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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400174

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400174

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantREICH

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024 à 17 heures 07 et un mémoire complémentaire enregistré le 14 février 2024, M. F A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet ne pouvait lui refuser un délai de départ volontaire dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le principe du non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sera annulée dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 27 janvier 2024 à 13 heures 06 et un mémoire complémentaire enregistré le 14 février 2024, M. F A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet du Doubs a ordonné son maintien en rétention ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile conformément aux dispositions de l'article L. 777-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- les autorités préfectorales ne lui ont pas fourni les informations prévues à l'article 12 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 et à l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec la directive " accueil " en l'absence de définition de critères objectifs ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de sa demande d'asile ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant à ses garanties de représentation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné,

- les observations de Me Vaxelaire, avocate commise d'office représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; Me Vaxelaire fait valoir que M. A a entamé des démarches pour obtenir un nouveau titre de séjour et que sa demande est en cours d'instruction ; le requérant est inséré professionnellement et maîtrise la langue française ; il vit depuis plus de dix ans en France et a des membres de sa famille sur le territoire français ; sa demande d'asile n'est pas dilatoire dès lors qu'il a été protégé par l'OFPRA et qu'une demande d'asile est en cours d'examen,

- les observations de M. A,

- et les observations de M. E, représentant le préfet du Doubs, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et souligne que le requérant n'établit pas la réalité des démarches qu'il aurait entreprises en vue d'obtenir un titre de séjour ; l'arrêté contesté ne porte pas atteinte à sa vie privée et familiale et son comportement représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné à de multiples reprise notamment pour des faits de vol à la roulotte impliquant une quarantaine de victimes ; le préfet a bien examiné la persistance des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de renvoi vers l'Albanie ; en se bornant à se prévaloir d'un conflit familial vieux de dix ans, M. A n'établit pas l'existence d'un risque actuel et réel d'être exposé personnellement à de tels traitements ; la demande d'asile de M. A est dilatoire dès lors qu'il n'établit pas avoir formé un recours contre la décision de l'OFPRA ayant mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire et qu'il n'a demandé l'asile en rétention qu'après que le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention administrative.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 3 juillet 1997, est entré sur le territoire français le 29 novembre 2014. Par une décision du 9 décembre 2015, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lui a reconnu le bénéfice de la protection subsidiaire et l'intéressé a été mis en possession de récépissés constatant la reconnaissance d'une protection internationale puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 21 mars 2023. Par une décision du 20 juin 2023, l'OFPRA a retiré à M. A le bénéfice de la protection subsidiaire au motif que son comportement constituait une menace grave pour l'ordre public. Par un arrêté du 22 janvier 2024, le préfet du Doubs a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, M. A a été placé en rétention dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire. Le 26 janvier 2024, M. A a introduit une demande de réexamen de sa demande d'asile en rétention. Estimant que cette demande était présentée dans le seul but de faire échec à son éloignement, le préfet du Doubs a, par un arrêté du 26 janvier 2024, ordonné son maintien en rétention. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 22 et 26 janvier 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, et d'une part, l'arrêté du 22 janvier 2024 est signé par Mme Nathalie Valleix, secrétaire générale, à laquelle le préfet du Doubs établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, par un arrêté en date du 8 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. D'autre part, l'arrêté du 26 janvier 2024 est signé par Mme B D, sous-préfète, directrice de cabinet, à laquelle le préfet du Doubs établit avoir délégué sa signature à l'effet de signer, lorsqu'elle assure le service de permanence, les décisions de rétention administrative, par un arrêté du 8 janvier 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant du pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et maintient en rétention. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit être écarté.

4. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir les décisions contestées n'auraient pas été notifiées dans une langue qu'il comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Doubs aurait entaché la décision attaquée d'erreur de fait au regard de la situation personnelle de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2014, alors qu'il était âgé de dix-sept ans et qu'il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Par une décision du 9 décembre 2015, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lui a reconnu le bénéfice de la protection subsidiaire et l'intéressé a été mis en possession de récépissés constatant la reconnaissance d'une protection internationale puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 21 mars 2023. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans enfant. Si M. A se prévaut de la présence en France de membres de sa famille, il n'établit, en se bornant à produire la copie de cartes de séjour pluriannuelles au nom de personnes ayant des patronymes différents du sien, ni la réalité des liens de parenté allégués, ni même l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ces derniers. Le requérant a en outre déclaré au cours de son audition par les services de police que ses parents résident en Albanie. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'entre 2016 et 2022, M. A a été condamné à de multiples reprises à des peines d'amende et d'emprisonnement ferme pour des faits de vol avec récidive, de vol aggravé par deux circonstances avec récidive, de vol en réunion avec récidive, d'escroquerie avec récidive, de détention, d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D avec récidive et de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui. Au regard de la gravité et du caractère répété de ces infractions, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a considéré qu'il existait de sérieuses raisons de penser que l'activité de M. A sur le territoire français constituait une menace grave et actuelle pour l'ordre public et la sécurité publique et a, pour ce motif, mis fin à la protection subsidiaire dont bénéficiait le requérant. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'insertion dont se prévaut M. A au cours de sa dernière incarcération, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant à l'encontre de l'intéressé une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Doubs aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

9. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté litigieux, que le préfet du Doubs se serait fondé sur la circonstance que le comportement de M. A constituerait une menace pour l'ordre public pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'absence de menace pour l'ordre public doit être écarté.

10. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A ne présente pas de garanties de représentation suffisantes faute de justifier d'une résidence effective et permanente en France. Par suite, le préfet du Doubs, a pu légalement considérer, pour ce seul motif, que l'intéressé présentait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun État partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ". Aux termes de l'article 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".

13. M. A soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Albanie en raison des risques qu'il encourt pour sa sureté et sa sécurité. Toutefois, en se bornant à faire état de sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire qui lui a été retirée le 20 juin 2023, il n'apporte aucun élément à établir la réalité et l'actualité des risques de traitement inhumains et dégradants auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait méconnu le principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants doivent être écartés.

14. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, en l'espèce, inopérant à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Doubs aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que M. A n'établissait pas l'existence de circonstances humanitaires justifiant que ne soit pas édictée à son encontre une mesure d'interdiction de retour.

18. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France depuis 2014 et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le requérant n'établit pas l'intensité de ses liens avec la France ni ne justifie d'une intégration particulière. En outre, M. A a fait l'objet de multiples condamnation pénales pour des faits de vol avec récidive, de vol aggravé par deux circonstances avec récidive, de vol en réunion avec récidive, d'escroquerie avec récidive, de détention, d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D avec récidive et de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui. Sa présence sur le territoire français représente ainsi une menace pour l'ordre public. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Doubs aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant maintien en rétention :

19. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

20. En premier lieu, si M. A soutient qu'il n'a pas reçu l'ensemble des informations prévues par les dispositions de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel transpose complètement l'article 12 de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui se borne à prononcer son maintien en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

21. En deuxième lieu, d'une part, s'il incombe aux Etats membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive n°2013/33/UE établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par le 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

22. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 20 juin 2023, l'OFPRA a retiré à M. A le bénéfice de la protection subsidiaire au motif que son comportement constituait une menace grave pour l'ordre public. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision, qui a été notifiée à M. A le 4 juillet 2023, aurait été contestée par le requérant. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. A n'a sollicité le réexamen de sa demande d'asile qu'après que le juge des libertés et de la détention a ordonné la prolongation de son placement en rétention. Dans ces circonstances, le préfet a pu, sans faire une inexacte application des dispositions l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que sa demande d'asile était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une décision d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

23. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties de représentation à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors qu'il ressort des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

25. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

26. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet du Doubs.

Lu en audience publique le 15 février 2024 à 15 heures 01.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2400174, 240022

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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