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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400166

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400166

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 janvier et 22 avril 2024, M. D B, représenté par Me Noirot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, d'autoriser son admission exceptionnelle au séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois et quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- la préfète ne pouvait ignorer la nature de ses liens avec M. A ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis,

- et les observations de Me Noirot, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 28 juin 1990, est entré en France, selon ses déclarations, le 30 juillet 2019. Par un arrêté du 9 juin 2020, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatorze mois et l'a assigné à résidence dans la communauté d'agglomération de Longwy pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement n° 2005120 du 1er juillet 2020, le magistrat désigné du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision portant assignation à résidence. M. B a de nouveau fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 10 novembre 2021. M. B a, par la suite, sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 20 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 en ne soulevant des moyens qu'à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et d'injonction :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. C était compétent pour signer la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'accord franco-algérien susvisé régissant de manière complète les titres de séjours qui peuvent être délivrés aux ressortissants algériens, M. B ne peut utilement soutenir qu'il remplit les conditions prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, qui n'est opérant qu'à l'encontre du refus de titre de séjour, ne peut utilement être soulevé par M. B à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B se prévaut d'attaches amicales et familiales en France, en particulier de la présence de son cousin, et du fait qu'il a exercé une activité professionnelle entre les mois d'août 2020 et janvier 2021 puis du 13 septembre 2023 au 13 novembre 2023. Toutefois, les attestations peu circonstanciées produites par M. B, qui ne conteste pas être célibataire et sans enfant, ne permettent pas d'établir l'ancienneté et l'intensité des liens dont il dispose sur le territoire. Il ne démontre par ailleurs pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que M. B a par ailleurs fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 7 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

M. Bastian, conseiller,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

L. Philis

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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