vendredi 15 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2303477 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | JACQUIN |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 4 décembre 2023 à 18 heures 52 sous le n° 2303477, Mme D, représentée par Me Jacquin, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 13 novembre 2023 par laquelle la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- elle méconnaît les articles 21 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que la demande de prise en charge aux autorités italiennes est tardive ;
- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
II- Par une requête enregistrée le 4 décembre 2023 à 18 heures 54 sous le n° 2303478, M. C, représenté par Me Jacquin, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 13 novembre 2023 par laquelle la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- elle méconnaît les articles 21 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que la demande de prise en charge aux autorités italiennes est tardive ;
- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff,
- et les observations de Me Jacquin, représentant Mme B et M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Elle explique que Mme B a été sévèrement battue par son oncle en Côte d'Ivoire, opposé à sa relation avec M. A, ainsi qu'en attestent les photographies produites. Elle précise que les conditions dans lesquelles les requérants ont été pris en charge et logés en Italie sont indignes. Elle insiste sur la situation de vulnérabilité des requérants compte tenu de la séropositivité de Mme B, qui n'a pas été prise en charge en Italie et de son accouchement début octobre dernier de jumeaux dont l'état de santé nécessitait un suivi et une surveillance pour déterminer si le virus leur a, ou non, été transmis.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B et M. A, ressortissants ivoiriens, nés respectivement le 1er janvier 1996 et le 2 avril 1995, sont entrés en France, selon leurs déclarations, le 17 avril 2023. Le 21 avril 2023, ils se sont présentés au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Haut-Rhin où des attestations de demandeurs d'asile leur ont été remises. Après avoir relevé leurs empreintes décadactylaires, la consultation de la borne Eurodac a révélé que les intéressés ont transité par l'Italie. Saisies le 12 juin 2023 d'une demande de reprise en charge fondée sur l'article 13, paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013, les autorités italiennes ont implicitement accepté la réadmission des intéressés. Par des arrêtés du 13 novembre 2023, notifiés le 21 novembre 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de Mme B et de M. A aux autorités italiennes, responsables de l'examen de leurs demandes d'asile. Par leurs requêtes susvisées qu'il y a lieu de joindre, les intéressés demandent l'annulation de ces arrêtés du 13 novembre 2023.
2. Les requêtes n° 2303477 et 2303478 se rapportent à la situation des membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
4. En raison de l'urgence à statuer sur les présentes requêtes résultant de l'application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B et M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. () ". Aux termes de l'article 17, paragraphe 1, du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est porteuse du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) pour lequel elle est suivie en France depuis le 22 juin 2023 et qu'elle était, à cette date, dans son cinquième mois de grossesse gémellaire. Il ressort du certificat de suivi de grossesse, établi le 31 août 2023 par une médecin gynécologue, praticien hospitalier du centre hospitalier régional universitaire de Nancy, que cette pathologie chronique nécessite un suivi régulier et rapproché. Les requérants produisent plusieurs ordonnances de juin, juillet et septembre 2023 prescrivant à Mme B un traitement pluriquotidien au long cours, composé de Darunavir, de Ritonavir et de Truvada, médicaments constituant des antirétroviraux actifs sur le VIH. En outre, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté en défense, que, de son union avec M. A, Mme B a donné naissance à des jumeaux, le 2 octobre 2023. Les requérants produisent deux attestations datées du 25 novembre 2023 d'une pédiatre du centre hospitalier régional universitaire de Nancy selon lesquelles les nouveau-nés nécessitent un suivi médical spécialisé jusqu'à l'âge de vingt mois, alors qu'ils n'étaient âgés que d'un mois et demi à la date de la décision contestée. Ces éléments médicaux circonstanciés, dont la préfète n'avait pas connaissance au moment des entretiens du 21 avril 2023, sont cependant antérieurs aux arrêtés attaquées et ceux qui lui sont postérieurs ont trait à une situation sanitaire qui préexistait. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors que la demande de prise en charge adressée aux autorités italiennes n'a donné lieu qu'à une acceptation tacite de la part de ces autorités, il y a lieu de considérer que Mme B et M. A présentent une vulnérabilité particulière. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir qu'en considérant qu'ils ne justifiaient pas d'une situation de vulnérabilité et en décidant de leur transfert aux autorités italiennes en vue de l'examen de leur demande d'asile, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens des requêtes, que les arrêtés portant transfert aux autorités italiennes de Mme B et de M. A doivent être annulés.
Sur les frais de l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'État à verser à Me Jacquin au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à la double condition que Mme B et M. A se voient reconnaître le bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre définitif, et que Me Jacquin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. Dans le cas où Mme B et M. A ne se verraient pas reconnaître le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme leur sera versée directement.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B et M. A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du 13 novembre 2023 de la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin sont annulés.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B et de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Jacquin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Jacquin, avocat de Mme B et de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B et à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros leur sera versée directement.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à M. C, à Me Jacquin, et à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.
La magistrate désignée,
É. Wolff
La greffière
L. Rémond
La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2303477, 2303478
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026