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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303466

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303466

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 3)

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par des requêtes enregistrées respectivement les 24 novembre 2023 sous le numéro 2303410 et 1er décembre 2023 sous le numéro 2303466, Mme A B conteste les décisions de la caisse d'allocations familiales de la Meuse du 21 novembre 2023 lui ayant refusé la remise de ses dettes correspondant à des indus d'allocations familiales (créances IT1 002, IN1 001, IT1 003et INY 002) d'un montant total de 6 793, 79 euros au titre de des périodes allant du mois d'août 2019 au mois d'août 2020, de juillet 2020 à janvier 2021 et de février à mai 2021, d'un indu d'allocation de soutien familial (créance INY 002) d'un montant de 477,90 euros au titre de la période allant du mois de mai au mois de décembre 2020, , d'un indu d'aide personnalisée au logement (créance IT5 004) d'un montant de 270 euros au titre de la période allant du mois de juillet au mois de novembre 2020, et une décision du 26 octobre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Meuse a refusé de lui accorder la remise de sa dette correspondant à un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année (créance ING 001) d'un montant de 274,41 euros au titre de l'année 2021.

Elle soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser ses dettes.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la contestation relative aux créances IT1 002, IN1 001, IT1 001 et INY 002, qui sont des prestations sociales, relève de la compétence du juge judiciaire ;

- Mme B ne démontre pas se trouver dans une situation financière telle qu'elle ne pourrait pas régler ses dettes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a bénéficié du revenu de solidarité active, de prestations familiales et d'aides au logement et d'une prime exceptionnelle de fin d'année. A la suite d'un contrôle de sa situation, qui a révélé que l'un des enfants de l'intéressée, qu'elle avait déclaré à sa charge, était à la charge de son père, et qu'elle avait perçu des revenus salariés, du mois de juillet au mois de septembre 2021 sans le déclarer, il a été procédé à la régularisation de son dossier. Des indus de revenu de solidarité active, de prestations familiales, d'allocation de soutien familial (ASL), d'aide personnalisée au logement (APL) et d'aide exceptionnelle de fin d'année ont alors été notifiés à Mme B. Si l'indu de RSA a été intégralement compensé par un rappel de prime d'activité versé à Mme B, l'intéressée a sollicité la remise de ses dettes correspondant à des indus de prestations familiales d'un montant total de 6 793, 79 euros, d'ASL d'un montant de 477, 90 euros au titre de la période allant du mois de mai à décembre 2020 , d'aide personnalisée au logement d'un montant de 270 euros pour la période de juillet à novembre 2020 et d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 274,41 euros au titre de l'année 2021. La remise de ses dettes lui a été refusée par des décisions du 26 octobre et du 21 novembre 2023. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler ces décisions lui ayant refusé la remise de ses dettes et, d'autre part, à se voir accorder cette remise.

Sur l'exception d'incompétence opposée en défense par la CAF de la Meuse :

2. Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du même code : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et règlementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : " Les prestations familiales comprennent : () / 2° Les allocations familiales ; / () 6° l'allocation de soutien familial ; () ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que les litiges relatifs aux allocations familiales et à l'allocation de soutien familial relèvent de la compétence du tribunal judiciaire. Il s'ensuit que le tribunal administratif n'est pas compétent pour connaître de la demande de remise de dette de Mme B en tant qu'elle porte sur ces prestations familiales (créances IT1 002, IN1 001, IT1 003 et INY 002). Dès lors, les conclusions qu'elle présente en ce sens doivent être rejetées comme étant portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur la demande de remise de dette s'agissant des indus d'APL et d'aide exceptionnelle de fin d'année :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution (). / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 6 du décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. () "

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

7. Mme B soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser les indus mis à sa charge. Si l'intéressée vit seule avec un enfant à charge, et qu'elle démontre devoir s'acquitter des frais mensuels de loyer de 548 euros et d'abonnement internet de 39 euros, il résulte toutefois de l'instruction qu'elle ne justifie pas des autres charges dont elle se prévaut, alors qu'elle perçoit un revenu mensuel de plus de 1 200 euros, des aides sociales (APL et prime d'activité) de plus de 600 euros par mois et une pension alimentaire de 90 euros que lui verse le père de son enfant chaque mois. Dans ces conditions, et sans que la bonne foi de la requérante soit remise en cause, l'intéressée ne démontre pas se trouver dans une situation telle qu'elle ne pourrait pas rembourser les indus mis à sa charge. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle devrait se voir accorder la remise partielle ou totale de ses dettes.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes présentées par Mme B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la caisse d'allocations familiales de la Meuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2303410, 2303466

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