vendredi 5 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2303732 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SCP BOUVIER - JAQUET - ROYER - PEREIRA-BARBOSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2023 à 10 heures 34 M. C A, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;
3°) d'annuler l'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 27 décembre 2023 portant assignation à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- les droits de la défense ont été méconnus ;
- il n'existe pas de perspective raisonnable d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre le 28 novembre 2023 ;
- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle dès lors qu'il est le père d'un enfant français et qu'il subvient à ses besoins ;
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Durand, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de M. Durand, magistrat désigné,
- et les observations de Me Pereira, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; il ajoute par ailleurs qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement dès lors, d'une part, qu'un appel a été interjeté à l'encontre de la décision du 11 décembre 2023 rendue par le juge désigné par le président du tribunal administratif de Nancy et que, d'autre part, les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour ont été réservées pour être jugées par la formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 16, mai 1992, de nationalité tunisienne, a déclaré être entré en France le 1er novembre 2018. Il a déposé le 6 mars 2023 une demande de titre de séjour en se prévalant de son mariage avec une ressortissante française le 19 mars 2022. Ayant été interpellé par les services de police le 28 novembre 2023 pour des faits de violences conjugales et violences sur mineur, il a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté pris par la préfète de Meurthe-et-Moselle refusant de l'admettre au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui interdisant le retour pendant une durée de vingt mois. Placé en rétention administrative, le juge des libertés et de la détention a, par une ordonnance en date du 1er décembre 2023 mis fin à sa rétention et l'a assigné à résidence sur le fondement de l'article L. 743-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement du 11 décembre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté le recours formé par M. A contre la décision d'éloignement sans délai et fixant le pays de destination. Par un arrêté du 27 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a assigné M. A à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une période de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire et les conclusions aux fins de sursis à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission à titre provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, dès lors que sa requête a été présentée par l'intermédiaire d'un avocat et qu'elle est en état d'être jugée, il n'y a pas lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () "
5. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour pour une durée douze mois. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la décision contestée vise les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le requérant fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A.
8. En quatrième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressée lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
9. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
10. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'entretien individuel du 27 décembre 2023, que M. A a été en mesure de formuler ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendue, principe général du droit de la défense, qu'elle tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
11. En cinquième lieu, si M. A soutient qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement, il ressort des pièces du dossier qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du 28 novembre 2023 et que le recours formé par l'intéressé contre cette décision d'éloignement a été rejeté par un jugement de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy, du 11 décembre 2023. L'appel formé contre cette décision ne présente pas un caractère suspensif. Par ailleurs, la circonstance que les conclusions dirigées contre la décision refusant d'admettre M. A au séjour ait été réservées pour être jugées par la formation collégiale du tribunal ne fait pas obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, c'est à tort que l'intéressé soutient que la préfète a commis une erreur d'appréciation en considérant que l'éloignement demeure une perspective raisonnable.
12. En dernier lieu, M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 2018, qu'il est marié avec une ressortissante française et père d'un enfant français et que la décision contestée, prise dans la perspective de l'exécution de la mesure d'éloignement aura pour effet de le séparer des membres de sa famille. Toutefois, la décision en litige, qui assigne M. A à la résidence de sa compagne et de son enfant, ne constitue pas une mesure d'éloignement et n'a pas pour effet de séparer le requérant des membres de sa famille. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E:
Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Pereira.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2024.
Le magistrat désigné
F. Durand
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026