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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303454

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303454

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSTELLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er décembre à 14 heures 51 et 5 décembre 2023, M. A E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de la Moselle a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure au regard des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a déposé une demande d'asile en Suisse, qui est en cours d'instruction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti,

- les observations de Me Stella, avocat commis d'office, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 15 octobre 1988, fait l'objet d'une peine d'interdiction d'une durée de cinq ans du territoire français prononcée par le tribunal judiciaire de Nanterre le 6 mai 2022. Par un arrêté du 26 octobre 2023, le préfet de la Moselle a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel M. E sera éloigné. Placé en rétention en centre de rétention administrative de Metz, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, adjointe au bureau de l'éloignement et de l'asile, qui a reçu délégation à cet effet, en cas d'absence ou d'empêchement du chef de bureau M. C, par arrêté du préfet de la Moselle en date du 9 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

4. La décision fixant le pays de renvoi d'un étranger frappé d'une interdiction judiciaire du territoire français ayant le caractère d'une mesure de police, est soumise notamment aux dispositions citées au point précédent, qui impliquent que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été informé le 25 septembre 2023 par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe de la mesure de reconduite à la frontière envisagée à son encontre et qu'il a déclaré vouloir se rendre en Espagne, où réside son frère. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort également des pièces du dossier que la décision litigieuse a été notifiée à M. E le 6 novembre 2023 dans la langue arabe qu'il comprend. En tout état de cause, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que le préfet doive notifier ce type d'arrêté dans une langue comprise par les intéressés. Une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision.

7. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si M. E soutient qu'il nourrit d'intenses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Il n'établit pas davantage qu'il aurait déposé une demande d'asile en Suisse actuellement en cours d'instruction. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut donc qu'être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'éloignement de M. E est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée à son encontre par le jugement du tribunal judiciaire de Nanterre du 6 mai 2022 et qui emporte de plein droit cette mesure d'éloignement, dont le préfet était tenu d'assurer l'exécution. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'atteinte portée par l'arrêté contesté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale en France protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est inopérant. En tout état de cause, si M. E fait valoir qu'il n'a plus aucune famille dans son pays d'origine, il n'apporte aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de la Moselle a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Moselle

Lu en audience publique le 6 décembre 2023 à 14 heures 47.

Le magistrat désigné,

D. Marti

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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