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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303507

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303507

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 décembre à 11 heures 59 et 11 décembre 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- Il méconnaît l'article L. 721-4 du CESEDA ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti,

- les observations de Me Lévi-Cyferman, représentant M. A, qui soutient que la vie de M. A est au Portugal où il s'est déjà installé et où il doit être réadmis, et qui conclut, pour le surplus, aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Khan, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 6 mars 1995, fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans prononcée par le tribunal judiciaire de Versailles le 29 avril 2022. M. A a été interpellé à Nancy le 5 décembre 2023. Par un arrêté du 6 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a décidé d'éloigner M. A à destination du pays dont il a la nationalité ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité, ou à destination de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Placé en rétention administrative, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu délégation à cet effet, par arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle en date du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du vice de forme ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en litige ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme étant inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. A soutient qu'il nourrit d'intenses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut donc qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, si M. A soutient qu'il doit être renvoyé au Portugal, pays dans lequel il s'est installé et où il bénéficie d'un droit au séjour, la décision litigieuse a précisément pour but de fixer comme pays de renvoi soit le pays dont il a la nationalité, soit le pays dans lequel il serait légalement admissible, s'il parvient à le démontrer auprès des autorités françaises et si les autorités de ce pays acceptent sa réadmission.

8. En dernier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'éloignement de M. A est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée à son encontre par le jugement du tribunal correctionnel de Versailles du 29 avril 2022 et qui emporte de plein droit cette mesure d'éloignement, dont le préfet était tenu d'assurer l'exécution. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'atteinte portée par l'arrêté contesté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale en France protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est inopérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Lu en audience publique le 13 décembre 2023 à 15 heures 39.

Le magistrat désigné,

D. MartiLa greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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