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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303474

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303474

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCORSIGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023, M. E F A, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 29 août 2023 portant rejet de sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de faire droit à sa demande de regroupement familial dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- la préfète de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a appliqué un abattement forfaitaire pour déterminer le montant de ses résultats ;

- la préfète a commis une erreur de droit en lui opposant la condition, non prévue par les textes, tirée de ce que son logement ne pouvait être constitué d'une pièce unique ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 2 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les observations de Me Corsiglia, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né 1er janvier 1991 s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 13 février 2020. Le 10 décembre 2022, l'intéressé a épousé une compatriote en Iran et le 13 juin 2023 il a sollicité le bénéfice du regroupement familial. Par l'arrêté contesté du 29 août 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté cette demande.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, la décision litigieuse est signée par Mme C B, cheffe du bureau du séjour régulier, à laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième ". Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; / 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ". Aux termes de l'article R. 434-5 de ce code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / b) en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / c) en zone C : 28 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. / Les zones A bis, A, B1, B2 et C mentionnées au présent article sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation ".

4. Pour rejeter la demande de regroupement familial de M. A, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance que, d'une part, les revenus de l'intéressé étaient insuffisants et, d'autre part, sur le fait que la surface habitable du logement de l'intéressé n'était que de 21 m². D'une part, si M. A soutient que la préfète a, à tort, appliqué un coefficient forfaitaire de 71% et de 50% pour déterminer le montant de ses revenus, il ne soutient nullement que ces derniers auraient été supérieurs au montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance. D'autre part, si le requérant soutient que l'octroi d'une autorisation de regroupement familial n'est pas conditionné par l'existence d'un nombre minimum de pièces habitables, il ne conteste pas que son logement est d'une surface habitable inférieure à celle requise par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ". Il résulte de l'ensemble des dispositions rappelées au point 3 que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 11 mai 2017 et s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire le 13 février 2020. L'intéressé a épousé une compatriote en Iran, le 10 décembre 2022. S'il soutient qu'il ne peut se rendre en Afghanistan pour rendre visite à son épouse qui est exposée dans ce pays à des traitements inhumains et dégradants, son mariage est récent et, ainsi qu'il l'a été dit, le requérant ne remplit pas les conditions en vue de procéder au regroupement de sa famille. Par suite, en refusant d'accorder à M. A une autorisation de regroupement familial la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs il convient également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante, dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Corsiglia.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

S. DavesneLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2303474

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