui concerne la décision relative au délai de départ :
14. L'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()."
15. Ainsi qu'il a été exposé au point 11 ci-dessus, le comportement de M. E constitue une menace pour l'ordre public et, pour ce seul motif, le préfet pouvait refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées. La circonstance qu'il n'ait jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement du territoire français, qui n'est pas le motif de la décision contestée, et qu'il ne présente pas de risque de fuite, est sans incidence sur la décision contestée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
16. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".
18. Si M. E soutient qu'il encourt des risques pour sa sécurité en cas de retour au Maroc, il n'apporte à l'appui de ses affirmations succinctes aucun élément de nature à établir la réalité des risques de tortures ou traitements inhumains et dégradants auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, en fixant le Maroc comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduite d'office, le préfet du Haut-Rhin n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. Ainsi qu'il a été exposé au point 13 ci-dessus, le requérant ne justifie d'aucune attache particulière sur le territoire français où il est entré très récemment. Par suite le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'interdiction du territoire français.
21. En deuxième lieu, l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français."
22. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français, relève que la présence en France de M. E est récente, qu'il est célibataire sans enfant à charge, sans ressource légales et ne justifie pas avoir transféré le centre de ses intérêts en France, que son comportement représente une menace à l'ordre public, et n'a effectué aucune démarche en vue de sa régularisation. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Le requérant ne justifiant d'aucune circonstance humanitaire, le préfet du Haut-Rhin n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français.
23. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel d'asile, il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'intéressé peut solliciter à tout moment l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Si cette demande n'est recevable que si l'intéressé réside hors de France, une telle condition n'est pas de nature à porter atteinte au droit d'asile dès lors que le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'identique à l'article L. 613-7. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont M. E a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de deux ans, et par voie de conséquence, les conclusions d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H et au préfet du Haut-Rhin.
Lu en audience publique le 7 décembre 2023 à 14 heures 45.
La magistrate désignée,
F. Milin-RanceLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026