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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303699

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303699

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 26 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a transmis au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de M. B.

Par cette requête, enregistrée le 12 décembre 2023, M. A B, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit tout retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur des décisions antérieures qui ne lui ont pas été notifiées avec l'assistance d'un interprète, en méconnaissance des dispositions des articles L. 141-2 et L. 141-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'un vice de procédure en raison de la méconnaissance du droit à être entendu ;

- ces décisions lui ont été notifiées dans des conditions irrégulières, en méconnaissance des dispositions des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreurs de droit en raison du défaut d'examen de sa situation personnelle et de la circonstance que la préfète s'est crue à tort liée par la décision de la CNDA ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle méconnait son droit au maintien sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né en 1996, est entré sur le territoire français le 10 août 2021 et a sollicité le statut de réfugié. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 17 janvier 2022, confirmée le 2 mars 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Ses demandes de réexamen ont été rejetées par l'OFPRA le 24 octobre 2022 et le 27 février 2023, cette dernière décision ayant été confirmée par la CNDA le 26 septembre 2023. Entretemps, M. B a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français par des arrêtés des 9 septembre 2022 et 5 décembre 2022, qui n'ont pas été suivis d'effet. M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de destination et lui a interdit tout retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions de la requête :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur ce territoire. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. B soutient que les décisions qui lui ont été notifiées préalablement à l'arrêté attaqué ne l'ont pas été avec l'assistance d'un interprète. Toutefois, une telle circonstance, à la supposer même établie, serait sans influence sur la légalité de cet arrêté. Le moyen doit ainsi être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, les conditions de notification de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour sont sans influence sur la légalité de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité des conditions de notification de ces décisions doit être écarté comme inopérant.

7. En quatrième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue sur la décision en cause.

8. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise, notamment, après que la qualité de réfugié a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, celui-ci est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnu la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux, notamment au regard de sa situation dans son pays d'origine ou de sa situation personnelle et familiale.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a pu présenter sur sa situation les observations qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Alors qu'il ne pouvait ignorer qu'en cas de rejet de cette demande, il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter d'autres observations avant que ne soit prise la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Vosges n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre l'arrêté attaqué ou se serait crue à tort liée par la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Le moyen tiré des erreurs de droit qu'auraient commises la préfète des Vosges doit donc être écarté comme inopérant.

11. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté de la préfète des Vosges serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B. Le moyen doit donc être écarté.

12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision.

Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci."

13. Il ressort des pièces du dossier que la décision de la Cour nationale du droit d'asile a été lue en audience publique le 26 septembre 2023, date à laquelle a pris fin le droit de M. B à se maintenir sur le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance de ce droit doit être écarté.

14. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

15. M. B soutient que son retour au Pakistan l'exposerait à des traitements contraires aux stipulations mentionnées au point 14. Toutefois, M. B, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA, n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques qu'il invoque. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise la préfète dans l'appréciation de sa situation doit être écarté.

16. Enfin, M. B n'apporte aucune précision à l'appui de son moyen selon lequel la décision fixant le pays de destination a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence doivent être rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gabon et à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

Le président,

S. C

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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