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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303689

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303689

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2023, Mme A C, représentée par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel la préfète des Vosges l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Mme C, assistée d'une interprète en langue russe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante russe née en 1968, est arrivée sur le territoire français le 1er juin 2022 et a sollicité le statut de réfugié. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 décembre 2022, confirmée le 2 juillet 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Parallèlement, Mme C a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été rejetée le 21 mars 2023. Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel la préfète des Vosges l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, sur le fondement des dispositions des 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile, et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 février 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions de la requête :

3. En premier lieu, par un arrêté du 2 octobre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète des Vosges a donné délégation à M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département des Vosges à l'exception de la réquisition du comptable et des réquisitions de la force armée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est, dès lors, suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Et aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ().

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a demandé, le 23 septembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 précité. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans un avis du 9 février 2023, que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale et que le défaut de celle-ci peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Russie, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. A la suite de cet avis, la préfète des Vosges a rejeté la demande de titre de séjour le 21 mars 2023. Mme C ayant ensuite invoqué son état de santé pour faire obstacle à la mesure d'éloignement, la préfète des Vosges a de nouveau consulté le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui a émis un avis le 13 octobre 2023 en tous points conforme au précédent. A la suite de ce second avis, la préfète des Vosges a pris à l'encontre de Mme C l'obligation de quitter le territoire français litigieuse.

7. D'une part, contrairement à ce que soutient la requérante les avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration comportent les signatures de trois médecins de ce collège, lesquels n'avaient pas été les auteurs du rapport médical dont ils étaient saisis. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce rapport médical ne comportait pas l'ensemble des pathologies dont est atteinte Mme C.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre d'hypertension artérielle, d'un diabète de type 2, d'une surcharge pondérale, d'apnée du sommeil et d'artériopathie. Si Mme C soutient, contrairement à l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier des soins que nécessite son état de santé dans son pays d'origine, elle n'apporte aucune précision, ni le moindre élément probant à l'appui de cette allégation. Ainsi, Mme C n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance des dispositions citées au point 5.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

10. Mme C fait valoir qu'arrivée en France en 2022, elle y a désormais le centre de ses intérêts familiaux, matériels, médicaux et moraux. Toutefois, eu égard au caractère récent de sa présence sur le territoire français, où elle n'établit pas avoir des attaches particulières en dehors de sa fille majeure qui est en situation irrégulière, et alors qu'elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise la préfète dans l'appréciation de la situation de l'intéressée doit être écarté.

11. En cinquième lieu, pour les motifs exposés aux points 8 et 10, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de Mme C doit être écarté.

12. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulé en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si Mme C soutient qu'en cas de retour en Russie, elle serait exposée à un risque de traitements prohibés par les stipulations citées au point 13, elle n'apporte aucune précision sur la nature de ces risques ni n'en établit la réalité. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut donc qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2023. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Géhin et à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

Le président,

S. B

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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