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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400179

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400179

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSELARL BEGEL - GUIDOT-MANGEOT - BERNARD - JUREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 janvier et 5 mars 2024, M. B A, représenté par Me Mortet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel la préfète des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges, avant-dire droit, de communiquer son dossier médical au vu duquel s'est prononcé le collège de médecins de l'Office de l'immigration et de l'intégration ;

4°) de lui enjoindre, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière le privant de la garantie d'un examen de sa demande dans les conditions prévues par les articles L. 425-9 et R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été informé qu'il devait déposer sa demande de titre de séjour dans un délai de trois mois à compter du dépôt de sa demande ;

- sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade était recevable, l'expiration du délai imparti par l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne faisant pas obstacle au dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour fondée sur des circonstances nouvelles liées à son état de santé ;

- la préfète des Vosges a entaché sa décision d'une erreur de droit en instruisant sa demande de titre de séjour en raison de son état de santé comme une demande de protection contre une mesure d'éloignement ;

- subsidiairement, si la décision attaquée doit être regardée comme un refus de protection contre l'éloignement, elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de protection contre l'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de protection contre l'éloignement et portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, faute d'accès effectif à un traitement adapté à son état de santé en cas de retour en Angola ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par la préfète des Vosges a été enregistré le 8 avril 2024, postérieurement à la clôture automatique de l'instruction, et n'a ainsi pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2024 du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- et les observations de Me Bernard, représentant M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant angolais né le 10 décembre 1957, serait entré irrégulièrement sur le territoire français en France en novembre 2019, selon ses dires, en vue d'y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 juillet 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 1er décembre 2021. Le 10 novembre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de son état de santé. Par un arrêté du 28 décembre 2023, dont M. A demande l'annulation, la préfète des Vosges, estimant que la demande de titre de l'intéressé devait être requalifiée de demande de protection contre l'éloignement, a refusé de lui accorder, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ".

3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2024. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que soit prononcée l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant sont sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

5. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisant obstacle, sous réserve du respect par l'administration de son obligation d'information, à la possibilité pour l'étranger de solliciter son admission au séjour au-delà d'un délai fixé par décret, s'appliquent sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour raisons de santé. En l'espèce, si M. A a formé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade le 10 novembre 2023, soit postérieurement à l'expiration du délai de trois mois prévu par l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 4 du présent jugement, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé entendait se prévaloir de circonstances nouvelles liées à l'apparition en 2022 de troubles psychotiques graves ayant nécessité son hospitalisation à deux reprises, y compris d'office. Dans ces conditions, le délai de trois mois prévu par l'article D. 431-7 précité était inopposable à M. A, de sorte que la préfète aurait dû s'estimer saisie d'une demande de titre en qualité d'étranger malade, et non seulement s'estimer saisie d'une demande de protection contre l'éloignement sur le fondement de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la préfète des Vosges a entaché sa décision d'une erreur de droit doit donc être accueilli.

6. En second lieu, dès lors que la préfète des Vosges aurait dû instruire la demande de titre de M. A sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont la procédure exige l'établissement du rapport médical établi par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, alors que cette garantie n'est pas prévue lorsque l'administration se borne à statuer sur une mesure de protection contre l'éloignement, la préfète des Vosges a également entaché l'arrêté attaqué, dont le fondement principal tient à cette requalification, d'un vice de procédure. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure doit donc également être accueilli.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, contenues dans l'arrêté du 28 décembre 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'exécution de ce jugement implique seulement le réexamen de la situation de M. A sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à la préfète des Vosges de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement, dès notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande présentée par M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 28 décembre 2023 de la préfète des Vosges est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dès notification du jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à son conseil une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

A. Bourjol

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2400179

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