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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303724

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303724

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantMBOUSNGOK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de Mme B, ressortissante gabonaise, qui contestait l'arrêté du 30 novembre 2023 de la préfète de Meurthe-et-Moselle refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant l'arrêté suffisamment motivé, l'auteur compétent, et l'examen de sa situation complet et sérieux. Il a notamment considéré que la demande de renouvellement du titre de séjour étudiant n'était pas fondée, sans se prononcer sur le moyen tiré de l'accord franco-gabonais. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de Mme B, sur la base des articles L. 422-1 et R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 décembre 2023 et le 3 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Mbousngok, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler ses droits au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai d'un mois et sous astreinte et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une prolongation d'instruction de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté contesté :

- il est entaché d'incompétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les relevés de notes provisoires produits sont authentiques ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 2 de l'accord franco-gabonais dès lors qu'elle a droit à une autorisation provisoire de séjour et qu'elle a commis une erreur en demandant le renouvellement de son titre de séjour étudiant dès lors qu'elle a obtenu son diplôme.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Libreville le 5 juillet 2007 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Wolff a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante gabonaise, née le 23 octobre 1989, est entrée régulièrement en France le 29 septembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour valable jusqu'au 1er septembre 2021, afin d'y poursuivre des études. Elle a par la suite obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " régulièrement renouvelée jusqu'au 2 décembre 2023. Le 10 novembre 2023, Mme B a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 30 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 mars 2023. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de l'État dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. C était compétent pour signer l'arrêté contesté. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation de Mme B.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour étudiant :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ". Aux termes de l'article R. 433-2 du même code : " L'étranger déjà admis à résider en France qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance de la carte de séjour temporaire correspondant au motif de séjour de la carte de séjour pluriannuelle dont il est détenteur et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. / () ".

7. Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes de l'article 12 de la même convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ". Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise précité et de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si le demandeur peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement en France des études. À cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

8. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme B, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur les motifs selon lequels elle ne justifiait ni d'une inscription dans un établissement d'enseignement supérieur au titre de l'année universitaire 2023/2024, ni avoir obtenu son diplôme de master.

9. Pour justifier son inscription dans un établissement d'enseignement supérieur au titre de l'année universitaire 2023/2024, la requérante a produit à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour une attestation de délivrance du statut national étudiant-entrepreneur du pôle étudiant pour l'innovation, le transfert et le partenariat (Pépite France) du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des échanges de courriels entre la préfecture de Meurthe-et-Moselle et l'université de Lorraine, que si Mme B bénéficiait effectivement de ce statut au titre de l'année universitaire 2022/2023, son inscription a été refusée au titre de l'année suivante. Mme B ne produit en outre aucun autre certificat d'inscription dans un établissement d'enseignement supérieur au titre de l'année universitaire concernée et se borne à produire une convention de stage au titre de la formation professionnelle des demandeurs d'emploi. Par suite, la préfète de Meurthe-et-Moselle pouvait, pour ce seul motif, refuser de renouveler le titre de séjour étudiant de Mme B sans faire une inexacte application des stipulations de l'article 9 de la l'accord franco-gabonais précitées.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de l'accord du 5 juillet 2007 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement : " () 2.2. - Une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de neuf (9) mois renouvelable une fois est délivrée au ressortissant gabonais qui, ayant achevé avec succès, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un cycle de formation conduisant à la licence professionnelle ou à un diplôme au moins équivalent au master, souhaite compléter sa formation par une première expérience professionnelle. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a formé, le 10 novembre 2023, une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Si Mme B indique dans ses écritures avoir formé une telle demande par erreur en lieu et place d'une demande d'autorisation provisoire de séjour sur le fondement des stipulations précitées, la préfète n'était toutefois pas tenue d'examiner d'office sa situation au regard de ces stipulations. Au demeurant, à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour, Mme B s'est bornée à produire un relevé de notes au titre de la session 2023 en mastère européen de management et stratégie d'embauche au sein de fédération européenne des écoles sur lequel est explicitement indiqué qu'il ne vaut pas supplément de diplôme. Par suite, Mme B ne peut utilement soutenir que la préfète aurait dû lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de neuf mois sur le fondement des dispositions de l'article 2 de l'accord franco-gabonais précité. Ce moyen doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par la requérante à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de se prononcer sur les conclusions de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Mbousngok.

Délibéré après l'audience publique du 4 juillet 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

D. MartiLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303724

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