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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303532

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303532

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 11 décembre 2023 sous le n° 2303532, Mme C A épouse B, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;

- le signataire de cet arrêté était incompétent ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée en conséquence de cette illégalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A épouse B ne sont pas fondés.

Mme C A épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.

II- Par une requête enregistrée le 11 décembre 2023 sous le n° 2303533, M. D B, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soulève les mêmes moyens dont se prévaut son épouse dans la requête enregistrée sous le n° 2303532.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du14 décembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants algériens nés respectivement les 18 juillet 1982 et 3 octobre 1984, sont entrés en France sous visas de court séjour délivrés par les autorités espagnoles. Le 5 décembre 2023, ils ont été placé en retenue administrative pour vérification de leurs droits au séjour et au cours de laquelle leur présence irrégulière sur le territoire français a été mise en évidence. Par des arrêtés du 5 décembre 2023 dont M. et Mme B demandent l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle leur a fait obligation, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront, le cas échéant, être reconduits.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 14 décembre 2023. Par suite il n'y a pas lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La préfète de Meurthe-et-Moselle, pour obliger M. B à quitter le territoire français, s'est fondée sur le fait que ce dernier a déclaré n'avoir effectué aucune démarche administrative dans le but de régulariser sa situation et que s'il a déclaré, lors de son audition, que son futur employeur, un garagiste de Thionville, aurait fait une demande d'autorisation de travail, il ne l'établissait pas. Toutefois, la préfète de Meurthe-et-Moselle, à laquelle il appartient d'instruire et de se prononcer sur les demandes d'autorisation de travail en application de R. 5221-1 du code du travail, ne pouvait ignorer que l'employeur de M. B avait déposé une demande en ce sens et que cette demande était en cours d'instruction à la date à laquelle l'arrêté contesté a été pris. Il s'ensuit que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation des requérants, la situation de Mme A épouse B étant liée à celle de son époux, avant de prendre les arrêtés attaqués du 5 décembre 2023.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que les décisions obligeant M. et Mme B à quitter le territoire français doivent être annulées ainsi que, par voie de conséquence, les décisions leur accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. L'exécution du présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour mais seulement que la préfète de Meurthe-et-Moselle, en application des dispositions précitées, réexamine la situation de M. et Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

7. M. et Mme B ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Levi Cyferman, avocate de M. et Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Levi-Cyferman de la somme de 1 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu d'admettre M. et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 5 décembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a obligé M. et Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. et Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Lévi Cyferman une somme de 1 800 (mille hui cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lévi Cyferman renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B, à M. D B, à Me Lévi-Cyferman et à la préfète Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303532 et N°2303533

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